Recevez la newsletter d'Aleteia chaque jour!
Commencez la journée de la meilleure des manières : recevez la newsletter d'Aleteia
Je m'inscris!

Vous ne souhaitez pas faire de don ?

Voici cinq façons d'aider Aleteia:

  1. Prier pour notre équipe et le succès de notre mission
  2. Parler d'Aleteia dans votre paroisse
  3. Partager les articles d'Aleteia avec vos amis et votre famille
  4. Désactiver votre bloqueur de pub quand vous êtes sur Aleteia
  5. S'abonner à notre newsletter gratuite et la lire tous les jours

Je vous remercie!
L'équipe d'Aleteia

 

Souscrire

Aleteia

Pourquoi appelle-t-on les prêtres « père » ?

Pope Francis canonizations
Antoine Mekary | ALETEIA | I.MEDIA
Partager

Appeler les prêtres « père » peut surprendre quand il est écrit dans l’Évangile : « Ne donnez à personne le nom de père » (Mt 23, 9). Cela signifie simplement que « toute paternité vient de Dieu » (Eph 3, 5) et qu'il ne faut pas suivre les gourous auto-proclamés.

Devant une affirmation aussi radicale — « Ne donnez à personne le nom de père » (Mt 23, 9) — il faut se rappeler d’abord un principe simple : un verset de l’Écriture ne doit jamais être isolé. Il faut l’entendre comme une note dans la polyphonie de la Révélation. Toutes les hérésies sont toujours nées d’un verset de l’Écriture. Le prototype est le jansénisme qui exploite quelques phrases de saint Paul sur le péché et la grâce, elles-mêmes reprises par saint Augustin dans un climat polémique contre Pélage. On pourrait dire de même pour Arius, refusant au Fils d’être l’égal du Père, ne faisant qu’un avec lui.

Il ne s’agit pas seulement de replacer une phrase dans son contexte immédiat : c’est le problème des déclarations politiques, dont sont extraites les « petites phrases ». Plus profondément, il s’agit de la Révélation qui ne peut s’exprimer en un quelconque slogan. Même la phrase la plus condensée — « Dieu est amour » — n’a pas de sens, ou risque d’être prise à contresens, si elle n’est lue sur l’arrière-fond du Mystère pascal, Jésus mort et ressuscité pour nous.

PALM SUNDAY
Corinne SIMON/CIRIC

La paternité sert toujours de symbole de la paternité divine

Les Évangiles donnent de nombreux exemples d’hommes tout-à-fait dignes d’éloges et qualifiés de « pères », sans aucune précaution de langage. Dieu méprise si peu la paternité humaine que la venue du Précurseur est annoncée à son père, Zacharie, qui prononcera, ensuite, le beau cantique du Benedictus. Mieux encore : Dieu donne à son Fils, « conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie », un père en la personne de Joseph.

Plusieurs fois, ce sont des pères qui viennent demander à Jésus, et qui obtiennent de lui, une guérison (Mc 9, 16 et Jn 4, 46). Jésus est sans illusion sur la médiocrité humaine mais quand il veut parler de son Père, il s’appuie sur la paternité humaine : « Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson… Si donc vous qui êtes mauvais…, combien plus le Père du ciel ! » (Lc 11, 11-13). L’équivalent se trouve en saint Matthieu (Mt 7, 9-11). Inversement, la parabole du père et de ses deux fils, dont le « prodigue », est propre à saint Luc 15, 11 et suivants. Donc, la paternité n’est en aucune façon dévalorisée par le Christ, puisqu’elle sert de symbole à la paternité divine. De même que les noces servent de symbole à l’alliance du Christ et de l’Église : Cana (Jn 2, 1 et suivants).

Jésus honorait son père humain

Jésus n’est pas venu abolir le commandement : « Honore ton père et ta mère. » Inversement, il dit que les liens familiaux ne doivent pas passer avant la recherche du Royaume. À douze ans, avec ses parents, il se rend à Jérusalem. Il reste au Temple, « dans la maison de son Père ». Mais ensuite, il redescend à Nazareth et « il leur était soumis » (Lc 2, 41-51). Même sous dehors de piété, les arguties juridiques ne valent rien à côté du devoir filial : il s’en prend aux pharisiens et aux scribes qui permettent à des enfants de négliger leurs parents, à partir du moment où ils fait une offrande au Temple (Mc 7, 8-13).

