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Louise de Marillac, l’aristo devenue servante des « seigneurs de la rue »

Louise de Marillac
Louise de Marillac et les soeurs de la Charité distribuent les aumônes aux pauvres devant l'église Saint-Laurent à Paris.
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Fondatrice des Filles de la Charité en 1633 au côté de saint Vincent de Paul, Louise de Marillac a apporté aux pauvres de Paris aide et espérance en se mettant à leur service. Découvrez son oeuvre à travers les yeux de l’un de ceux qu’elle appelait ses « seigneurs de la rue ». 

Paris, 1642. Il n’est pas bon d’être des gens de la rue en novembre, lorsque le froid commence à mordiller les pieds et les mains nus des clochards. Les passants se font moindres, et les aumônes, encore plus rares.

Comme chaque matin, Lucien s’éveille au son des cloches qui sonnent six heures, le ventre criant famine. Il se lève lentement de son lit de pierres glaciales et soupire. Il transforme sa médiocre couverture en manteau, place sa béquille usée sous son bras et se lance d’un pas aussi lourd que las. Il lui faut se rapprocher des grandes rues s’il veut avoir la chance de croiser une âme qui prendrait pitié de lui.

Mais en traversant les ruelles du faubourg Saint-Nicolas, il aperçoit d’autres personnes comme lui, et s’étonne. Non qu’y voir des pauvres soit inhabituel, mais en ce jour de froid mordant, ils devraient se déplacer vers les rues passantes ou les églises pour y faire la manche. Mais ils ne bougent pas. Comme s’ils attendaient.  

« Nous attendons Mademoiselle de Marillac et ses filles, lui répond-elle. C’est aujourd’hui ici qu’elles doivent passer. »

Curieux, Lucien s’approche d’une jeune femme vêtue de haillons, avec un visage pâlot mais les yeux pétillants malgré de grosses cernes. Gardant ses distances pour ne pas l’effrayer, il lui demande ce qu’elle attend. Pourquoi ne va-t-elle pas mendier ?

– Nous attendons Mademoiselle de Marillac et ses filles, lui répond-elle. C’est aujourd’hui ici qu’elles doivent passer.

– Qui sont-elles ?

– Celles que Dieu nous a envoyées. Elles ont promis de revenir.

Lucien s’esclaffe devant tant de naïveté. Cela fait bien dix, si ce n’est quinze ans, qu’il est à la rue. Ce n’est pas la première fois qu’il entend cette fausse promesse. Curé ou autre, personne ne la tient. C’est comme ces rumeurs sur ce prétendu monsieur Vincent qui porterait secours à tout miséreux. Quelles sottises !

– Elles viendront, insiste la jeune femme. Reste donc, boiteux, et tu verras.

Avant que Lucien n’ait le temps de réfléchir à cette offre étrange, des bruits de pas rapides se font entendre. L’instant d’après, jaillissant d’une ruelle menant aux grandes rues, un attroupement d’une quinzaine de bonnes femmes se répand dans la petite place. 

« L’une offre de l’eau à un homme sans bras, une autre lave le visage d’un aveugle, une troisième bande la plaie d’un enfant blessé. »

Toutes vêtues de gris, de lourds sabots aux pieds, elles se hâtent dans les ruelles sales et pauvres demeures des alentours. L’une offre de l’eau à un homme sans bras, une autre lave le visage d’un aveugle, une troisième bande la plaie d’un enfant blessé. Lucien observe, incapable de cligner des yeux, tant il croit rêver. 

Une des frangines s’approche alors de la jeune femme de tout à l’heure. Elle a une cinquantaine d’années et pourtant, ses yeux ont un éclat de jeunesse indéniable. Elle se tient droite avec une posture digne d’une grande dame, mais son regard ne fuit personne. 

– Marie, appelle-t-elle, voici trois pain chaud pour vos enfants, et des draps propres pour votre père. 

– Comment vous remercier encore, mademoiselle Louise? 

– Comme chaque fois, remerciez Dieu. 

Sans attendre une autre parole de gratitude, la frangine se tourne vers lui. Il tressaille lorsque ce regard perçant et pourtant si doux se pose sur lui, sans le moindre dégoût. 

– Je ne vous connais pas, dit-elle. D’où venez-vous?

– On m’appelle Lucien, répond-t-il, quelque peu intimidé. Je crèche au faubourg souffrant. 

– Très bien, monsieur Lucien. Nous y viendrons demain. 

« Une larme coule sur la joue de Lucien, alors qu’il contemple l’offrande de mademoiselle Louise de Marillac. Tant de bonté en un si court instant, est-ce possible ? »

Sur ces mots, elle lui tend un pain chaud. A peine l’eut-il saisit que la dame lui tourne le dos et s’enfonce dans les ruelles d’un pas toujours pressé, suivit de ses filles, sans demander son reste. Une autre atmosphère règne dans la petite place. Les miséreux sourient et partagent leur nourriture.  

Une larme coule sur la joue de Lucien, alors qu’il contemple l’offrande de mademoiselle Louise de Marillac. Tant de bonté en un si court instant, est-ce possible ? Sa main tremble, de peur que ceci ne soit qu’un rêve. Mais la jeune femme en haillons, lui sourit. 

– Ne crains plus rien et rentre chez toi. Demain, c’est toi qu’elles iront voir. 

Les cloches sonnent. C’est bientôt l’heure de la messe. Peut-être bien qu’il ira cette fois, puisque c’est Dieu qu’il faut remercier.

Louise de Marillac
Gianni Dagli Orti / Aurimages
Louise de Marillac distribuant les aumônes, à Paris.

Mademoiselle de Marillac continuera d’oeuvrer pour ses « seigneurs de la rue » jusqu’à sa mort en 1660 et sera canonisée en 1934. La misère est présente partout dans le monde, autant aujourd’hui qu’au XVIIème siècle, mais la générosité et le dévouement de Louise de Marillac continuent d’inspirer et demeurent des valeurs nécessaires afin de servir autrui.