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Centrafrique : « Il n’y a plus que l’Église qui se soucie du peuple »

CENTRAL AFRICA CHURCH
ALEXIS HUGUET I AFP
L’Église catholique de Centrafrique endeuillée.
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Le père Séverin Ngoumbango, centrafricain et neveu du père Célestin mort en 2018 sous les balles des rebelles, travaille à la reconstruction de son pays natal, malgré les risques. "Le pays est tenu à 80% par des rebelles", confie-t-il à Aleteia.

Alors que la Centrafrique est en proie à des violences récurrentes malgré un accord de paix signé en février, l’Église catholique centrafricaine continue sa mission. En novembre 2018 Aleteia se faisait l’écho d’une violente attaque dans l’évêché d’Alinado, dans le sud du pays, causant la mort d’une quarantaine de personnes dont le père Célestin Ngoumbango. Aleteia a rencontré son neveu, le père Séverin Ngoumbango qui travaille à la reconstruction de la Centrafrique. Il a ainsi lancé un projet d’aide à la reconstruction en Basse-Kotto prévoyant notamment l’achat d’un camion benne qui permettra le transport de matériaux lourds comme du sable, des gravats, qui sont actuellement portés à dos d’homme. Des structures vitales comme des hôpitaux, presbytères, églises et écoles pourront être reconstruits plus rapidement grâce à cette aide. « Ce camion sera un atout majeur pour encourager l’engagement des populations dans le processus de reconstruction des structures vitales », assure le prêtre.

Aleteia : Depuis le 6 février 2019 et les accords de Khartoum, la paix est-elle revenue en Centrafrique ?
Père Séverin Ngoumbango : Les choses vont mieux. Il n’y a plus de batailles rangées. En revanche, si vous entendez par « paix » le retour à un État de droit nous sommes très loin du compte ! Le pays est tenu à 80% par des rebelles. Ce sont eux qui tiennent lieu d’administration, de police, de tribunal. Ils lèvent les impôts aussi, je peux vous garantir que l’argent qu’ils récoltent ne va ni aux hôpitaux, ni aux écoles. J’ai vu des réunions où des sous-préfets, des préfets et même des ministres négociaient avec des chefs rebelles. Il n’y avait pas besoin d’être grand clerc pour voir que c’étaient ces derniers qui détenaient le pouvoir. Ce qui est peut être encore plus grave, c’est que la logique de la guerre est dans les esprits. Je vois de simples, de pacifiques éleveurs économiser pour s’acheter des fusils d’assaut.

Depuis le début de la troisième guerre civile centrafricaine, en 2013, le pays n’a jamais recouvré sa souveraineté pleine et entière, comment l’expliquez-vous ?
La population s’accommode de son mieux de la situation. Dans ma paroisse de la Basse-Kotto, par exemple, nous étions sous la coupe des Selekas (milice à majorité musulmane ndlr).  Nous parvenions à nous entendre, même si la situation n’était pas simple. Par exemple, il y a des péages à la sortie et à l’entrée des villages qui coûtent 2.000 FCFA, 3 euros, et cela dans un pays où l’on gagne en moyenne 1 euro par jour et par foyer ! Je vous laisse imaginer le prix d’un long trajet sans compter que pas un centime ne va à la réfection des routes. Mais quand un autre groupe de rebelles à revendiqué notre village, cela a été terrible ! Les commerçants étaient rançonnés plusieurs fois, par les deux camps. Des combats ont éclaté… Beaucoup tentaient de fuir.

Dans cette situation, l’Église qui demeure une institution solide en Centrafrique, peut-elle jouer le rôle de médiatrice ?
Nous sommes souvent amenés à jouer les arbitres, pour que les groupes rebelles, les forces de l’ONU ou le gouvernement s’entendent ! Nous offrons aussi notre protection aux civils, à condition qu’ils soient sans armes. Ce sont là des métiers risqués, comme je l’ai expérimenté moi-même. L’an dernier, nous avions hébergé sur un terrain de l’Église des centaines de civils, le tout sous la protection de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca). Or parmi nos hôtes, il y avait des femmes, des enfants de rebelles. Ils avaient le droit de venir les voir, mais sans armes. Deux ont dérogé à la règle, sont venus avec leurs fusils et ont été arrêté par les forces de l’ONU. Quelques heures plus tard, les rebelles sont venus en nombre, survoltés, exigeant de « récupérer leurs camarades ». Les forces de l’ONU nous ont demandé, à l’évêque d’Alindao, Peter Marzinkowski et à moi-même de parlementer. Nous nous sommes donc retrouvés entre les lignes en compagnie d’un grand chef rebelle. L’Église veut comme le peuple, que la paix revienne. Mais les rebelles n’ont pas intérêt à ce que la paix revienne. Et je ne crois pas non plus à l’efficacité des forces de l’ONU… En fin de compte, il n’y a plus que l’Église qui se soucie du peuple. Les autres forces en présence la voient comme une gêneuse.

Vous pensez que l’Église serait une cible privilégiée ?
Pour ceux qui ne veulent pas la paix, oui, de toute évidence. Comment expliquer par exemple que le père Alain-Blaise Bissialo, connu pour ses talents de médiateurs, ait été poignardé en janvier 2018 ? Il n’avait pas d’arme, ne rentrait pas dans le jeu de la guerre. Il voulait au contraire y mettre fin. Mon oncle est mort pour les mêmes raisons.

« Bénis soient les Centrafricains qui gardent l’espoir et le sourire malgré les terribles épreuves qu’ils traversent ! »

Votre oncle, le père Célestin, qui fut l’un des martyrs honorés lors de la Nuit des Témoins par l’Aide à l’Église en Détresse en 2018, comment est-il mort ?
Il a été assassiné avec une soixantaine d’autres personnes à Alindao par des miliciens de l’UPC (ex Séléka). On le soupçonnait d’abriter des miliciens de la faction adverse… En fait c’est toujours le même problème. Ceux qui tirent sur des prêtres refusent la paix et les facteurs de paix. Il est mort avec le père Blaise Mada, vicaire général du diocèse d’Alindao. Je suis allé sur les lieux et son corps avait été complètement carbonisé, on ne l’a identifié que grâce à l’une de ses chaussures. À présent, il ne reste plus de trace du massacre et la dernière fois que je m’y suis rendu, des enfants jouaient au football. Bénis soient-ils ! Bénis soient les Centrafricains qui gardent l’espoir et le sourire malgré les terribles épreuves qu’ils traversent !

Espérez-vous voir la fin des épreuves qui s’abattent sur votre pays ?
Le problème, c’est que ces épreuves n’arrivent pas par hasard, et qu’il y a des intérêts extérieurs puissants qui interdisent à la paix de revenir. Le chaos apparent, l’absence d’autorité sur le pays sont très utiles pour ceux qui veulent exploiter nos ressources à moindre coût. Je ne veux accuser personne nommément, mais je constate que depuis 2013, on voit de grosses machines d’exploitations minières se mettre en place. Les Français étaient là avant, mais à présent nous avons des Américains, des Chinois… La Centrafrique ne produit pas une cartouche, alors comment expliquez-vous que tous ces groupes rebelles soient si bien armés ?

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