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Les miracles de Jésus, l’effet « whaouh » ou l’effet « amen » ?

AVA Bitter / Shutterstock

Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op - Publié le 13/02/21

Pourquoi Jésus choisit-il parfois de manifester sa toute-puissance avec des miracles, et parfois non ? Les miracles d’aujourd’hui sont les sacrements.

Lorsque Jésus guérit miraculeusement un lépreux dans l’Évangile (Mc 1, 40-45), il y a un piège qui serait de spiritualiser d’emblée en expliquant que la lèpre figure évidemment le péché. Or la lèpre est d’abord une maladie réelle, terrible parce qu’en sus de la souffrance physique elle vaut au malade l’exclusion sociale. Dans la société juive antique s’ajoute à ces deux souffrances le sentiment de la culpabilité religieuse puisqu’on croyait volontiers que la lèpre était un châtiment pour le péché. C’est donc d’abord de cette terrible maladie que Jésus guérit miraculeusement le lépreux.

À trop spiritualiser l’affaire, on finirait par rejoindre la critique rationaliste à la mode à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, en réduisant l’Évangile à une allégorie morale. Il faudrait « démythologiser » l’Évangile pour n’en garder que la substantifique moelle : l’amour de Dieu et du prochain. La toute-puissance de Dieu manifestée par les miracles est alors reléguée au rang des accessoires.

La toute-puissance divine

Dans ce registre, on entend parfois des chrétiens, même parmi les prêtres, qui refusent de parler de Dieu « tout-puissant », préférant parler de Dieu « tout-amour », ou de Dieu « dont l’amour est tout-puissant » (comme si, même en Dieu, il fallait équilibrer l’un par l’autre, voire modérer l’un par l’autre…). La toute-puissance divine serait le reliquat d’une conception vétérotestamentaire de Dieu. L’idée de la toute-puissance divine serait une transposition grossière sur le Dieu qui n’est qu’Amour des prérogatives du tyran oriental, avec son coefficient d’arbitraire. L’idée de la toute-puissance divine favoriserait tous les abus, ne respecterait pas l’autonomie de la Création telle que Dieu l’a voulue, et nourrirait chez les chrétiens un rapport infantile à Dieu.

Jésus ne fait jamais du miracle une simple démonstration de puissance.

Le problème, c’est que la toute-puissance divine est affirmée aussi bien par Jésus lui-même, dans ses paroles et surtout dans ses actes, que par l’Ancien Testament. Jésus se révèle comme le maître des éléments, en arrêtant la tempête, en marchant sur la mer. Jésus guérit les malades et ressuscite les morts. Jésus, parce qu’il est Dieu, peut accomplir des actes qui dépassent infiniment toute capacité humaine. Et Dieu manifeste à tout instant sa toute-puissance, en conservant dans l’être ce monde qu’Il a créé, et en le conduisant à sa fin qui est Lui-même.

L’effet « whaouh » ou l’effet « amen » ?

Le miracle, qu’il soit physique ou spirituel, est donc absolument central dans l’Évangile et on ne saurait le relativiser sans escamoter l’Évangile lui-même. Il reste que le miracle doit être bien compris, dans ses deux dimensions complémentaires : premièrement, une dimension d’efficience, par laquelle quelque chose qui dépasse les capacités humaines et court-circuite les lois de la nature est accompli ; deuxièmement, une dimension de signification, par laquelle ce miracle devient un signe pour ceux qui ont le cœur disposé à le recevoir. Or Jésus ne fait jamais du miracle une simple démonstration de puissance. Les miracles de Jésus sont toujours ordonnés à la Révélation — de sa divinité, de son amour pour les hommes, de son projet de salut sur toute l’humanité. Pour le dire en termes quasi-publicitaires, Jésus ne recherche pas d’abord l’effet « whaouh ! » mais l’effet « amen » !

