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Le Christ est d’abord un Dieu qui libère !

© Collection Dagli Orti / Kariye Camii Istanbul

La Guérison de la belle-mère de Saint Pierre, mosaïque XIVe siècle du narthex de Saint-Sauveur-in-Chora (Istanbul)

Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op - Publié le 06/02/21

Les miracles de Jésus, signes de la gratuité inouïe de la grâce, ont un caractère parfois déconcertant. Ils témoignent que ce n’est pas Dieu qui est fait pour l’homme, mais l’homme pour Dieu.

C’est un peu cliché de plaisanter sur les belles-mères envahissantes, mais ça se justifie ici : la belle-mère de Simon, sous prétexte de maladie, envahit plusieurs versets d’Évangile, alors que l’Écriture ne nous dit pas un mot sur l’épouse de Simon. D’ailleurs, on ne sait pas quels sont les rapports de Simon avec sa belle-mère, mais ce n’est pas lui qui demande à obtenir sa guérison lorsqu’elle tombe malade. Celui qui demande, c’est « on » (Mc 1, 29-39). « On » demande à Jésus de « faire quelque chose » pour la belle-mère. Simon n’avait rien demandé, lui ! Peut-être qu’il n’était pas mécontent qu’elle disparaisse, après tout…

Mais Jésus, dans toute la sensibilité frémissante de la nature humaine qu’il a voulue assumer, a été ému par la misère de la belle-mère de Simon, et l’a guérie. C’est un miracle d’autant plus émouvant qu’aucune parole ne l’accompagne, il n’y a aucun enseignement sous-jacent, simplement un mouvement du cœur. Jésus saisit doucement la main de la belle-mère de Simon, et cela suffit. C’est d’ailleurs souvent tout ce qui reste, en certaines situations de détresse, et la charité la plus vive se passe parfois de mots. Jésus est bien venu nous sauver dans la chair, à tous points de vue.

La gratuité inouïe de la grâce

Ce récit d’Évangile nous rappelle le caractère imprévisible et déconcertant de la Providence divine. Il y a des choses que nous demandons dans la prière, et qui ne sont pas exaucées, ou pas tout de suite, ou pas comme nous le voudrions. Et il y a des choses que nous ne demandons pas, et que le Seigneur veut pourtant nous donner, dès aujourd’hui, selon son bon plaisir à lui. C’est la gratuité inouïe de la grâce que Jésus veut donner. La souveraine liberté de Jésus nous apprend à nous décentrer de nous-mêmes dans notre prière de demande. Elle nous apprend aussi que la prière de demande n’est pas un rite magique, ni une technique par laquelle nous infléchirions la volonté divine dans le sens de nos moindres désirs.




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Dans ce récit d’Évangile, la guérison de la belle-mère de Simon n’est pas un événement isolé. À la suite de ce miracle domestique, resté peut-être discret, on apporte à Jésus de nombreux infirmes, et même des possédés. Jésus guérit, il exorcise. Ce sont les signes de l’avènement du règne de Dieu, d’après Jésus lui-même : il refuse de rester à Capharnaüm parce que « aux autres villes aussi il faut annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu ». Il l’avait d’ailleurs annoncé quelques jours plus tôt dans la synagogue de Nazareth, en lisant l’oracle messianique d’Isaïe : la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, les captifs sont libérés, les aveugles retrouvent la vue, les opprimés sont libérés, c’est le signe que le Messie arrive et que le Royaume de Dieu est déjà commencé.

Dans une époque où la conscience du péché s’est obscurcie, il serait absurde et contreproductif de culpabiliser les gens sur un péché que l’atrophie spirituelle générale les empêche de voir dans bien des cas. 

Et on retrouve ici la leçon de la belle-mère de Simon. Car, oui, Jésus accomplit le Royaume de Dieu tel qu’il était attendu par les Juifs, au moins parmi ceux qui lisaient l’Écriture sans avoir un voile sur les yeux. Il coche les cases : guérison des malades, libération des opprimés, etc. C’est bien un accomplissement par rapport à l’attente d’Israël.

Une expérience de libération

Pour les contemporains de Jésus, la rencontre du Christ est d’abord une expérience de libération, plus encore qu’une expérience de vérité. Il y a quelque chose à méditer là pour l’évangélisation, à laquelle Paul invite si fortement dans la deuxième lecture de ce dimanche (1 Co 9, 16-19.22-23). Dans une époque où la conscience du péché s’est obscurcie, il serait absurde et contreproductif de culpabiliser les gens sur un péché que l’atrophie spirituelle générale les empêche de voir dans bien des cas. Mieux vaut se pencher avec miséricorde sur la servitude et le malheur qui en découlent, et montrer comment Dieu peut en libérer. Le Christ est d’abord un Dieu qui libère !




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Si l’on revient aux Juifs du temps de Jésus, le Royaume de Dieu tel que Jésus l’accomplit ne correspond pourtant pas parfaitement à leurs attentes : il ne renverse pas l’oppression étrangère, il ne restaure pas la royauté davidique, et ultimement, il semble plus intéressé par la rémission des péchés et le don de la vie divine que par la disparition définitive des injustices politiques, sociales et économiques. Jésus déçoit sur le choix des fins, mais aussi sur le choix des moyens : des gestes d’humilité, tirés de la vie quotidienne, et finalement la mort sur la Croix. Il y a comme un décalage entre d’une part, la guérison des malades, la libération des opprimés, etc., et d’autre part la rémission des péchés, le don de la vie divine, etc. On ne peut pas réduire ce décalage à un rapport de signe à réalité, ou un rapport de présent à futur, la guérison de la maladie considérée comme signe présent, en vue de la réalité que serait la rémission des péchés à venir : c’est en partie vrai, mais on voit bien que dans la vie de Jésus, le signe et la réalité se confondent, le déjà là et le pas encore se compénètrent.

Une leçon pour notre vie spirituelle

Le terme qui cerne le mieux ce rapport, c’est celui d’accomplissement. Le père Vanhoye [jésuite bibliste, créé cardinal par Benoît XVI, ndlr] parlait de l’accomplissement apporté par Jésus, par rapport aux attentes d’Israël, mais aussi de nous, en trois termes : ressemblance, dissemblance, supériorité. Jésus répond à nos attentes, mais il réalise plus, mieux et différemment de ce qui était humainement prévisible. C’est une leçon pour notre vie spirituelle, en particulier pour notre prière de demande. Mais c’est aussi une leçon pour notre méthode théologique : en partant d’abord et exclusivement de l’expérience humaine et de nos aspirations, même spirituelles, pour bâtir une théologie, nous risquons d’enfermer Dieu dans le cadre étroit de nos attentes. Nous risquons d’oublier que ce n’est pas Dieu qui est fait pour l’homme, mais l’homme pour Dieu. Mieux vaut alors contempler humblement dans l’Évangile ce que Dieu veut nous donner en Jésus, et comment il veut nous le donner. 




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