Inversement, les relations familiales ne doivent pas être un frein si le Seigneur appelle à le suivre sur un autre chemin. Jacques et Jean, « laissant leur père Zébédée dans la barque avec ses employés, ils partirent à sa suite » (Mc 1, 20). Plus radical encore est l’appel à « laisser les morts enterrer leurs morts » (Lc 9, 60). Et pourtant, enterrer les morts fait partie des œuvres de miséricorde. Notons, cependant, que Zébédé ne reste pas seul et que le défunt sera quand même enterré. Quitter son père et sa mère est d’ailleurs dans l’ordre naturel des choses : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme » (Gn 2, 25). Les quitter, ce n’est pas les répudier. Ils demeurent ses père et mère et, s’ils deviennent vieux, ils doivent s’en occuper (Si 3, 1-12).

Ne pas opposer paternité humaine et paternité spirituelle

Unique est le Père, « de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom » (Ep 3, 15). Pour évoquer la manière dont Dieu éduque les croyants, l’épître aux Hébreux passe sans cesse de la paternité humaine à la paternité divine, des « pères selon la chair » au « Père des esprits » (Hé 12, 5-10).

« Tout don excellent, toute donation parfaite vient d’en haut et descend du Père des lumières » (Jc 1, 13). Or, existe-t-il, au plan humain, une donation plus parfaite que celle de la vie que le père transmet à l’enfant par la médiation de la mère ? L’épître aux Hébreux et saint Jacques ne disent pas autre chose que le verset de l’épître aux Éphésiens cité en titre de ce paragraphe. Ce qui est dit de la paternité se vérifie, à un degré moindre de dignité, dans le champ de l’autorité. Il faut rendre à César ce qui est de son ressort. « Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu » (Rm 13, 1-7). Mais si César exige un culte comme nous n’en devons qu’à Dieu, il faut le refuser : Dieu seul est Seigneur, Dieu seul est Père, absolument. Mais il nous a créés à son image.

L’exemple de saint Paul…

Saint Paul se considère comme le « père », non seulement de quelques disciples, mais aussi de communautés entières. Ses épîtres sont destinées à ses « enfants bien-aimés ». Il n’hésite pas à employer la symbolique paternelle pour évoquer sa relation avec ses disciples. C’est particulièrement clair pour Timothée, qu’il désigne, au moins cinq fois, comme son « enfant », son « véritable enfant », son « enfant bien-aimé ». Par exemple en 1 Co 4, 17. C’est pareil pour Tite. Quand il écrit à Philémon pour lui recommander Onésime, il le lui présente comme « mon enfant, que j’ai engendré dans les chaînes » (Phm 1, 10).

Mais il ne s’agit pas seulement de quelques privilégiés qui seraient particulièrement chers au cœur de Paul. Les « enfants bien-aimés », ce sont aussi les Corinthiens, alors que la communauté lui donne bien du souci (1Co 6, 13). Ce sont aussi les Galates, qui ont pratiquement reniés l’Évangile : « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Gal 4, 19). Ici, le verbe employé désigne la maternité puisqu’il s’agit d’un processus dans la durée. Une phrase est particulièrement claire : « Auriez-vous des milliers de pédagogues dans le Christ que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus » (1Co 4, 15). La symbolique de la paternité l’emporte nettement sur celle de l’éducation. L’Église n’est pas une école.

… et de saint Jean

De même, saint Jean adresse sa première épître à ses « petits enfants ». Jésus lui-même avait employé cette expression. Autant que les autres évangélistes, saint Jean distingue nettement, en Dieu, le Père et le Fils. Jésus est l’Envoyé. Il ne dit, ni ne fait rien que le Père ne le lui ait montré. Il est venu pour faire la volonté du Père. Cependant, au moins une fois, il appelle les disciples ses « petits enfants » (Jn 13, 33). C’est ainsi que commence le Discours après la Cène : par sa mort et sa résurrection, Jésus va engendrer ses disciples à la Vie, la vie divine.

Dans la première épître de Jean, l’expression « petits enfants » revient neuf fois. Le mot employé est le diminutif du mot qui désigne proprement les « enfants », comme lorsque saint Jean dit que nous sommes « les enfants » de Dieu. L’apôtre est leur père ; il représente le Père ; mais il n’est pas le Père. Cependant, une fois (Jn 3, 4), il écrit : « Apprendre que mes enfants vivent dans la vérité, rien ne m’est un plus grand sujet de joie. » Comme quoi, le vocabulaire garde une certaine souplesse.

