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Faut-il aller manifester le 6 octobre ?

Sylvain Dorient
Manifestation contre le mariage pour tous, octobre 2016.
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La question divise. Certains, farouchement opposés au projet de loi bioéthique, n’hésiteront pas à descendre dans la rue dimanche 6 octobre pour faire entendre leur voix. D’autres, s’ils partagent leurs réticences et leurs craintes, ont choisi de ne pas manifester. Entre les deux, nombreux sont-ils à ne savoir que faire.

Manifester ou se manifester ? Descendre dans la rue le 6 octobre ou rester chez soi ? Cette question, des centaines de citoyens se la posent. À quelques jours de la manifestation contre le projet de loi bioéthique, les conversations s’animent et les avis se multiplient. Du côté des associations organisatrices, la position est claire : « Il en va de la dignité humaine », assure à Aleteia Pascale Morinière, présidente des Associations Familiales Catholiques (AFC). « Nous sommes face à un projet de société qui dépasse le simple cadre bioéthique et qui va changer la manière dont nous veillons sur les enfants, sur les pères et les mères. Cela entrainera des changements profonds dans la manière dont nous respectons la personne, la famille. À chacun de réfléchir en conscience… et d’agir en conscience », renchérit Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour tous. Manifester donc, pour exprimer son désaccord quant à la société que dessine le projet de loi bioéthique.

À ceux qui estiment que ce rendez-vous arrive trop tard, l’article 1 ouvrant la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ayant été voté à l’Assemblée nationale, les deux présidentes s’insurgent : « On a remarqué qu’avec le vote du premier article ouvrant la PMA, beaucoup de journaux ont affirmé que le premier article était “définitivement” voté… Ce qui entretient une confusion profonde et grave sur le mécanisme de fabrication de la loi », alerte la présidente des AFC. « C’est véritablement le 15 octobre que la loi sera votée en première lecture à l’Assemblée nationale. Mais le texte passera ensuite au Sénat avant de revenir à l’Assemblée. La ministre de la Santé Agnès Buzyn a dit elle-même que la loi serait votée pour l’été. Nous n’en sommes donc qu’au début », assure Ludovine de La Rochère.

« Je pense qu’il y a d’autres manières de s’exprimer que manifester », confie de son côté l’essayiste François Huguenin. « Je crains que cette manifestation ne soit de l’ordre de l’entre soi et de la petite fête communautaire qui, in fine, ne changera rien à l’issue ». « Prendre la parole publiquement pour ceux qui en ont l’occasion, discuter au sein de son tissu relationnel propre sont tout autant de manières de débattre, d’exprimer son point de vue », détaille-t-il. « Cela évite un certain nombre d’approximations qui sont nécessairement celles des slogans des manifestations ». « Il est important que les personnes qui comptent aller manifester se posent la question de la raison profonde pour laquelle elles y vont. Est-ce pour l’entre soi, se retrouver ? Ou est-ce par souci réel de démocratie, par volonté de cohérence ? Je pense qu’il est plus important de se manifester au quotidien, avec les subtilités et les nuances qu’on a naturellement lors d’échanges directs avec des personnes, que quand on fait partie d’un mouvement de foule ».

« C’est, en conscience, ce qui me semble le plus juste de faire. »

Si les arguments avancés par chacun donnent à réfléchir, nombre d’anonymes, jeunes adultes, pères et mères de famille, cadres et étudiants, s’interrogent. « J’ai manifesté lors du mariage pour tous pour m’opposer à la loi Taubira. On a bien vu le résultat », se souvient Yves, 30 ans. « Peut-être », l’interrompt Philippe, un de ses amis d’école d’ingénieur. « Mais au moins tu auras fait quelque chose. Ne rien faire, ne rien dire, ne pas agir revient à donner son accord à tout ce qui se passe ». Lui, s’il doute également du crédit qui sera accordé à ce rassemblement, défilera dans les rues parisiennes ce dimanche. « C’est, en conscience, ce qui me semble le plus juste de faire », résume-t-il. Infirmière dans un hôpital parisien, Isabelle n’ira pas manifester le 6 octobre. « Je comprends ceux qui iront mais ce n’est pas ma manière de m’exprimer », explique-t-elle ». « Cela dit, à chaque fois que j’échange sur des sujets de bioéthique, que ce soit avec des amis, des collègues de travail, j’explique ma position et je n’hésite pas à défendre mes convictions. C’est ma manière à moi de me manifester ».

Qu’en est-il de l’épiscopat ? Après la soirée aux collège des Bernardins et les propos de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, sur la nécessité pour les citoyens inquiets de se manifester, les positions sont partagées. Plusieurs d’entre eux ont indiqué qu’ils se rendraient à la manifestation, à l’instar Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Évêque du Puy-en-Velay, Mgr Luc Crépy « invite les catholiques du diocèse à agir ». Il détaille ainsi les actions possibles selon les personnes : réfléchir, prier (« la prière personnelle et communautaire invite à la conversion des cœurs et permet de tracer d’authentiques chemins d’humanité », témoigner, agir en politique (« écrire aux parlementaires de notre territoire, chargés de faire les lois en notre nom ») et enfin, « manifester », à Paris, le 6 octobre.

« La question c’est la conscience personnelle de chacun », assure pour sa part Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, au micro de France info ce mardi 1er octobre. « Est-ce que ma conscience me dit qu’il y a quelque chose de grave derrière ou pas ? Quelle est la manière de pouvoir répondre à cette conscience ? ». À la question de savoir s’il allait manifester lui-même, l’archevêque de Paris a rappelé qu’il n’avait pas besoin de manifester dans la mesure où il fait déjà entendre sa voix dans les médias, sur les réseaux sociaux etc. « Ceux qui vont manifester, c’est ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. Alors quand on ne peut pas s’exprimer à la télévision, à la radio ou écrire car on est pas entendu qu’est-ce qu’on fait ? On manifeste. C’est ce que font les gens en général ». « Ne pas réagir si l’on pense qu’il y a quelque chose de grave [en jeu, ndlr] c’est un peu de la lâcheté ».