Le lépreux, vrai croyant et vrai théologien

Mais dans cette guérison miraculeuse opérée par Jésus en faveur de ce lépreux, l’attitude du lépreux est au moins aussi intéressante sinon plus que celle de Jésus. Ce lépreux est un authentique croyant et un excellent théologien. Un authentique croyant parce qu’il ne se croit pas trop impur pour approcher Jésus, alors même que la Loi lui interdit théoriquement d’approcher qui que ce soit. Surtout, sa prière est directe et simple : là où nous sommes souvent tentés d’accompagner nos prières de justifications compliquées visant à amadouer Dieu et à infléchir sa volonté pour la conformer à la nôtre, le lépreux va droit au but. Il sent confusément que Jésus connaît déjà sa détresse et le fond de son cœur. C’est donc tout simplement qu’il lui demande, sans phrases, de le guérir. Le lépreux est aussi un excellent théologien, car il demande : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » La question n’est donc pas pour lui de savoir si Jésus peut le guérir, mais de savoir si Jésus veut le guérir. Dans la même demande, le lépreux pose simultanément un acte de foi (« tu peux ») et un acte d’espérance (« si tu le veux »). À cet acte de foi et d’espérance, Jésus, saisi de compassion, ne peut que répondre par un acte de charité, et lui répond : « Je le veux, sois purifié. » Aussitôt, la lèpre de cet homme est guérie.


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Enfin, le lépreux est magnifique dans sa réaction. À Jésus qui lui recommande le silence et d’aller se montrer aux prêtres pour se conformer à la Loi, le lépreux voudrait obéir, mais… il est tellement heureux qu’il ne peut pas s’empêcher de proclamer partout le miracle ! Jésus a-t-il été contrarié ? Peut-être un peu. Mais après tout, sa propre mère, la Vierge Marie, lui avait fait commencer sa prédication publique à Cana plus tôt qu’il ne l’avait prévu. Que le lépreux répande la nouvelle de sa guérison partout dans le pays n’est pas si dramatique. Jésus accepte de se faire bousculer, lorsque c’est pour la bonne cause !

Du miracle aux sacrements

Ce récit de miracle doit pourtant nous interroger. Pourquoi Jésus choisit-il parfois de se manifester dans sa toute-puissance, et parfois non ? Pourquoi nous semble-t-il qu’il y a moins de miracles aujourd’hui qu’à l’époque du Christ ? Cela reste assez mystérieux. Mais on peut hasarder quelques éléments de réponse. D’abord, il faut croire fermement que Jésus peut tout, et qu’il accomplit des merveilles, des miracles, bien plus souvent qu’on ne le croit, aujourd’hui encore. Le surgissement du miracle ne dépend pas uniquement de l’intensité de notre foi, car Dieu prodigue ses miracles dans une totale gratuité. Mais il est vrai que nous autres modernes manquons parfois de confiance en Dieu. Nous avons peur d’être déçus, nous assignons des limites à la puissance divine, nous n’osons pas lui soumettre nos problèmes. Mais à Dieu, rien n’est impossible. Et on ne perd rien à demander : s’il le veut, Dieu peut exaucer toute prière.

L’inconvénient du miracle est son caractère ponctuel, imprévisible, avec un effet principalement physique. L’avantage du sacrement est qu’il est réitérable à chaque instant

Ensuite, il faut dire que les miracles du temps du Christ visaient à anticiper sa Résurrection. Jésus une fois ressuscité, les miracles peuvent se produire encore par pure grâce, mais ils n’ont plus la même valeur. Désormais, ce sont les sacrements qui sont le moyen privilégié par lequel Dieu fait irruption dans nos vies et nous associe à sa Résurrection. Du miracle au sacrement, on perd en spectaculaire ! Mais on y gagne très nettement sur tout le reste. L’inconvénient du miracle est son caractère ponctuel, imprévisible, avec un effet principalement physique. L’avantage du sacrement est qu’il est réitérable à chaque instant — au moins pour l’Eucharistie et la confession —, et que son effet proprement divin est à la fois prévisible et garanti pour peu que le ministre fasse ce que l’Église lui demande. Et surtout, le miracle est pour quelques-uns, tandis que les sacrements sont pour tous ! Sans écarter la possibilité du miracle, c’est principalement par les sacrements, désormais, que nous pouvons demander à Jésus : « Si tu le veux, tu peux me purifier ! »


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