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Si toutes les vies se valent…

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Noémie Coissac / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Evacuation d'un camp de migrants de Saint-Denis (93), le 17 novembre 2020.

Benoist de Sinety - publié le 22/11/20

La France s’honore à considérer que la vie humaine est plus sacrée que l’économie, mais en réalité, toutes les vies ne se valent pas. Dès lors qu’un homme est dans l’épreuve, il a droit au respect.

“Dégage, bouge !” est-ce ainsi que se résume la nouvelle politique migratoire promise depuis quelques temps ? Mardi dernier, 17 novembre, l’évacuation du camp de migrants à Saint-Denis ne s’est pas exactement passée comme prévu. Tout avait pourtant commencé comme à l’habitude : déploiement impressionnant de forces de l’ordre afin d’éviter aux plus nerveux toute pulsion violente, réservation à l’avance de lieux (hôtels, gymnases…) où installer les personnes, des dizaines de bus ainsi que des membres d’associations pour emmener les uns et les autres le plus paisiblement possible vers leurs hébergements. Des médecins étaient présents et les mesures de précaution sanitaire seraient respectées !

Les haut-parleurs hurlent des consignes

Le camp n’a pas bonne réputation, il faut dire que le fait de parquer des êtres humains au milieu des rats et des immondices ne favorise pas l’irénisme : des bagarres ont eu lieu, Soudanais contre Afghans jouent parfois du couteau. On peut s’en offusquer, il est plus difficile, sincèrement, de s’en étonner. Quelques heures avant l’évacuation, quelques familles se joignent à ce camp d’infortune : prises en charge par des associations alors qu’elles devraient selon la loi, l’être par l’État, elles profitent d’un triste effet d’aubaine et se joindront demain à la cohorte des gueux répartis dans les bus.




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L’heure vient. Les haut-parleurs hurlent des consignes en français à des gens auxquels on n’a jamais sérieusement songé à apprendre cette langue. Il faut procéder par ordre, comme sur un bateau qui coule, les femmes et les enfants d’abord. Des hommes ne comprennent pas, ou refusent d’être galants. Il faut palabrer, nerveusement, pousser un peu fermement les uns et les autres avant que les premiers cars puissent prendre la route.

Pour aller où ?

Mais les heures passent, debout, leur sac à la main, ils attendent de moins en moins patiemment. À midi, 50% sont “traités” comme la poésie administrative le précise. Ce qui signifie qu’il en reste encore la moitié dans le bourbier. À 14h, il en reste des centaines, de moins en moins enclins à demeurer immobiles, d’autant qu’ils voient bien que les places se font désormais de plus en plus rares… Et comme il faut bien conclure et permettre à ceux qui le peuvent de reprendre leur vie, on décide de disperser des gens qu’on avait rassemblé, de renvoyer vers le néant ceux auxquels on avait promis le gîte et le couvert dont ils étaient privés depuis des semaines ou des mois.

L’objectif est qu’ils ne dorment pas, qu’ils n’aient nulle part où poser la tête. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à ce qu’ils meurent ?

Dans la journée, leur compréhension de la langue de Molière ne s’étant pas améliorée, les cris s’accompagnent d’envoi de lacrymo, et la matraque titille. De l’avis des observateurs les plus mesurés, on n’avait jamais vu cela à Paris. L’une me dit “on se serait cru à Calais”… Et voici que des centaines de pauvres bougres se retrouvent invités fermement à “dégager”. Mais pour aller où ? Toute la nuit durant, comme de vulgaires cloportes, des patrouilles de policiers, dûment chapitrées les suivront à la trace en leur hurlant dessus ces deux verbes, sans doute pour les aider à les mieux comprendre : “Dégage, bouge !” L’objectif est qu’ils ne dorment pas, qu’ils n’aient nulle part où poser la tête. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à ce qu’ils meurent ? Jusqu’à ce qu’ils se révoltent donnant ainsi à certains la satisfaction de voir que “ces gens-là” sont de la graine de vermine ?

La grandeur d’un pays

Depuis six mois, il a été décidé que la vie humaine était plus sacrée que la vie économique d’une nation. Mais ce privilège est-il réservé aux seules personnes âgées ou malades ? Il semble que le législateur se soumette à l’idée que la vie ne commence qu’après l’accouchement. Doit-on ajouter en plus qu’elle doive être française ? Il y a les migrants que l’on traque aujourd’hui, il y a ceux auxquels on confie cette mission d’un autre âge : n’est-il pas temps d’arrêter d’abîmer le corps des uns et l’âme des autres, et de retrouver ce qui fait la grandeur et la noblesse d’un pays comme le nôtre, sa capacité non pas à accueillir toute la misère du monde mais à mettre en premier, quelle que soit la réponse apportée, le respect dû à tout homme, au seul titre qu’il est un homme. Il ne s’agit pas d’accabler tel ou tel : la responsabilité de cette situation est collective. Elle est celle de ceux qui gouvernent mais aussi de ceux qui les élisent, et ce depuis des lustres.

Le migrant, comme l’enfant à naître, comme le vieillard isolé dans son Ehpad, nous obligent à choisir si nous voulons vivre dans un monde où la violence ne cesse de progresser ou si nous pensons pouvoir imaginer, rêver et bâtir un autre possible.


ASSEMBLEE NATIONALE FRANCE

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Tags:
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