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À Madagascar, ce "missionnaire en chef" bâtit un immense hôpital pour les pauvres

J-Y Lhomme

Le père Jean-Yves Lhomme, prêtre des Missions Étrangères de Paris.

Domitille Farret d'Astiès - Publié le 23/09/20

VISAGES DE MISSIONNAIRES (3/5) "Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples", nous dit l’Évangile de Matthieu. Depuis 2.000 ans, l’Église a pour vocation d’annoncer l’Évangile. Asie, Amérique, Afrique, Europe… Chaque continent est terre de mission. Découvrez aujourd’hui le père Jean-Yves Lhomme qui construit un hôpital pour les plus pauvres à Madagascar.

De vastes bâtiments clairs entourés d’une jungle verdoyante, des rizières, un verger avec des arbres fruitiers à gogo… Bienvenue dans le futur hôpital Sainte-Anne, à Mananjary (Madagascar), sur la côte est du pays, au bord de l’océan indien. C’est là que vit le père Jean-Yves Lhomme, 65 ans, futur directeur des lieux. Ce prêtre des Missions Étrangères de Paris originaire de Touraine a fêté ses 34 ans à Madagascar en août dernier. « La date d’arrivée en mission, pour moi, c’est presque une naissance. C’est quelque chose dont un missionnaire se souvient très bien », confie-t-il à Aleteia d’une voix tranquille.

Le désir de mission est né très tôt chez lui. « Quand j’étais jeune, je recevais une petite revue, Lumière du monde, avec des lettres de missionnaires. Cela a fait tout simplement son chemin ». À 23 ans, il ressent très fortement l’appel à la prêtrise. « À ce moment-là, je savais que je voulais être missionnaire et partir ». Missionnaire de brousse durant quinze ans, le père Jean-Yves Lhomme supervise depuis 2007 la construction de l’hôpital Sainte-Anne, à la demande de Mgr José Alfredo Caires de Nobrega, évêque des lieux. L’établissement est destiné aux plus pauvres de la ville et de la région qui souvent n’ont pas accès aux soins modernes. Dans cette région qui compte 1 million d’habitants, il n’existe en effet aujourd’hui qu’un seul hôpital d’État. « Les besoins sanitaires sont immenses », note l’homme de Dieu. « Je ne sais pas pourquoi on me l’a demandé à moi, mais je sais que j’ai toujours été sensible à la souffrance. Très jeune, j’ai été à Lourdes, et dès que j’ai pu, je suis devenu hospitalier de Notre-Dame ».

S. Labadie
Vue aérienne de l'hôpital sainte Anne.

L’évêque lui confie donc cette immense parcelle de dix hectares en pleine nature, le long de la route nationale 25, situé à cinq kilomètres de la ville de Mananjary. Au départ, il s’agit d’un simple terrain de brousse composé de sept collines avec une forêt vierge où se mêlent bambous, mauvaises herbes, eucalyptus… Charge à lui de le transformer en établissement de santé. « C’était un terrain anormalement délicat pour construire un hôpital mais nous en avons fait quelque chose. C’est un gros projet qui coûte très cher mais la divine Providence a toujours pourvu », note le missionnaire.

Un hôpital aux normes européennes

Construit selon des normes européennes, il devrait accueillir 50 lits – 25 en chirurgie et 25 en médecine. Un pôle mère-enfant est également en projet. Créé à l’attention des plus pauvres, il se targue de leur offrir les meilleurs soins possibles. Outre une équipe médicale permanente, des spécialistes venus de l’extérieur pourront être hébergés sur place ponctuellement. En cours de finition, il aurait en principe dû ouvrir cette été mais cela n’a pu se faire encore en raison de l’épidémie de Covid-19.

