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Déconfinement : c’est maintenant que l’addiction à l’alcool menace

CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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Si les Français ont été raisonnables pendant le confinement, la persistance de la pandémie entretient les facteurs de stress et incite à la vigilance. C’est lorsque la contrainte est levée que les plus grands risques de consommation d’alcool peuvent apparaître.

L’explosion des apéros virtuels n’a pas incité les Français à lever le coude. Contre toute attente, près d’un quart des Français ont diminué leur consommation d’alcool pendant le confinement. Seulement 11 % d’entre eux ont bu davantage, indique une étude publiée le 13 mai par Santé publique France. Mais si l’alcool n’a pas été le produit refuge le plus sollicité pendant le confinement, il n’en est pas de même du tabac : 27 % des Français disent en avoir consommé davantage (contre 19 % qui ont diminué leur consommation).

Les résultats de l’enquête n’ont pas étonné le psychiatre et alcoologue Henri Gomez : « L’incidence du confinement et du climat d’insécurité créé doit certainement être marginale ». Son impression, d’après une centaine de témoignages reçus à l’association AREA 31 (une association de recherche et d’entraide en alcoologie, en addictologie et en psychopathologie) est que le coronavirus n’a guère changé les comportements : « Les « solides » disposent des moyens de s’organiser pour ne pas consommer, les « pas solides » continuent à boire. En revanche, les buveurs excessifs qui ont basculé dans la dépendance sont peu nombreux. Peut-être même ont-ils moins bu pendant le confinement car les occasions festives ont disparu. »

L’effet confinement sur la consommation d’alcool

Pourquoi malgré tout certains Français ont-ils augmenté leur consommation d’alcool ? « Pour beaucoup de personnes que j’ai accompagnées, le confinement a été comme une prise de conscience de problèmes parasites avec lesquels il a été difficile de cohabiter car le stress s’est ajouté », constate Estelle Bret qui pratique le coaching Cleen (Coaching de libération des empreintes émotionnelles négatives). Ainsi l’augmentation de la consommation d’alcool a touché prioritairement les personnes vulnérables. Pour celles-ci, « l’alcool est d’abord une tentative de soulagement », a expliqué le docteur Gérard Ostermann au Sommet de la résilience organisé par le parcours PepPsy. « Au centre de la problématique, explique-t-il, il y a un manque : ce terme vient du latin « maculus » qui signifie « amputation ». Je pense que nous allons voir en consultation après le 11 mai des personnes qui n’étaient pas auparavant dans la dépendance mais qui, au fil du temps, constatent que leur relation avec l’alcool et avec les autres a changé. Ils sont dans l’obsession idéative de consommer. »

La durée de la pandémie, un facteur de risque persistant

Les résultats de l’étude ne doivent pas inciter à baisser la garde face à l’alcool. Interviewé par Sciences et Avenir le 24 avril dernier, le psychiatre Paul Brunault avertit : « C’est finalement lorsque la contrainte est levée que les plus grands risques peuvent apparaître. Les personnes dépendantes à l’alcool risquent une rechute et les non-dépendantes peuvent entrer dans l’addiction. » Les facteurs favorisant la consommation de produits addictifs comme le tabac, l’alcool, le sucre, le sexe (pornographie), ou les drogues n’ont pas non plus disparu : crainte de la maladie pour soi ou pour les autres, angoisse face à l’avenir, isolement social, télétravail, manque d’activité, changement d’habitudes… La vigilance s’impose.

Comment savoir si l’on consomme trop d’alcool ?

1. Évaluer sa consommation d’alcool, par exemple en répondant au questionnaire d’Alcool Info Service.
2. Faire le point sur les apéros. Le confinement a lancé la mode des apéros virtuels, permettant ainsi le maintien à distance des liens sociaux. Qu’il soit virtuel ou non, l’apéro n’est pas un problème s’il n’est pas une habitude et s’il peut avoir lieu sans alcool.
3. Interroger son rapport à l’alcool. Le docteur Gérard Ostermann pointe quatre signes d’alerte : « Si vous vous sentez prisonnier de l’alcool, d’un autre produit ou d’un comportement, si vous y pensez très souvent, si vous en consommez souvent et si vous êtes mal. »
4. Se poser la question : puis-je me passer de consommer de l’alcool pendant un jour sans me sentir mal ? « Cela permet de confronter à la réalité au-delà de notre ressenti subjectif, explique le docteur Paul Brunault. Si une personne a recours à l’alcool à chaque fois qu’elle est seule, petit à petit il peut devenir l’unique moyen de faire face au stress et de réguler ses émotions. Au-delà de la quantité, c’est l’aspect automatique de la consommation qui est à surveiller. »