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Germaine Cousin, la sainte qu’il nous faut

GERMAINE COUSIN

Didier-Descouens-CC

Jean-Claude Jaffé - Publié le 14/06/19

Nous devons au pape Pie IX la béatification de Germaine Cousin en 1854. « C’est la sainte qu’il nous faut » aurait-il dit lors de sa béatification. Découvrez son étonnante histoire.

Pibrac, petite paroisse à l’ouest de Toulouse, 1579. Oh, la scrofuleuse ! Oh, la manchote ! Oh, la bigote ! On ne peut pas dire que les fées se soient penchées sur le berceau de la « pauvre » Germaine, dans tous les sens du terme. Elle souffre d’une adénopathie tuberculeuse, affection que l’on croyait contagieuse ; bonne occasion pour sa marâtre de l’isoler dans l’étable ; elle est difforme, laide, elle a une main atrophiée. De plus, elle va à la messe tous les jours, même si l’église est un peu éloignée. Sa piété est source de quolibets. La risée des jeunes filles de son âge ne l’épargne pas.

Esseulée, sans affection, elle ne se plaint jamais. Elle va garder son troupeau de moutons, dans les champs, en bordure de la forêt de Bouconne. Le temps s’écoule paisiblement en récitant le chapelet, douce prière qui efface les méchancetés environnantes. Sa vie se résume en ce dialogue permanent avec le Christ. Lui, qui a souffert, peut la comprendre, accueillir sa prière toute simple. Que dire de plus ?


GERMAINE COUSIN

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Vingt-deux ans consacrés à la prière et à la méditation, sans livre, sans compagnie, en faisant fonctionner simplement les neurones d’une bergère, qui ignore les moqueries, qui surmonte la faim, qui sublime les souffrances. En 1601, son père la découvre morte sous la soupente de l’escalier de l’étable où elle dormait habituellement. Elle est enterrée dans l’église paroissiale et on l’oublie.

43 ans plus tard, un nouvel enterrement dans l’église, comme c’était souvent la coutume alors. Il s’agit d’une villageoise, une certaine Andoualle, de son prénom Marcelle. Le carillonneur Guillaume Cassé, qui fait office aussi, à l’occasion, de fossoyeur, après quelques coups de pioche, soulève une dalle et découvre, avec stupéfaction, le corps d’une jeune fille parfaitement conservé, la peau est souple, une guirlande de fleurs entoure sa tête et les fleurs sont à peine fanées.

Sa canonisation est proclamée le 29 juin 1867

Qui est-elle ? Un indice ravive la mémoire de deux vieillards au milieu des gens qui ont afflué par curiosité : une main est difforme. Le cadavre est bien celui de Germaine Cousin. On prend alors l’initiative de mettre le cadavre debout, près de la chaire, tout près des places réservées aux notables. Dans un cercueil provisoire et rudimentaire, elle est exposée ainsi à la vue de tous pendant un an jusqu’à ce que la châtelaine Marie Gras trouve à redire et demande qu’on l’éloigne du poêle. Bien mal en prit à cette rechigneuse qui souffrit soudainement d’un ulcère au sein et de ce fait ne put nourrir convenablement son jeune bébé à tel point qu’il devint malade et presque moribond.


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Son mari fait le rapprochement entre la maladie et l’éloignement de Germaine. Heureuse clairvoyance ; Marie Gras lui demande pardon et aussitôt retrouve la santé. En remerciement, elle offre une caisse en plomb pour recueillir le corps de Germaine et on va la déposer à la sacristie où, à nouveau, c’est l’oubli et ce, pendant seize ans.

En visite pastorale à Pibrac, le Vicaire Général de l’archevêque de Toulouse, le chanoine Dufour est intrigué par la présence de ce cercueil dans la sacristie et aussi de cette vénération sauvage de nombre de paroissiens pour cette humble bergère dont on ne sait rien sur sa naissance, bâtarde certainement.

On lui raconte les circonstances de la découverte de son corps. L’homme spirituel est aussi cartésien. Il fait exhumer le corps de Marcelle Andoualle pour vérifier si la conservation exceptionnelle de Germaine ne viendrait pas des qualités du sol. Il n’en est rien. Le temps a fait son ouvrage, on ne trouve que de la poussière et de la terre corrompue. Pas de doute, il y a quelque chose de miraculeux.


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Les paroissiens, génération après génération, – quelle constance ! -, organisent des pèlerinages et ne cessent de demander aux autorités ecclésiastiques de tout faire pour instruire un dossier de béatification. On consigne scrupuleusement toutes les guérisons qu’on lui attribue.

Il en faudra du temps et de la patience. La béatification sera proclamée le 7 mai 1854 et la canonisation le 29 juin 1867. Et pour honorer la « germaneta », on construira en 1901 une basilique, de style romano-byzantin, pour accueillir la foule des pèlerins venus de tous horizons.

«  Elle mit de grandes intentions à faire de petites choses »

Quant à l’église paroissiale, elle accueille, dans une splendide châsse offerte par l’abbé Lamarque, les ossements de la sainte car 1793 a fait des ravages. Les révolutionnaires ne pouvaient plus supporter les dévotions que l’on continuait à manifester à Pibrac. Ils jetèrent le corps dans une fosse et la recouvrirent de chaux qui fit son œuvre mortifère. Préservée divinement, c’est par la folie humaine que Germaine est ainsi violentée.

Comment une si modeste personne a-t-elle pu, au cours des ans, susciter tant de ferveur ? Ce qui attire les foules, hier comme aujourd’hui, ce ne sont pas des prodiges mais la reconnaissance d’une grâce. Comme le dit si bien Mgr André Collini, ancien archevêque de Toulouse : «  La grâce de savoir que les anonymes, les humbles de cœur, les meurtris de la vie, les méprisés, les exclus, le peuple immense de ceux qui n’ont ni le pouvoir, ni le savoir sont les premiers parmi les bien aimés du Père. » Le cardinal Saliège a fort bien résumé ce destin fulgurant : «  Elle mit de grandes intentions à faire de petites choses ».

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