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François à Mossoul : la vie, victorieuse de la dévastation terroriste

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Arthur Herlin

Le pape François à Mossoul (Irak), 7 mars 2021.

Arthur Herlin - Publié le 14/03/21

Lors de son voyage en Irak début mars 2021, le pape François s’est rendu à Mossoul. Ancienne capitale de l’État islamique, elle renaît aujourd’hui de ses cendres et garde précieusement ce que le souverain pontife lui a donné : l’espoir.

Décollage imminent ce dimanche 7 mars depuis l’aéroport d’Erbil, destination Mossoul. Des pilotes irakiens en uniforme kaki nous font signes d’embarquer dans l’hélicoptère, un Mil Mi-17 conçu par le soviétiques. Tous portent la moustache et des ray-bans aviator, leur donnant un air de Top Gun. Nous prenons place sur des banquettes sommaires sans ceinture. L’hélicoptère décolle en tanguant légèrement et l’on peut percevoir son ombre, projetée sur le sol, rapetisser peu à peu. Par le hublot, on remarque les trois autres appareils transportant des journalistes.

Dans quelques minutes, le pape François empruntera le même parcours, dans un hélicoptère plus moderne. Lui aussi survolera comme nous, la ligne de front qui a vu s’affronter les forces de la coalition et celles de Daesh. Lui aussi verra à quelques kilomètres d’Erbil, ce gigantesque camp de réfugiés, reconnaissable à ces de tentes bleues et blanches et autres bâtiments préfabriqués à perte de vue. Il s’agit d’un camp de yézidis. Désormais, tous les camps de chrétiens ont été fermés selon des ONG sur place. Le Pape n’a eu de cesse d’alerter sur leur triste sort. Cette communauté « a pleuré la mort de nombreux hommes et a vu des milliers de femmes, de jeunes filles et d’enfants enlevés, vendus comme esclaves et soumis à des violences physiques et à des conversions forcées », a-t-il déploré. « Leur existence est menacée », avait-il lancé devant le président irakien.

Jamais le pape François n’aura survolé un tel théâtre de guerre

Maintenant apparaissent des bâtiments militaires, quelques-uns endommagés, tous protégés par des murs de bétons ou des talus de terre érigés à la hâte. On distingue tout autour des cratères d’obus puis à nouveau le no man’s land, parsemé de fermes abandonnées. Jamais le pape François n’aura survolé un tel théâtre de guerre. L’un des pilotes nous invite dans le cockpit, l’Irak, immense, se déploie devant nous. On aperçoit des habitations, de plus en plus nombreuses. Mossoul, lance l’officier irakien aux commandes. La voilà la seconde ville d’Irak de deux millions d’habitants, tombée en quelques jours aux mains des terroristes islamiques, et demeurée pendant trois ans la capitale de leur État autoproclamé.

On ne distingue pas encore les dégâts infligés par les nombreux combats au moment de la libération de la ville en 2019. Ils ont eu lieu surtout sur la rive occidentale, dans la vieille ville en particulier. En s’approchant près de l’héliport ultra-fortifié bourré d’hommes en arme et de pick-ups, on voit des grosses propriétés perforées ou écroulées sous le coup des bombardements. Notre hélicoptère se pose en un instant, les pilotes nous saluent le pouce en l’air et nous embarquons dans des camionnettes direction la place de l’église.




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Sur la route, de part et d’autres sur 300 mètres, des soldats irakiens brandissant un drapeau, la tête haute, sont prêts à rendre les honneurs au pape François qui nous succédera sur cette route dans une berline blindée. Notre convoi est gigantesque, constitué d’une trentaine de Range Rovers remplis de gardes du corps et de soldat vêtus de noir et masqués, les mêmes que l’on retrouve sur le bord des routes, à l’entrée d’une rue déserte, sur les toits.

Chaque homme armé est en alerte maximale

Plus nous nous rapprochons de notre point d’arrivée, plus ils se font nombreux et plus une certaine tension s’accroît. Chaque homme armé est en alerte maximale, comme en témoignent leur doigt posé sur la gâchette, leur visage concentré et leur regard qui balaye les alentours.

Notre convoi emprunte un grand pont d’acier, le Old Bridge, qui débouche sur la vieille ville, ou ce qu’il en reste. Nous voilà totalement plongés dans les réalités de la guerre. Tout est ruines et immeubles abandonnés. Au loin nous reconnaissons au-dessus des toits, majestueuse et effroyable à la fois, la grande mosquée Al-Nouri et son minaret bancal. C’est là qu’Al Baghdadi, leader de Daesh, avait fait une apparition éclair il y a quelques années pour proclamer le califat. Aujourd’hui, l’édifice du XIIe siècle, que les islamistes ont fait sauter dans leur débandade, est entre les mains de l’Unesco et sa restauration mobilise des musulmans comme des chrétiens.




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Nous atteignons maintenant la place de l’Église où le Pape est attendu d’un moment à l’autre. Les soldats, au milieu de portrait géants du pontife, semblent plus nombreux que les participants à la prière. L’ambiance est à son comble, des chrétiennes en habit traditionnel multicolore répètent leur chant, tandis que des mères musulmanes gèrent une trentaine d’enfants en costume à paillette secouant des drapeaux du Vatican.

« Mais qui vend les armes à ces destructeurs ? »

À quelques mètres de la scène, une église se laisser visiter. Totalement saccagée, on remarque sans effort les impacts de balles au plafond, sur les murs et les colonnes. Le pape aussi a visité un peu plus tard une de ces églises éventrées. Confiant avoir été bouleversé, il a également déclaré s’être interrogé sur les responsables : « Une question m’est venue en tête dans l’église : mais qui vend les armes à ces destructeurs? Parce qu’ils ne les ont pas fabriquées à la maison… qui vend les armes ? Qui est responsable ? Je demanderais au moins à ceux qui vendent ces armes la sincérité de dire : « Nous vendons les armes ». Mais ils ne le disent pas, c’est mal. »

Si Dieu est le Dieu de la vie – et il l’est – il ne nous est pas permis de tuer nos frères en son nom.

Une fois dehors, on comprend mieux le décor : on se trouve au beau milieu de ce qui devait être le cloître de l’église attenante. Tout autour des étages entiers sont éventrés et certains édifices présentent des trous béants, sûrement des emplacements de tirs. Aujourd’hui les photographes et cameraman nombreux ont pris la place des snipers. C’est de là dit-on que les islamistes avaient promis de conquérir Rome et d’éliminer le Pape. Mais « le terrorisme et la mort n’ont jamais le dernier mot. Le dernier mot appartient à Dieu et à son Fils, vainqueur du péché et de la mort. Même au milieu des dévastations du terrorisme et de la guerre, nous pouvons voir, avec les yeux de la foi, le triomphe de la vie sur la mort », déclarera-t-il dans quelques heures devant des chrétiens.

Une ambiance festive monte soudain dans la vieille ville de Mossoul. François arrive et l’effervescence est à son comble. Chants et youyous battent leur plein mais avant sa prise de parole, l’assistance fond dans le silence. « Si Dieu est le Dieu de la vie – et il l’est – il ne nous est pas permis de tuer nos frères en son nom. Si Dieu est le Dieu de la paix – et il l’est – il ne nous est pas permis de faire la guerre en son nom. Si Dieu est le Dieu de l’amour – et il l’est – il ne nous est pas permis de haïr nos frères. » Ses mots provoquent des applaudissements, et malgré le décor tragique, les sourires sont visibles sur tous les visages. L’Irak, l’espace d’un instant, semble renaître.

Revivez en images le voyage du pape François en Irak :
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