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Le père Henri Madelin, « une fidélité à l’Église sans faille »

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Père Henri Madelin, jésuite, le 7 octobre 2011.
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Hospitalisé depuis deux semaines, le père Henri Madelin, jésuite, est décédé à l’âge de 84 ans des suites du covid-19 ce mercredi 8 avril au matin. Il avait notamment été supérieur provincial des jésuites de France de 1979 à 1985 avant d’être nommé président du Centre Sèvres, à Paris. Le père François Euvé sj, rédacteur en chef de la revue « Études » lui rend hommage.

Le père Henri Madelin, jésuite, décédé le 8 avril à l’âge de 84 ans, a connu un riche parcours dans la vie religieuse depuis sa première formation en sciences politiques. Il fut successivement directeur de l’Action populaire (l’actuel Centre d’études et de recherches en action sociale ou Ceras), provincial des jésuites de France, président du Centre Sèvres, aumônier national du Mouvement chrétien des cadres (MCC), rédacteur en chef de la revue Études et enfin collaborateur de l’Office de communication et d’information des problèmes européens (Ocipe) à Bruxelles et Strasbourg.

Ces multiples engagements à des postes de responsabilité ne l’empêchèrent pas de mener une réflexion sur la vie sociale, la place du religieux dans une société sécularisée, la situation et l’avenir de l’Europe. Il s’est intéressé aux questions d’éducation en contribuant à la mise en place de diverses initiatives en direction de la jeunesse. De nombreuses publications, livres, articles dans Études ou Projet, en témoignent.

« Père Henri Madelin s’est efforcé de dire la foi chrétienne là où elle n’allait plus de soi. »

Son observation de la société se fonde sur un engagement de foi. Son goût pour l’histoire, la sociologie et la science politique l’a conduit à Sciences-Po et à la faculté de droit et sa vocation à la vie religieuse dans la Compagnie de Jésus. Il voit dans saint Ignace l’homme qui « a voulu franchir les murs et les frontières ». Profondément enraciné dans la spiritualité ignatienne, il cherche à « voir Dieu en toutes choses », y compris dans des lieux de la société d’où il paraît s’être absenté. Il s’efforce de dire la foi chrétienne là où elle ne va plus de soi. Une phrase exprime bien son engagement religieux : « Ce qui se cherche à la suite du Christ, c’est la fondation d’une liberté capable de tenir ensemble autonomie et vulnérabilité, sous le regard de Dieu ».

Sa fidélité à l’Église était sans faille. Au moment où la Compagnie traversait une période de tension avec le Saint-Siège, il rappelait la règle ignatienne du « sentire cum Ecclesia » (sentir avec l’Église). À l’occasion d’un entretien, il déclarait: « Les jésuites sont connus pour être au centre du dispositif ecclésial avec le plus possible de liberté – du moins il faut le souhaiter –. Cette liberté à l’intérieur de l’institution Église permet d’articuler une parole qui peut être quelquefois aux frontières. Donc ça fait du bien à l’Église et on peut l’espérer, du bien à la société. »

Un homme de foi et de relations

Doté d’une grande bienveillance, homme de foi et de relations, toujours à l’écoute des évolutions de la société, le père Henri Madelin a mis ses qualités humaines et intellectuelles, au service du Christ, de l’Église et de la société, persuadé que le message de l’Évangile reste une source de profond renouvellement précieux pour notre monde.

Il nous a quitté à la veille de Pâques. Ce qu’il partageait à des confrères religieux au Centre Sèvres exprime bien l’espérance qui l’animait : « Vivre dans l’espérance, c’est marcher sans se retourner en arrière, se remettre debout quand on tombe ou quand l’envie vous prend de rester couché ».

 « Si l’on veut changer le monde, il faut se montrer « incrémentaliste », c’est-à-dire patrouiller sur les frontières pour atteindre le centre, se situer dans le jeu institutionnel pour savoir quels chemins emprunter afin, selon Dieu, de changer les cœurs. Dans mes approches, je tente de combiner la démarche rationnelle et l’énergie de la révélation. Vivre ainsi, c’est participer à la passion du Christ, afin qu’une vie nouvelle puisse naître à travers l’épreuve. C’est un jeu risqué entre la vie et la mort. Recevoir et transmettre la foi, c’est libérer des forces qui grandissent les hommes et les femmes. Se laisser transformer par la foi, c ‘est être investi par quelque chose de plus ample que soi. L’homme passe infiniment l’homme, selon la remarque de Pascal. Le croyant doit être habité par une volonté de construire et une modestie réaliste, un goût du changement et une insatisfaction devant ce qu’il bâtit. Comme beaucoup, je sens désormais que les facteurs de réconciliation existent au cœur des situations les plus dramatiques, Mandela, Soljenitsyne, les plus grands sages de notre époque se sont construits à travers les épreuves du temps. Finalement, il faut en venir à la bonté. Je crois à la contagion d’une vraie bonté, ni naïve, ni condescendante. »

Si tu crois, L’originalité Chrétienne, P. Henri Madelin sj, Bayard 2004.

Un hommage à retrouver sur le site des jésuites.

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