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Le monde oublié de Kersauson, de l’urgent ou du rien du tout ?

Olivier de Kersauson, le 26 décembre 2016, à Brest.
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L’écrivain voyageur a de nouveau laissé l’ancre pour la plume avec un nouveau livre en forme d’abécédaire. « De l’urgent, du presque rien et du rien du tout » revient sur son enfance, le monde contemporain, la vie et son essence, et surtout la liberté de ne pas être d’accord avec ce nouveau monde que l’on nous propose. 

La récente expérience du confinement est une excellente occasion de retrouver les regards de biais que porte Olivier de Kersauson sur le monde contemporain dans son récent ouvrage. Anti-moderne et partisan du dépouillement, ses lignes sur les citadins épris de posséder mille choses plutôt que rien du tout ou seulement l’urgent sont vraiment à propos. Sans compter qu’à travers ces lignes nous découvrons avec bonheur une voix sans parasites. Autrement dit, une espèce en voie de disparition. Sa gouaille en agace plus d’un, sa bouille, pourtant, ne laisse personne indifférent et son mode de vie pourrait faire rêver le plus casanier des hommes. Olivier de Kersauson est atypique et nous l’en remercions. En homme de la mer, qui vit entre Bretagne et Pacifique, il a eu le temps de mesurer l’important face à ce qui ne l’est pas. De l’action à la vie, beaucoup de mots, voire quelques expressions, déroulent leur sens dans cet abécédaire aux accents de sagesse. Nous y trouvons même des références à la foi, qui est demeurée la boussole de l’Amiral au milieu de sa vie agitée.

Voici de petits morceaux choisis parmi des réflexions sur le temps, l’amour et la valeur de l’homme. Comme une colonne vertébrale sous forme de mots, Olivier de Kersauson semble vouloir offrir à ses contemporains, aux hommes comme aux femmes, le secret d’une vie de courage et de simplicité, et de bonheur en somme. Puis, enfin, quelques conseils de politesse envers la vie, selon qu’il aime la voir.

Sommes nous prêts à nous rappeler de ce qui est urgent?

Au mot catholique, Olivier de Kersauson dévoile un peu de son intériorité et de son rapport à la transcendance : « L’existence de Dieu telle qu’elle est enseignée chez les catholiques me plaît : j’aime avoir quelqu’un à remercier lorsque tout va bien, je trouve que c’est cohérent. Je prie plusieurs fois par jour. J’adore le rite, c’est un concentrateur d’énergie. Dans la prière, tout à coup, je laisse parler mon âme, ce qu’il y a en moi de subtil, de non descriptible et de puissant. J’aime prier dans la reconnaissance et l’éblouissement ». D’ailleurs, pour l’incarner, il rappelle la place que devrait avoir la compassion dans une société : « C’est un mot assez usité. La compassion est rarement proposée intellectuellement ou philosophiquement sauf dans certaines parties de la religion catholique. C’est certainement une des capacités de raisonnement dont l’homme a le plus à prendre — et à apprendre. Le regard que nous portons sur le monde doit être compassionnel. La compassion, c’est un projet de l’homme ».

Personnage entier, engagé, le mariage est en cohérence avec son cœur et son tempérament : « Je suis pour dans la mesure où il faut faire les choses à fond. L’amour est tellement une chose extraordinaire qu’il faut se donner la chance que ce soit merveilleux. Et puis, d’un point de vue religieux, se marier, c’est obtenir la grâce du sacrement. Et j’y suis sensible ». Son humilité même l’honore quand il évoque le principe de la vertu, dont il donne une définition assez religieuse : « Ne jamais, par mon attitude, secouer, bousculer, ajouter un poids à l’autre dans la mesure où je ne sais pas ce qu’il porte. J’ai le désir d’être neutre. C’est une chose importante pour moi. On n’est pas obligé d’être parfait et l’objectif de la sainteté est très peu partagé parce qu’il y a très peu d’entre nous que ça intéresse — et qui en sont capables —, mais on peut essayer d’être un peu moins moches ».

À quoi bon conquérir le monde si on en vient à perdre son âme » : j’ai toujours pensé que la possession pouvait engendrer la perte de l’âme. Or, depuis l’âge de 10 ans, j’ai su que jamais il ne fallait perdre son âme ».

L’ancien monde a encore des choses à nous apprendre

Mais les mots de l’écrivain ont surtout l’avantage de nous enseigner des conceptions de plus en plus désavouées à notre époque. L’agression a actuellement la gâchette facile, plus rarement la remise en question. « Dans l’argumentaire social d’aujourd’hui, il y a davantage de mouvements déclenchés par la peur que par le courage. C’est un comble. Or, la beauté de notre humanité, c’est son courage, en rien sa peur. Le courage suppose une question : que vais-je entreprendre afin d’être moins médiocre ? » Un secret pour y parvenir ? Il se trouve peut-être du côté de l’âme. « J’ai en tête depuis toujours cette phrase de Marc dans la Bible « À quoi bon conquérir le monde si on en vient à perdre son âme » : j’ai toujours pensé que la possession pouvait engendrer la perte de l’âme. Or, depuis l’âge de 10 ans, j’ai su que jamais il ne fallait perdre son âme ».

Du lointain de son âge, même s’il n’amorce que sa septième décennie sur terre, l’Amiral entame la joliesse du terme de révolution : « Les types qui veulent changer le monde signent le fait qu’ils ne peuvent pas se changer eux-mêmes. Le révolutionnaire est un idiot, il prouve qu’il ne sait pas s’adapter. Or, le propre de notre espèce est précisément de s’adapter et de faire évoluer, ce n’est pas de renverser la table. Les gens disent toujours : « Ah, mais nous ne sommes plus au Moyen Âge ! » Dommage, par certains côtés, au Moyen Âge il y avait une pensée religieuse, chevaleresque… Toutes les cathédrales viennent de ces siècles-là. Aujourd’hui, que fabrique-t-on ? » Ce sont des mots tranchés, des pensées vives, des élans radicaux, mais nous pensons rarement, en le lisant, que tout cela n’est “rien du tout” mais plutôt “de l’urgent”.

 

De l'urgent, du presque rien et du rien du tout

De l’urgent, du presque rien et du rien du tout, d’Olivier de Kersauson, Éditions du Cherche-Midi, 2019.