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Maine-et-Loire : l’église de la Ferrière-de-Flée menacée de démolition ?

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Bérengère Dommaigné - Publié le 10/05/21 - Mis à jour le 10/05/21

La nouvelle d’une probable démolition de l’église de la Ferrière-de-Flée, à Segré-en-Anjou Bleu (Maine-et-Loire), a fait bondir en fin de semaine dernière les défenseurs du patrimoine. Construite au XIXe et fermée depuis 2003 en raison de son état déplorable, le sort de l’église de la Ferrière-de-Flée illustre parfaitement les enjeux de conservation et d’entretien des sanctuaires non-inscrits aux monuments historiques construits avant 1905.

Depuis 2016, la mairie de Segré-en-Anjou-Bleu, dans le Maine-et-Loire, rassemble quinze communes voisines, 17.000 habitants et la bagatelle de… 17 églises et 11 chapelles sur son territoire. Toutes construites avant 1905, elles appartiennent à la municipalité qui a la charge de les entretenir. Or, il y a quelques jours, sur l’antenne de nos confrères de RCF Anjou, l’association Patrimoine Environnement révélait la probable destruction de l’une d’entre-elle, l’église de la Ferrière-de-Flée, fermée depuis 2013, et le risque qui pesait sur d’autres églises de la commune, compte-tenu de leur mauvais état. L’information émeut à juste titre et se répand rapidement jusqu’à un tweet de soutien de Stéphane Bern, lui-même, indiquant vouloir “continuer le combat contre les démolisseurs de notre patrimoine”. 

Contacté vendredi par Aleteia, le curé nous confie s’opposer à cette destruction, redoutant un effet “domino” : « Il y a quatre ans déjà, à Segré, l’église de Saint-Aubin-du-Pavoil a été détruite, raconte le père Emmanuel d’Andigné. Puis ce fut au tour de celle de Sainte Gemmes à quelques kilomètres de là. Mais cette fois, les habitants, très mobilisés à l’époque, ont réussi à la faire classer juste à temps. Aujourd’hui, ce serait donc au tour de l’église de la Ferrière-de-Flée et après ? Qui sera la prochaine ? », s’inquiète le prêtre qui non seulement déplore  la dégradation alarmante des églises de sa paroisse mais se bat aussi pour la sauvegarde de la chapelle Saint-Joseph de Segré. 

Jean Loup Marcueyz

Du côté du diocèse, on temporise toutefois. Oui, il y a des discussions en cours avec la municipalité de Segré-en-Anjou à propos de l’église de la Ferrière-de-Flée afin d’assurer un transfert d’affectation du culte « si la déconstruction de l’église est engagée ». Dans un rapide communiqué, Mgr Delmas, évêque du diocèse d’Angers, rappelle que l’église « est fermée pour des raisons de sécurité depuis 18 ans » et qu’il a « accepté le transfert de l’affectation cultuelle sur un bâtiment situé à proximité immédiate ». L’évêque assure néanmoins rester « très vigilant quant à l’avenir des églises en Anjou et demande que tout soit mis œuvre pour que ce patrimoine commun puisse perdurer ».

En retrait de la polémique pendant plusieurs jours, la maire de Segré, Geneviève Coquereau s’étonne, elle, ce lundi de l’emballement pris par l’affaire sur la base de faits erronés selon elle. « Nous sommes en pleine étude de faisabilité et de réflexion quant à cette église, fermée depuis 2013 pour dangerosité. Naturellement, nous avons contacté le diocèse pour savoir quelles seraient les possibilités de transfert de culte si l’église était détruite. Placée en bordure de la départementale qui va vers Château-Gontier et Laval, elle subit en effet les vibrations quotidiennes des poids lourds et menace de mettre en danger la population ». L’édile assure qu’aucune décision n’a encore  été prise, et rien ne se fera sans consultation. Et pour les autres églises fragilisées ? Le maire indique que depuis son élection, l’année dernière, elle a mis en place une commission « bâtiments cultuels dédiée » lui allouant une ligne budgétaire de 3,8 millions d’euros pour l’entretien des églises de la commune. 

Faut-il sauvegarder le patrimoine religieux ?

Si la mairie reproche à Patrimoine environnement de ne pas avoir pris contact avec elle et de spéculer dans la presse sur d’éventuelles démolitions, force est de constater qu’elle a su mettre en lumière une problématique de plus en plus fréquente : le sort patrimoine religieux non-classé. En effet, si les municipalités ne décident pas d’investir régulièrement dans l’entretien des églises qui leur appartiennent, celles-ci finissent par se détériorer et se retrouvent en danger. Il s’agit donc d’un choix politique mais aussi culturel, celui de décider de sauvegarder (ou pas) le patrimoine religieux. 

Un choix qui implique aussi les diocèses qui devraient eux aussi se mobiliser, estime Benoît de Sagazan, directeur de l’Institut Pèlerin du Patrimoine et spécialiste reconnu du patrimoine religieux. « Il n’y a plus assez de prêtres pour célébrer donc on ferme ? », s’agace-t-il. « Mais les catholiques oublient trop souvent que les églises ne sont pas seulement des lieux pour les sacrements. Elles peuvent être des lieux de rassemblement, de charité et de fraternité ! Il suffit d’avoir un peu d’imagination plutôt qu’une démolition qui est toujours une défaite de la pensée et une insulte pour l’avenir », analyse-t-il encore. « Après tout, qui peut dire, dans 20 ans, que les églises seront vides ? Pourquoi pas l’inverse ! ». Et de citer l’exemple du XIXe siècle, le siècle pieu et missionnaire par excellence, alors que la Révolution avait voulu faire table rase …

Faire fi du défaitisme mais au contraire être porteur d’espoir, voilà ce que préconise le directeur de l’Institut Pèlerin du Patrimoine qui cite avec enthousiasme tous les exemples réussis ou possibles de préservation des églises. Devenir des lieux dédiés pour les concerts, pour l’accueil du monde de la santé, des musées, des lieux de mémoire, “beaucoup de laïcs formidables sont capables de proposer de très belles initiatives, écoutons-les et encourageons-les !”. L’Église est riche de sa diversité. 

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