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Le primat de Pologne à Aleteia : « Ce sont les victimes qui doivent être au centre »

WOJCIECH POLAK PRYMAS POLSKI
EAST NEWS
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Connue pour son très fort attachement à l’Église catholique, la Pologne est actuellement secouée par la sortie d'un documentaire sur les abus sexuels commis par des membres du clergé polonais. Intitulé « Seulement ne le dis à personne » et mis en ligne le 11 mai sur Youtube, le film, long de deux heures, compte déjà plus de 21 millions de vues, soit la moitié de la population polonaise. "J'ai vu cette blessure profonde et la douleur terrible de victimes qui font face à ceux qui ont abusé d'elles", confie à Aleteia Mgr Wojciech Polak, primat de Pologne.

C’est une véritable onde de choc qui traverse la Pologne après la diffusion en ligne du documentaire d’un journaliste indépendant Tomasz Sekielski sur les abus sexuels commis sur des mineurs par des membres du clergé polonais. En réaction, le pape François a exprimé ce vendredi 17 mai « sa proximité et sa solidarité avec les victimes d’abus en Pologne », selon la déclaration du nonce apostolique en Pologne, Mgr Salvatore Pennacchio. En parallèle, Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte et homme de confiance du pape François dans la lutte contre la pédophile dans l’Église, doit entamer une nouvelle mission en Pologne le 13 juin prochain. Aleteia est allé à la rencontre du primat de Pologne, Mgr Wojciech Polak. Bouleversé après le visionnage du documentaire, il rappelle « qu’on ne peut pas nier que les abus sexuels dénoncés par le film ont eu lieu, alors qu’ils n’auraient jamais dû se produire ».

Aleteia : Quelles étaient vos premières impressions après avoir vu le documentaire de Tomasz Sekielski ?
Mgr Wojciech Polak :
Ce qui m’a particulièrement bouleversé, ce sont les confrontations des victimes avec leurs bourreaux. J’ai vu cette blessure profonde et la douleur terrible de victimes qui font face à ceux qui ont abusé d’elles. J’ai été frappé de voir le traumatisme de l’enfance qui revient et la manière dont ces personnes devenues adultes essaient d’y faire face.

Qu’est ce que ce documentaire dit de l’Église en Pologne ?
En tant que documentaire, il a le mérite de mettre en lumière des situations concrètes vécues par des personnes concrètes. On pourrait certes se poser la question de savoir dans quelle mesure les faits nous sont rapportés de façon suffisamment complète. Mais on ne peut pas les nier. On ne peut pas nier qu’ils ont eu lieu, alors qu’ils n’auraient jamais dû se produire. Je suis également frappé par le manque d’empathie et de respect des représentants de l’Église (déléguées pour les questions d’abus sexuels, ndlr.) envers les victimes qui ont pourtant le courage de dénoncer les crimes des prêtres. Après avoir regardé ce film, je suis plus que jamais persuadé qu’il y a un besoin de changement profond de mentalité au sein de l’Église.

Concrètement, dans quelle direction doit se poursuivre ce changement ?
Ce sont les victimes qui doivent être au centre. Nous devons exprimer notre empathie, écouter et ne pas retarder l’ouverture d’une procédure contre un prêtre. Nous devons former ceux qui, dans l’Église, seront en contact direct avec les victimes, et surtout les sensibiliser au bien des personnes blessées. Il me semble également très important de permettre à la victime d’être au courant de l’évolution de la procédure. Ce documentaire a aussi dévoilé des situations où la procédure était déjà finalisée et l’auteur des abus puni. Mais la victime n’avait reçu aucune information à ce sujet. C’est inimaginable et inadmissible.

Un autre élément mis en lumière dans le documentaire a choqué de nombreuses personnes : quand le confessionnal et la confession deviennent les terrains de chasse dans la quête de futures victimes…
C’est d’autant plus douloureux et accablant que cela touche la sphère la plus intime et la plus délicate de la vie sacramentelle. Là où la personne, à travers le ministère du prêtre, est en face à face avec Dieu. C’est un crime. Pendant des siècles, c’est ce qu’on a appelé crimen pessimum, c’est-à-dire le pire crime qui soit.

Si vous rencontriez les victimes qui témoignent dans ce documentaire, que leur diriez vous ?
Je leur demanderais pardon pour ce qu’elles ont subi des hommes de l’Église, pour avoir été si horriblement blessées. Je les remercierais aussi pour leur courage de témoigner publiquement.

Le réalisateur a indiqué que vous aviez refusé sa demande d’interview. Pourquoi ?
Je ne voyais pas comment prendre la parole au sujet de situations que je ne connaissais pas et qui ne m’avaient pas été présentées. Du réalisateur, je n’ai reçu aucun scénario. Il m’était donc difficile d’y participer et de m’exprimer.

Au moment du tournage, la direction de la communication de la Conférence épiscopale a expliqué que la hiérarchie de l’Église ne participerait pas au documentaire, parce que son réalisateur n’était pas impartial. Trouvez-vous que son film n’est pas honnête ?
En regardant la force de ces témoignages, pleins de douleur et de larmes des victimes, on ne peut que constater l’authenticité de ce documentaire. Bien sûr, on peut discuter sur ce qui manque, mais cela ne change rien à sa tonalité ni à son appréciation.

