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Pourquoi Querida Amazonia nous aide à mieux comprendre l’Église

Antoine Mekary | ALETEIA

Christophe Dickès - Publié le 18/02/20

Dans la tradition de l’enseignement de Paul VI, mais aussi de Benoît XVI, l’exhortation "Querida Amazonia" invite à comprendre la mission de l’Église et sa réalité avec l’intelligence de la foi. Sans fermer aucune porte, le pape François confirme sa volonté de ne pas cléricaliser les laïcs, ni de laïciser les clercs.

Il y a très exactement 50 ans, le 6 février 1970, le pape Paul VI s’adressait aux évêques allemands afin qu’ils « reconsidèrent » leur appel en faveur de la fin du célibat des prêtres. Deux jours avant, le même Paul VI avait laissé entendre la possibilité d’ordonner des hommes mariés dans des régions reculées qui en manquent. Quelques mois plus tard, un synode ordinaire fut même organisé sur cette question : une majorité se dégagea en faveur de l’ordination d’hommes mariés mais un revirement eut lieu : « L’ex-majorité perpétuée depuis le Concile [Vatican II], qui jouait par principe l’ouverture, se trouva remplacée par une autre majorité, soucieuse du primat de l’ordre et de la stabilisation » nous raconte René Laurentin1.

Dans le sillage de Paul VI

Exégète et théologien, ce dernier voyait le règne de Paul VI comme un compromis entre Tradition et nouveauté, entre papauté et collégialité. Au risque d’une ambiguïté assumée. Si bien que « Paul VI, terminait René Laurentin, a consciemment laissé une Église ouverte sur plusieurs orientations possibles ». On le voit, la question du célibat des prêtres2 et de l’ordination d’hommes mariés n’est pas une nouveauté dans l’histoire de l’Église. Elle est même un « serpent de mer » jusqu’à nos jours et continuera de l’être.


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Le règne de François, il le dit lui-même, doit beaucoup au pape Paul VI. Et l’exhortation apostolique Querida Amazonia se place dans sa tradition intellectuelle : celle de l’encyclique Populorum progressio (1967) sur le développement des peuples mais aussi et surtout celle de l’exhortation apostolique sur l’évangélisation Evangelii nuntiandi (1975). De ce dernier texte, François disait qu’il s’agissait du « document pastoral le plus grand qui ait été écrit à ce jour ». Et il ajoutait : « Paul VI avait une vision très claire de ce que l’Église est une Mère qui porte le Christ et qui porte au Christ » (24 juin 2013). Or, porter le Christ et annoncer la bonne nouvelle dans cette religion reculée qu’est l’Amazonie constitue un des défis posés par le texte du pape argentin (n. 62).

La foi avant les structures

Pour se faire, François propose de nombreuses pistes d’actions et de réflexions qu’un seul article ne saurait traiter dans la totalité. Arrêtons-nous cependant sur un des points : le successeur de Pierre préconise « d’élargir le champ de vision pour éviter de réduire notre compréhension de l’Église à des structures fonctionnelles » (n. 100). C’est aussi la question que posait le pape Benoît XVI à la conférence des évêques allemands, au mois de septembre 2011 : « Derrière les structures, se trouve-t-il aussi la force spirituelle qui leur est relative, la force de la foi au Dieu vivant ? Sincèrement nous devons cependant dire qu’il y a excédent de structures par rapport à l’Esprit. J’ajoute : la vraie crise de l’Église dans le monde occidental est une crise de la foi. Si nous n’arrivons pas à un véritable renouvellement de la foi, toute la réforme structurelle demeurera inefficace. » Cette référence à l’église allemande n’est pas anodine, tant on connaît les velléités de cette église en matière sacerdotale. Il est vrai que nous sortons de la dimension locale du synode au profit de l’universalité de l’Église. Mais n’était-ce pas, là aussi, les aspirations de plusieurs pères synodaux ?




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D’un point de vue universel, l’exhortation apostolique Querida Amazonia nous invite au fond à méditer à la fois sur le rôle des laïcs et des prêtres dans la société. En ayant rappelé tout d’abord que « le célibat est un cadeau […], une grâce décisive qui caractérise l’Église catholique latine », puis en refusant d’intégrer la fameuse proposition 111 sur les viri probati du document final du Synode 2019, le pape affirme sa volonté de ne pas cléricaliser les laïcs, ni de laïciser les clercs. Depuis le début de son pontificat, François n’a eu de cesse de rejeter une vision trop structurelle de l’Église qu’il associe au cléricalisme, expression d’un abus de pouvoir. Il ajoute à propos de la création de diaconesses qu’il s’agirait d’un « réductionnisme ».

Mieux comprendre la théologie du célibat sacerdotal

Est-ce à dire que le débat est clos ? Les Églises allemandes et brésiliennes, favorables à une telle évolution, ne lâcheront pas l’affaire et l’ont déjà fait savoir. Le cardinal Czerny, favorable aux viri probati, estime par exemple que la question est non résolue. Le silence même du Pape sur le sujet peut se lire de deux façons : la porte n’est pas ouverte. Elle n’est pas davantage fermée. Mais on sait que le Pape n’accepte pas d’être instrumentalisé, qui plus est par une Église allemande dont les poches sont pleines autant que les églises sont vides. Ainsi, pour l’instant, le Pape a choisi de ne pas mettre en place des « schémas expérimentaux » et, surtout, d’écouter la voix de ceux qui, sans être invités au Synode, ce sont exprimés sur le sujet.


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C’est pourquoi les débats des derniers mois prouvent qu’il est nécessaire de mieux comprendre la dimension théologique, spirituelle et historique du célibat sacerdotal. Le pape émérite Benoît XVI et le cardinal Sarah ont (re)donné des clés essentielles sur le sujet. Pour aller plus loin, le regretté Jean Mercier, quant à lui, avait été l’auteur d’un livre admirable sur le sujet3. Il rappelait ultimement que le célibat « renvoie à la question de la grâce c’est-à-dire à la force que Dieu donne gratuitement pour faire face, jour après jour, et dont l’image type est la manne donnée au désert ». Le prêtre reçoit la grâce mais la transmet aussi par le sacrement de l’Eucharistie et de la pénitence.

L’intelligence de la foi

Le prêtre nous dit Querida Amazonia (n. 87 et 88) possède cette identité exclusive : il est « signe du Christ Tête qui répand la grâce, en particulier lorsqu’il célèbre l’Eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne ». Recevoir l’exhortation apostolique, c’est aussi alimenter et entretenir précisément notre foi par la manne de l’intelligence : c’est-à-dire comprendre cette exclusivité. Si chaque catholique prenait le temps de mieux comprendre cet élément essentiel de la tradition latine, à savoir de ce qu’est le prêtre, homme sacré, il rendrait l’Église catholique plus riche dans un monde qui lui est de plus en plus hostile.

[1] René Laurentin, « Paul VI et l’après Concile », in Collectif, Paul VI et la Modernité dans l’Église, Rome, École française de Rome, n° 72, 1984, p. 599-601.

[2] Le célibat sacerdotal avait été rappelé dans l’encyclique Sacerdotalis cælibatus (24 juin 1967).

[3] Jean Mercier, Le Célibat des prêtres, Artège poche, 2019.

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