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Les roses de Notre-Dame, un avant-goût de la vision béatifique

MEDIEVAL; STAINED GLASS

Julie Anne Workman|Wikipedia|CC BY-SA 3.0

Rose nord de Notre-Dame de Paris

Karen Darantière - Publié le 14/07/19

Miraculeusement épargnées, les rosaces de Notre-Dame de Paris, sont d’une richesse symbolique intemporelle. Elles illustrent à merveille les qualités de la beauté définies par saint Thomas d’Aquin.

Qu’est-ce qui attire les hommes et les femmes du monde entier à Notre-Dame1 ? C’est sa beauté, miroir d’une grâce mystérieuse, et la beauté particulièrement splendide de ses célèbres rosaces. Édifiée sur le site d’une première église, elle-même construite sur l’emplacement d’un temple romain, lui-même remplaçant d’un temple Notre-Dame de Paris est l’un des lieux les plus sacrés du monde entier. Songez qu’elle a été construite au temps du grand théologien saint Thomas d’Aquin, du grand roi saint Louis, pendant l’âge de la foi.




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La beauté de la cathédrale, de même que le caractère sacré du lieu, nous touchent d’autant plus que, hommes et femmes du XXIe siècle, nous habitons un univers désenchanté par l’éclipse de la religion, que nous vivons dans un monde sans signification ultime ou transcendante, un monde qui ne parle que de lui-même, sans Dieu. C’est pour cela que les joyaux que sont les roses — les rosaces —préservées maintenant par une grâce de Notre Dame qui a entendu les prières de ses enfants chantant devant son sanctuaire, nous font entendre une sorte d’hymne mystérieux, montant comme d’un lointain souvenir, mais que nous aimons et reconnaissons instinctivement. Les rosaces, même au touriste le plus blasé, lui coupent le souffle, le remplissent d’émerveillement.

Attirés par la lumière

Quand nous franchissons le seuil de la cathédrale, tout est sombre, ce qui nous met d’emblée dans un sentiment recueilli et silencieux, détache notre esprit des soucis quotidiens et nous appelle vers Dieu et sa miséricorde, sa providence. Nous sommes alors attirés par la lumière qui grandit au fur et à mesure que nous avançons dans la nef qui devient de plus en plus claire, lumineuse à chaque pas. Arrivés au transept, nous nous tournons vers la source de cette lumière et nous voyons devant nos yeux cette splendeur lumineuse, éclatante, que sont les rosaces de Notre-Dame. Et, comme cela arriva, dit-on, à l’architecte Viollet-le-Duc quand il n’était qu’un enfant, les rosaces chantent à nos oreilles : « Écoute maman, c’est la rosace qui chante, » aurait-il dit à sa mère. Les rosaces incarnent l’harmonie divine, nous chantent la musique ineffable des sphères célestes.




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La beauté vue par le frère Thomas d’Aquin

Nous avons l’expérience d’une sorte d’enchantement, d’émerveillement, la première fois et chaque fois que nous voyons ces roses — ces rosaces. La beauté peut nous saisir parfois au-delà de ce que les mots pourraient communiquer, elle est indicible. Thomas d’Aquin les a vues en construction pendant qu’il était professeur de théologie à la Sorbonne dans les années 1250-1260. Il a pu voir l’incarnation dans ces rosaces des trois qualités de la beauté telles qu’il les a définies : integritas (l’intégrité, la complétude, l’unicité), consonantia (l’harmonie, la proportion, l’accord), et claritas (la clarté, l’éclat, le rayonnement). Les rosaces possèdent ces trois qualités en ce que rien d’essentiel ne leur manque, rien de superflu ne s’y mêle (integritas) ; elles sont en accord et en harmonie avec leur but transcendant ultime (consonantia) ; et elles manifestent la réalité essentielle qu’est Dieu par leur éclat et leur splendeur rayonnante (claritas). Leur beauté, leur pureté, leur harmonie sont dirigées vers un bien supérieur. Elles sont comme un avant-goût de la vision béatifique. Elles évoquent cette vision qui produit le bonheur absolu, la béatitude, qui est participation à la nature même de Dieu.

Une richesse symbolique intemporelle

L’un des indices de cette finalité transcendante se trouve dans le symbolisme numérique de la rosace nord (construite au XIIIe siècle). Autour de la figure centrale du Christ et de sa Mère se trouvent huit petits cercles, qui à leur tour sont entourés par seize images circulaires, qui de nouveau sont entourées de deux fois seize, c’est-à-dire trente-deux médaillons, et enfin dans une dernière rangée, il y a de nouveau trente-deux médaillons. Si nous additionnons ces médaillons (32 + 32 + 16 + 8) nous aboutissons au chiffre 88. La rosace contient une méditation sur le chiffre huit, chiffre qui est le symbole de l’éternité, puisqu’il suit le chiffre sept, qui évoque les sept jours de la semaine, ou le cycle complet du temps. Ou encore la roue, la forme ronde, évoque l’éternité qui est un éternel présent, comme le lieu intemporel, hors du temps de la vision éternellement présente de la beauté divine.




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L’éveil du saint désir de voir Dieu

Enfin, ce qui nous attire dans la contemplation de cette rosace, c’est qu’il y a une richesse inépuisable de significations, ce qui évoque la vision de Dieu, qui est une merveille inépuisable et éternelle. Saint Thomas d’Aquin dit encore que l’esprit humain est ainsi fait qu’il cherche à se dépasser, dans un élan vers le vrai, le bien et le beau. L’esprit cherche la vérité dans ce monde et la trouve jusqu’à un certain degré, mais jamais assez pour le rassasier, parce qu’il cherche la vérité absolue et parfaite. La volonté cherche le bien et le trouve jusqu’à un certain point, mais jamais assez pour la satisfaire. Notre âme cherche le beau et elle l’atteint jusqu’à un certain degré, elle la réalise dans une certaine mesure, quoique très limitée, mais elle reste insatisfaite parce qu’elle est ordonnée à la beauté parfaite. Il y a un saint désir au-dedans de nous, qui nous pousse au-delà de tout ce qui est dans ce monde vers la vérité, la bonté, et la beauté transcendantes, parfaites. C’est pourquoi les expériences les plus exquises dans cette vie, comme l’émotion esthétique que nous ressentons devant les rosaces de Notre-Dame, sont toujours accompagnées d’une certaine douloureuse tristesse, du sentiment qu’il doit exister quelque chose de plus.

Miraculeusement épargnées

Alors que notre regard s’élève pour admirer ces rosaces, nous sommes attirés vers le ciel, vers le seul espoir de voir ce désir comblé au-delà de tout désir. Ces célèbres rosaces, symboles de la vision béatifique, de cette joie sans fin des bienheureux, ont été miraculeusement épargnées. Au centre de la rosace nord se trouve Marie qui a donné naissance à Jésus-Christ, qui a donné naissance à la civilisation occidentale. La rosace, comme la cathédrale en sa totalité, est dédiée à Notre Dame : dans son sein eut lieu l’incarnation, en son cœur naquit la civilisation. Elle a survécu aux ravages de l’incendie à cause des prières mariales chantées à son chevet.


[1] Les considérations qui suivent sur les rosaces de Notre-Dame sont tirées des magnifiques propos de l’évêque auxiliaire de Los Angeles, Bishop Robert Barron, dans son livre Heaven in Stone and Glass, publié en 2002, et qui peuvent être entendues dans un bref exposé sur le site : https//www.wordonfire.org

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