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Pourquoi le prêtre est-il un homme placé "à part" ?

PRETRE SEUL ET DEBOUT

© AFP PHOTO / POOL / Massimo Percossi

Louis Manaranche - Publié le 02/11/19

Dans l’exhortation apostolique « Pastores dabo vobis — Je vous donnerai des pasteurs » (Jr 3, 15), le pape Jean Paul II explique pourquoi le prêtre est un « homme placé à part ». Les prêtres, que beaucoup de chrétiens admirent, ont répondu à un appel radical au service de l’Église, le corps du Christ dont nous sommes tous les membres.

Les débats qui agitent puissamment le monde catholique autour de l’ordination d’hommes mariés amènent à réfléchir à nouveaux frais sur la figure du prêtre. Un certain imaginaire bienveillant le situait volontiers à mi-chemin entre don Camillo et l’abbé Pierre. L’actualité de ces dernières années a plutôt mis en lumière, de Marcial Maciel à Bernard Preynat, bien des figures de prêtres corrompus et prédateurs, semant autour d’eux l’horreur et la désolation. 

Établir les bonnes distinctions

Il est dès lors, en dehors des cercles catholiques engagés, devenu difficile d’évoquer sereinement les prêtres qui ont marqué notre vie de baptisés et qui, jour après jour, restent fidèles au don qu’ils ont fait d’eux même à Dieu et aux hommes. Le vieil anticléricalisme renaît de ses cendres, non sans raisons. Comme le pape François l’a justement rappelé, un venin mortel se diffuse dans l’Église, qui place la figure d’autorité du prêtre sur un piédestal et ouvre ainsi la porte à la « culture de l’abus », cette emprise qui peut aller de la conscience au corps du fidèle, en particulier du plus fragile, et qui ne laisse que des champs de ruine. 


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Il convient toutefois d’établir des distinctions. Celle qui vient à l’esprit n’est pas la plus féconde. Il s’agit de cet insupportable rappel statistique qui essaie d’isoler les brebis galeuses des brebis saines et qui énonce des vérités péremptoires sur le nombre exact ou approximatif des premières. Cela n’a aucun intérêt et se révèle blessant pour les victimes, même d’un seul prêtre déviant. Plus utile est l’évocation de l’écart entre ce qu’est le sacerdoce ministériel et ce que l’on croit à tort qu’il est. 

Le sacerdoce ministériel

Tous les chrétiens sont, par le baptême, dits « prêtres, prophètes et rois ». Enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ, ils participent tous, en premier lieu, à sa nature sacerdotale, c’est-à-dire de médiateur entre les hommes et le Père. De même, ils reçoivent la charge d’annoncer l’Évangile autour d’eux, par la parole et par leurs actes, qu’ils sont appelés à exercer au service de l’Église et du monde, comme le Christ a été Roi, c’est-à-dire dans l’humilité.


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Ces trois fonctions structurent le « sacerdoce baptismal », qui ne peut être compris que dans son étroite corrélation au « sacerdoce ministériel », celui des prêtres. Jean Paul II résumait ainsi le rôle de ces dernières en 1999 : « Le prêtre est un homme placé à part pour un service particulier. » Par l’ordination, le prêtre se met en effet au service de la communauté mais précisément parce qu’il est identifié au « Christ-tête », les baptisés formant tous ensemble le « Corps du Christ ». 

Pas une fonction, un appel radical

Le service qu’assure le prêtre, tout particulièrement la célébration de la messe et le pardon des péchés dans la confession, n’est pas une simple fonction que la communauté lui demanderait d’exercer. C’est aussi un appel reçu de Dieu au service, radical, de tous. Ce don total comporte des signes extérieurs et des garanties, très exigeantes. Jean Paul II, dans le même discours, en faisait la synthèse : « Le célibat sacerdotal, la discipline de la prière, la simplicité de vie et l’habit ecclésiastique sont des signes évidents que le prêtre est homme placé à part pour le service de l’Évangile. » Le pape polonais commençait par le célibat, qui est à la fois une ascèse douloureuse et un don fait à l’Église, gage d’une plus entière disponibilité mais aussi signe mystérieux, dans la vie ordinaire, du Royaume de Dieu où tous sont « un dans le Christ », selon l’expression de saint Paul. 

Des controverses dépassées

J’ai, comme des centaines de millions de chrétiens dans le monde, eu la joie d’être nourri de l’Eucharistie, confessé, écouté, accompagné par des prêtres dont j’ai admiré le don entier qu’ils font d’eux-mêmes. J’ai pu quelquefois être l’observateur ou le confident de ce que ce don entraînait comme renoncements douloureux mais aussi de la joie communicative qui en découle. Ne confondons pas le cléricalisme où le prêtre, d’humble figure du Christ devient ce père, ce maître ou ce gourou qui usurpe la place qui ne revient qu’à Lui, avec un sain amour du sacerdoce. Soyons intransigeants avec la liberté de conscience mais aussi de la parole et du ton dans nos rapports de laïcs avec les prêtres.


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Ne nous laissons jamais séduire par l’illusion restaurationniste d’un peuple soumis à un clergé assertif et autoritaire, caricature d’une chrétienté mythifiée. Mais ne nous laissons pas davantage séduire par une table rase qui ferait du prêtre, célibataire aujourd’hui et peut-être marié, demain, un simple intendant du culte, au service de communautés horizontalisées. Ne polluons pas avec des controverses qui sont en réalité le ressassement vindicatif de disputes qui firent rage dans les années 1970, le discernement, les discours et les décisions du Pape François. Et remercions les prêtres fidèles.

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