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Les lieux de la Bible : Megiddo, l’Armageddon de l’Apocalypse

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CC BY-SA 3.0

Porte cananéenne, cité de Megiddo.

Philippe-Emmanuel Krautter - Publié le 07/05/20

Megiddo, située au sud-est du Carmel, fût indéniablement une place forte biblique majeure. Véritable millefeuille archéologique, chaque strate de cette ancienne ville cananéenne, dont les origines remontent au VIIe millénaire, révèle en effet des témoignages essentiels des temps bibliques. Nombreuses ont été les batailles livrées à Megiddo relatées par la Bible, et ce jusqu’à l’Apocalypse qui l’évoquera sous le nom d’Armageddon, lieu du grand combat final…

Megiddo est le paradis des archéologues. Cette antique ville cananéenne citée à de multiples reprises dans la Bible semble en effet avoir concentré d’innombrables témoignages dans les strates de ses différentes occupations au fil des millénaires. L’importance du lieu s’explique par sa proximité de la route dite de la Mer (dénommée Via Maris à l’époque romaine), et allant de l’Égypte à la Syrie et Mésopotamie. Si des traces de civilisations datant du VIIe millénaire ont été relevées dans les couches les plus profondes, c’est durant la période de l’âge de fer qu’elle sera cependant évoquée dans le récit biblique  pour la première fois avec Josué et les Juges.


Vue du mont Carmel

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Cette cité deviendra même la capitale de la puissante Assyrie après la chute du royaume d’Israël au VIIIe siècle avant J.-C. Les archéologues ont dénombré pas moins de 35 civilisations successives sur ce promontoire dominant la vallée de Jezréel. Megiddo peut ainsi s’enorgueillir d’être le site comptant le plus de monuments préservés de la période biblique selon l’Unesco. Il ressort, en effet, des fouilles menées depuis des décennies sur ce site iconique d’Israël un nombre impressionnant d’édifices : enceinte sacrée, puissantes fortifications, palais, portes monumentales, système hydraulique souterrain, temples et écuries… Megiddo fut assurément une cité biblique forte et prospère.

Le symbole de la magnificence des rois d’Israël

Surtout, le récit biblique précise que  Megiddo fut reconstruite par le fils du roi David, Salomon lui-même. Certes, les spécialistes ont débattu quant aux datations exactes, et selon l’archéologue Israël Finkelstein, la paternité reviendrait plutôt au roi Jéroboam II qu’à Salomon. Reste qu’il n’en demeure pas moins que Megiddo offre, encore de nos jours, la plus belle et parfaite illustration des royaumes rivaux d’Israël de cette époque, ceux de Juda et d’Israël aux IXe et VIIIe siècles av J.-C.

Et, si la Bible présente les rois de Judée comme dominants, il semble que ce soit plutôt les rois d’Israël qui aient réellement eu une prééminence selon les recherches les plus récentes. Les fouilles menées à Megiddo ont mis à jour des témoignages émouvants de la vie quotidienne de ces temps bibliques aux côtés de la puissance des palais voisins, notamment un niveau d’alphabétisation assez élevé pour cette fin du VIIe siècle.

Un lieu de batailles incessantes

Mais, cette importance de la belle cité biblique de Megiddo allait, bien sûr, susciter bien des convoitises. Et, la liste est fort longue de tous les sanglants assauts menés contre ses puissants remparts. Égyptiens, Perses, Syriens lanceront successivement, en effet, leurs violentes attaques à l’encontre de la ville convoitée. Mais Megiddo saura, à chaque fois, renaître de ses cendres. Pour mémoire, la plus célèbre bataille demeure celle relatée au Deuxième livre des Chroniques. Écoutons ce récit : Alors que l’armée égyptienne menée par le pharaon Nékao II se lance contre les troupes du royaume de Juda, son roi Josias refuse d’entendre tous les avertissements de prudence (2Ch 35,22-24) :

Josias ne changea pas d’avis ; bien plus, il se déguisa pour l’attaquer. Il n’écouta pas les paroles de Nékao, qui venaient de la bouche de Dieu. Il vint livrer bataille dans la plaine de Meguiddo. Les archers tirèrent sur le roi Josias, qui dit à ses serviteurs : Emportez-moi, car je suis gravement blessé. Ses serviteurs le sortirent de son char, le placèrent sur un autre de ses chars et l’emmenèrent à Jérusalem, où il mourut. On l’ensevelit dans les tombeaux de ses pères ; tout Juda et Jérusalem prirent le deuil de Josias.
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Josias sur une peinture du XVIIe siècle du chœur de l'église Sainte-Marie d'Åhus, en Suède (artiste inconnu)

Un deuil annonciateur de la bataille finale de l’Apocalypse

En effet, l’Apocalypse de Jean évoque pour lieu de la bataille finale du Bien contre les forces du Mal le nom d’Armageddon ; Un nom dérivé de l’hébreu signifiant « Har Megiddo » ou colline de Megiddo. Megiddo, dénommée par Jean Armageddon, serait ainsi le lieu même de la plus importante bataille du récit biblique, celle du Bien contre le Mal. Jean est en ce passage éloquent (Ap, 16, 16-21) :

Et ils les rassemblèrent en un lieu appelé en hébreu Harmaguédone. Le septième ange répandit sa coupe dans les airs : une voix forte venant du trône sortit du Sanctuaire ; elle disait : « C’en est fait ! » Il y eut des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre ; il y eut un grand tremblement de terre : depuis que sur la terre il y a des hommes, il n’y eut jamais de tremblement de terre aussi grand. Et la grande ville se disloqua en trois parties, et les villes des nations tombèrent. Et Dieu se souvint de Babylone la Grande, pour lui donner à boire le vin de sa fureur, la coupe de sa colère. Toutes les îles s’enfuirent, et les montagnes disparurent. Des grêlons d’une masse énorme tombèrent du ciel sur les hommes, qui blasphémèrent Dieu à cause du fléau de la grêle, car c’était un terrible fléau.


La Parousie

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Cette destruction cataclysmique semble ainsi devoir être associée à Megiddo en raison de son étymologie et passé belliqueux. Mais si terrible que soit le récit de l’Apocalypse et le funeste destin de Megiddo ou Armageddon, il ne faut pas oublier que de ce chaos ressurgira la victoire du Bien symbolisé par les remparts de la ville – et de la foi – reconsolidés après chaque désastre et que nous dévoilent encore en notre siècle les nombreuses fouilles archéologiques.

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"La destruction du Leviathan", gravure de Gustave Doré (1865).
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