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Deux lectures « prophétiques » pour temps de confinement

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Voici cinq ans, deux essais sur l’avenir du monde étaient unanimement salués par la critique : ils sont pourtant aux antipodes l’un de l’autre. Le coronavirus a tranché : c’est l’encyclique qui voyait juste !

En cette période de retraite imposée et prolongée, nous nous sommes probablement rapprochés de notre bibliothèque où sommeillent ces livres achetés et jamais ouverts. Si vous les avez en votre possession, je vous conseille de reprendre deux ouvrages publiés la même année, 2015. Le premier est un essai devenu rapidement un best-seller mondial : Homo Deus. Une brève histoire du futur (Albin Michel) de l’essayiste israélien Yuval Noah Harari. Le second est un document pontifical, dont le retentissement a largement dépassé les milieux catholiques : l’encyclique Laudato si’ du pape François (Bayard, Cerf, Mame). Deux styles très différents, deux perspectives très différentes aussi ; mais pour les deux publications, un même accueil favorable de la critique qui a salué ces ouvrages comme « prophétiques ». Cinq ans après, alors que l’épidémie de Covid-19 a mis une bonne partie du monde à l’arrêt, qu’en est-il exactement ?

Harari : finies, les épidémies !

Dans son essai, Harari entend dévoiler le « nouvel ordre du jour humain ». Alors que pendant des millénaires et sous toutes les latitudes, elle a dû lutter contre les mêmes fléaux — famines, épidémies et guerres —, l’humanité se réveille aujourd’hui encore un peu hagarde et se découvre un nouvel avenir. Les hommes sont enfin sur le point de se hisser au niveau des dieux : l’homo sapiens va laisser la place à l’homo deus, doté de pouvoirs littéralement divins de création et de destruction. Le vieux rêve de l’immortalité est à portée de main grâce à l’irruption prochaine de la vie dans l’immensité du champ inorganique. Harari en est convaincu, les vieux maux du passé sont en voie d’extinction rapide. « L’ère où l’humanité était démunie face aux épidémies naturelles est probablement révolue », assène l’écrivain.

Plus encore que le démenti apporté par les faits, c’est le triomphalisme de l’ouvrage qui nous heurte aujourd’hui, alors que le monde entier, paralysé, barricadé et tétanisé, plie le genou. L’essayiste aura au moins vu juste sur un point : l’humanité se réveille difficilement et voit son programme habituel profondément bouleversé. Pour le reste, nous sommes bien loin de la justesse d’analyse d’un Orwell dans 1984. Le livre semble plutôt habité par ce que les anciens Grecs nommaient l’hybris, ce sens de la démesure, de l’excès. Homo deus : une percée fulgurante qui fascine un court instant avant de s’abîmer dans l’immense océan des prédictions démenties.

François : « Tout est lié »

Au même moment, le pape François offrait au monde l’encyclique Laudato si’. Le propos y est nettement moins ambitieux, mais plus ample et plus profond. Avec vigueur, François y appelle au respect de notre « maison commune », l’oikos en grec, terme qui a donné en français « écologie ». Il y souligne l’importance d’une collaboration internationale pour préserver et construire cette maison. La dislocation en quelques semaines, voire quelques jours, de toutes les solidarités internationales face à l’épidémie de coronavirus, un problème pourtant mondial, montre que nous sommes encore bien loin du compte.

Et s’il ne faut pas chercher dans l’encyclique des réponses à toutes les questions que la crise actuelle ne manque pas de susciter, nul doute que les lignes de force du texte pontifical — la restauration du lien à l’oikos, la maison, la Terre, notre terre ; l’établissement d’authentiques collaborations à tous les échelons pour construire un projet commun ; la redécouverte d’une certaine sobriété dans nos modes de vie… — n’acquièrent dans les mois et années à venir une acuité toute particulière.

La voie de l’humilité

C’est finalement tout notre rapport à la terre qui est aujourd’hui interrogé. Là où Harari appelait à « se libérer de la terre » (sic), François nous rappelle que nous en sommes étroitement solidaires, pour le meilleur comme pour le pire. Tout est lié. L’hybris s’efface devant le soin humble, persévérant et modeste apporté à l’oikos. Alors, un conseil, si, à tout hasard, vous retrouvez chez vous ces deux livres, commencez plutôt par Laudato si’ !

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