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Les monastères au cœur des nouvelles périphéries

emei / Shutterstock

L'Abbaye Sainte-Marie de Lagrasse, dans l'Aude.

Dom Guillaume Jedrzejczak, o. cist. - Publié le 18/10/19

En clôture de l’année de son cinquantenaire, les amis de la Fondation des monastères se retrouvent le 19 octobre à l’abbaye Notre-Dame-de-Fidélité à Jouques pour réfléchir à la place des monastères dans les périphéries du monde moderne. Président de la Fondation, Dom Guillaume Jedrzejczak voit dans le désert de ces périphéries un défi pour la vie monastique, et une invitation à inventer de nouvelles formes de présence.

Depuis un an, la Fondation des monastères organise des Rencontres régionalespour aller au-devant des communautés monastiques et de tous ceux qui se soucient de leur existence actuelle et de leur avenir. Nous avons commencé à Maumont pour le Sud-Ouest en octobre 2018, autour du thème de l’hospitalité, puis nous nous sommes retrouvés à Paris aux Bernardins en janvier 2019 pour le Nord et l’Est autour du thème : « La vie monastique un autre regard », enfin en juin dernier nous sommes allés en pèlerinage à Bellefontaine, abbaye où était moine notre fondateur le père Huteau, cette fois autour du thème ô combien d’actualité de l’autorité.

Les déserts d’aujourd’hui

Pour cette ultime rencontre régionale, nous avons choisi de reprendre l’accroche qui avait été choisie pour ce cinquantième anniversaire : « Un défi plein d’avenir ». En fait, ce thème est né d’une constatation et d’une interrogation, à la suite de la crise des Gilets jaunes qui a largement occupée le terrain médiatique durant de nombreux mois. Selon le géographe Christophe Guilluy, dont les thèses ont été largement reprises, cette crise serait le signe d’une fracture, d’un divorce entre la France des métropoles et celle des périphéries. Phénomène qui avait déjà été documenté dans les années 1990 aux États-Unis par le sociologue Christopher Larsch qui parlait lui d’un divorce entre les élites et le peuple.




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Quelle que soit l’analyse du phénomène, nous pouvons constater que ces périphéries où disparaissent peu à peu les services publics, le système de santé, la vie économique et la vie ecclésiale sont en fait les lieux où est essentiellement implantée la majeure partie de nos communautés. De là est née une question : quelle place nos communautés monastiques peuvent-elles avoir dans les déserts qui se dessinent à la périphérie des grandes agglomérations ? Comme les personnes qui vivent dans les périphéries, nos communautés sont attachées à des territoires avec lesquels elles font corps, quel rôle ou quelle place cela peut-il leur conférer ? Faut-il se contenter de subir cette situation ou faut-il réinventer, comme nos lointains prédécesseurs à la fin de l’Empire romain et au Moyen Âge de nouvelles formes d’appartenance ?

Inventer de nouvelles formes de présence

Notre propos n’est pas d’apporter des réponses toutes faites, mais d’abord d’écouter les questions qui se posent en les replaçant dans la perspective du temps long, qui est celle de la vie monastique. Celle-ci a en effet traversé de nombreuses crises à travers les siècles, non seulement des crises sociales et politiques, mais aussi des persécutions religieuses et des périodes pauvres en vocations. Et elle est toujours là, pour témoigner de cet unique nécessaire qu’est la vie au service de la louange divine, au cœur d’un territoire et d’une population dont elle se sait intimement solidaire. La vie monastique pourrait aussi, comme d’autres réalités, se replier sur quelques lieux plus sûrs et attendre que cela aille mieux, abandonnant des territoires entiers et les populations qui y vivent. Mais elle peut aussi inventer d’autres formes de présence, comme le font déjà d’ailleurs certaines communautés.


NUNS

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L’enjeu n’est pas uniquement spirituel et ecclésial, il est aussi social, politique, économique et culturel. Les périphéries peuvent devenir non seulement des lieux de vie, de mémoire et de culture, mais aussi des lieux où il fait bon vivre, loin de la trépidation frénétique des métropoles. Des lieux où l’homme peut retrouver sa véritable place, parce que Dieu y est vraiment servi et honoré. Nos monastères ne vont pas se transplanter dans les villes, ni se délocaliser en Chine. Fidèles à la logique évangélique de l’incarnation, nous sommes liés aux femmes et aux hommes qui peuplent ces périphéries dont on parle tant depuis quelques mois. Comment continuer là où nous sommes enracinés ? Tel est notre défi, un défi plein d’avenir !

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