Dès le début de ce projet colossal, il a fallu trouver des fonds, concevoir des plans, puis nettoyer le site, arracher, reboiser, araser, forer, construire un barrage, électrifier… Le tout avec de la main-d’œuvre locale. « C’est un hôpital qui est fait par les Malgaches », insiste le prêtre, qui se réjouit que des amis de France et de La Réunion soient venus prêter main-forte et offrir des compétences qui manquaient sur place. Il déclare passer sa vie sur les chantiers. Chaque jour, il se lève aux aurores – l’été, il peut faire jour dès 4 heures du matin – et va au turbin, rejoignant les ouvriers sur le terrain. « Il me faut être là en permanence pour surveiller, encourager, montrer », explique-t-il.

M-R Petitmengin
Confection des gabions qui vont soutenir la terre de la plateforme de la station de biogaz.

Quand il ne s’occupe pas de chargement de sable et de pierre qu’il va chercher dans une carrière voisine, il tronçonne des arbres, lit son bréviaire dans son camion de 3,5 tonnes ou téléphone à des partenaires. « Avant, quand j’étais missionnaire de brousse, je visitais à pied ou en moto les villages et les communautés chrétiennes et j’en créais de nouvelles ; j’avais la charge de 35 villages. Ici, j’ai un rôle de formateur à la rigueur, à la fidélité dans le travail ».

« Toutes ces années de vie missionnaire m’ont fait comprendre qu’il suffit de pas grand-chose pour bien vivre et être heureux. »

Autour des bâtiments, aujourd’hui, des arbres à n’en plus finir, un verger avec de nombreux arbres tels que caféiers, bananiers, tamariniers, cocotiers, papayers, manguiers, arbres à pains, pamplemoussiers, litchis et trois hectares de rizières. « C’est un des pays les plus pauvres au monde mais une terre fertile, bénie du Seigneur. Un dicton assure que de Diego-Suarez, grande ville du nord de Madagascar, à Fort-Dauphin, à l’extrême-sud, il existe 3.500 variétés de plantes. Vous plantez un bout de bois et il pousse », s’amuse le prêtre.

M-R Petitmengin
Extraction des bois dans les futures rizières.

Ces cultures sont destinées à nourrir les patients et à donner du travail à ceux qui en ont besoin. En effet, dans le pays, les hôpitaux publics ne nourrissent pas les malades et c’est la famille qui apporte la nourriture. Mais l’hôpital Sainte-Anne en a décidé de faire autrement et grâce aux rizières – le riz est la nourriture de base des Malgaches – et au potager, elle pourra proposer une nourriture équilibrée à ses pensionnaires.

« Un missionnaire, c’est vraiment un père », poursuit-il avec douceur. « Dès qu’il y a un souci, on se tourne vers lui. J’ai un rôle social auprès de beaucoup de gens ». Au bout de 34 ans, il a appris à connaître les Malgaches, mais, concède-t-il, « l’être malgache reste pour moi un mystère. C’est un être collectif, il ne se pense pas dans son individualité. Ici, on vit au rythme du soleil, au jour le jour. J’ai du riz dans mon assiette aujourd’hui, je verrai bien si j’en ai demain. Pour moi c’est un combat. Il faut que je sois prévoyant et qu’en même temps je vive au jour le jour ». Et de résumer sa pensée en ces mots : « Ici, il faut un peu de foi, un peu de courage et beaucoup, beaucoup, de patience ! ».

Avec cet hôpital, sa vie radicalement changé. « J’ai une vie plus solitaire qu’avant mais la solitude ne me pèse pas. Le propre du missionnaire, c’est de s’adapter, de ne pas forcément faire ce qu’il désire mais de répondre à une demande. Je me sens parfaitement adapté à ce nouveau style de vie. Au fond, je n’ai pas besoin de grand-chose. Toutes ces années de vie missionnaire m’ont fait comprendre qu’il suffit de pas grand-chose pour bien vivre et être heureux », explique l’homme de Dieu. Une fois que les portes de l’hôpital auront ouvert, il sera en permanence au chevet des malades et des pauvres. « Cet hôpital, il doit être missionnaire, avoir un esprit missionnaire », souligne-t-il. « Il faut que toute personne, quelle qu’elle soit, soit magnifiquement accueillie ».




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