L’enseignement des Pères de l’Église et des moines

Toutes les confessions chrétiennes honorent les Pères de l’Église et saint Benoît, après d’autres fondateurs, dans sa Règle, parle longuement de l’«abbé », père des moines. Par la prédication de l’Évangile et la célébration des sacrements, les évêques et les prêtres continuent, à travers le temps, le ministère des apôtres. Ils exercent donc une mission de paternité spirituelle. Cependant, ils ne doivent pas oublier qu’ils sont aussi les frères des fidèles. C’est la phrase célèbre de saint Augustin : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. »

Quand le monachisme s’est développé, les communautés ont choisi des supérieurs : elles leur ont donné le nom d’« abbés ». Dans l’araméen que Jésus parlait, « père » se disait abba. Le mot est passé dans nos langues. La Règle de saint Benoît dresse le portrait de l’abbé qui doit se comporter « comme un père » envers les moines, à la fois exigeant et attentif à chacun. On y trouve cette jolie formule : « L’abbé n’exagère rien. Sinon, en grattant trop la rouille, il va trouer le plat. »

Parmi les auteurs chrétiens, certains sont reconnus comme étant des « Pères de l’Église ». Ceux des tout premiers siècles, comme Clément de Rome, Ignace d’Antioche, Irénée de Lyon sont appelés « Pères apostoliques », à cause de leur proximité temporelle avec les apôtres. Ils ne se sont pas donnés à eux-mêmes ce titre. Avec le recul, l’Église a reconnu ce qu’elle leur devait. Comme le père nourrit ses enfants, ils ont nourri les fidèles de la Parole de Dieu, méditée, réfléchie, expliquée quand elle est mise en question. Le nom de « Pères » est aussi donné aux évêques réunis en concile, car leur mission est de guider l’Église dans les difficultés, comme un père guide ses enfants.

Une seule paternité spirituelle

« Ne donnez à personne le nom de père » : c’est Dieu qui donne d’exercer la paternité spirituelle, par l’ordination ou la bénédiction abbatiale. Jésus nous met en garde contre les gourous auto-proclamés. Après notre parcours biblique et ce survol historique, il faut réentendre la parole de Jésus et la lire dans son intégralité : « N’appelez personne votre Père sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste » (Mt 23, 9).

On ne choisit pas son père. Il nous est donné. Déjà au plan humain : ce n’est pas l’enfant qui choisit son père. Dieu le lui donne. Comme Dieu est présent dans l’union de l’homme et de la femme et « que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ». La paternité divine n’est pas une projection de la paternité humaine. C’est la paternité humaine qui reflète celle de Dieu. De même, l’amour qui est Dieu n’est pas la projection de l’amour humain. C’est l’amour humain qui participe de l’amour qui est Dieu. Ils ne sont pas à séparer, encore moins à opposer. Mais ils doivent être situés l’un par rapport à l’autre, sous peine d’idolâtrie et, finalement, d’échec. L’encyclique du pape Benoît XVI, Dieu est amour, dit cela très clairement.

À la sortie de la cathédrale, les nouveaux prêtres peuvent donner leur première bénédiction aux fidèles qui la leur demandent.

À plus forte raison, ce ne sont pas les fidèles qui donnent à un de leurs frères de devenir leur « père ». Quel que soit le mode de désignation, c’est le sacrement de l’ordre qui institue les évêques et les prêtres. C’est assez clair dans les ordres religieux : seuls les frères qui sont ordonnés prêtres sont appelés « pères ». Ils demeurent, d’ailleurs, aussi, des frères, comme dans les ordres mendiants, dominicains et franciscains. De même, le moine ou la moniale élus pour diriger la communauté ne sont « abbé » et « abbesse » que par la bénédiction reçue d’un évêque ou d’un abbé.

Pour bien comprendre le verset : « Ne donnez à personne le nom de père » (Mt 23, 9). il vaut la peine de lire ceux qui l’environnent (Mt 23, 8-11). De même que nous n’avons qu’un Père qui est le Père des cieux, celui que nous prions dans le Notre Père ; de même, nous n’avons qu’un « Maître » et un « Guide », qui est le Christ. Le XXe siècle a su ce qu’il en a coûté de prendre Staline pour le petit père des peuples, Mao avec son livre rouge pour le maître qui a toujours raison et Hitler pour le guide, le Führer. Dieu nous garde, au sens dévoyé du terme, des « gourous » trop acclamés. 

Pour en savoir plus sur les questions portant sur la foi, la vie personnelle et la société, vous pouvez consulter le site Questions de fond de Aleteia

Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]