Que pensez-vous du Motu proprio sur les abus sexuels du pape François et de la responsabilité des évêques ?
Dans le cas des témoignages des victimes révélés dans ce film, je n’ai aucun doute sur le fait qu’il faut revoir en détail la responsabilité de chaque prélat. Il faut analyser l’ensemble des documents, mener de nouvelles enquêtes, refondre la procédure. Ce document du pape décrit la procédure qui doit être mise en place. C’est au supérieur de l’évêque accusé de mener l’enquête et de vérifier si une faute concrète ou une omission a eu lieu de sa part. Cette procédure nécessitera une coopération et des indications de la part du Saint-Siège.

Dans le documentaire, nous voyons qu’au moment de dénoncer le crime qu’elle a subi, la victime prononce un serment sur la Bible qui l’ordonne au silence. Est-ce vrai que l’Église demande le silence aux victimes?
À ma connaissance, un tel serment ne peut pas être exigé au moment du signalement du crime. Dans l’archidiocèse dont je suis responsable, la personne qui vient dénoncer un crime ne prononce aucun serment. Comme dans le droit civique, la question de la discrétion intervient seulement au moment de la déposition du témoignage. C’est valable lors d’un procès, que celui-ci soit canonique, administratif ou judiciaire. Une telle pratique est également explicitement interdite dans le dernier Motu Proprio du pape François: « Aucune personne qui effectue un signalement ne peut se voir imposer une contrainte au silence sur le contenu de celui-ci », est-il écrit. Je tiens également à préciser que la personne qui est victime d’abus peut être accompagnée d’un parent proche, d’un membre de la famille, d’un psychologue ou d’un avocat.

Pour résumer, la mise en pratique des directives ne fonctionne pas ?
Malheureusement oui, elle est loin d’être systématique. Il y a un véritable besoin de formation au sein de l’Église, surtout en ce qui concerne le signalement de crime par les victimes ou ses proches. Mgr Charles Scicluna en parlera probablement le 13 juin prochain dans le cadre de sa rencontre avec les évêques polonais et les délégués de l’Église à la protection des jeunes enfants. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ces procédures soient les moins difficiles possibles pour les victimes.

De nombreux parents choqués par le documentaire se demandent s’ils peuvent toujours confier leurs enfants en toute sécurité aux responsables de l’Église. Que pouvez-vous leur répondre ?
Je comprends les craintes des parents. C’est à nous de tout faire pour reconstruire leur confiance ébranlée. Les diocèses ont mis en place des programmes de prévention. Une formation va également être mise en place pour tous ceux qui sont en contact avec des enfants ou des jeunes. Aujourd’hui, cette formation est déjà mise en place au niveau du séminaire. Chaque candidat à la prêtrise doit se soumettre à des tests psychologiques spécialisés. Nous avons des documents qui définissent clairement les normes de gestion des colonies, des retraites, des camps etc. Un prêtre dirigeant un groupe d’enfants de chœur doit également suivre une formation spécialisée en matière de protection des enfants et des adolescents. Les parents peuvent vérifier que de telles solutions sont respectées. Une transparence totale est également nécessaire de notre part. Ce n’est que de cette façon que nous pourrons rétablir la confiance.

Que pensez-vous de la responsabilité du pape Jean Paul II dans ce domaine ?

Vous pensez probablement à l’instruction du Saint-Siège Crimen sollicitationis, qui a été annulée en 2001. Elle obligeait les personnes impliquées dans le processus à maintenir le secret — une règle dont la violation impliquait l’excommunion. Il convient de rappeler que ce document ne concernait qu’indirectement les abus sur des mineurs. Il concernait directement l’enquête canonique dans les affaires pénales liées au crimes graves de sollicitation, c’est-à-dire d’incitation au péché impur à l’occasion du sacrement de la pénitence. Comme il s’agit d’un domaine étroitement lié au secret de la confession, le document mettait l’accent sur la confidentialité de la procédure. Il voulait ainsi protéger la réputation des victimes elles-mêmes ainsi que les accusés, qui n’étaient pas toujours reconnus coupables des actes dont ils étaient accusés. Le but recherché était le suivant : que les parties et les témoins puissent témoigner sans craindre que des détails de nature délicate ne refassent surface.

Cependant, dans la pratique, ce texte a été largement interprété comme une ordonnance imposée aux victimes, afin qu’elles ne révèlent pas qu’elles ont été victimes de violences sexuelles de la part du clergé. En 2001, c’est Jean Paul II lui-même qui a décidé de remplacer l’instruction Crimen sollicitationis par la lettre apostolique Sacramentorum sanctitatis tutela. Celle-ci ne contenait plus la clause d’excommunication. En revanche le Pape confirmait que les abus sexuels commis sur des mineurs figuraient dans le catalogue des crimes les plus graves relevant du droit canonique, y compris l’imposition de sanctions pénales.

Il faut rappeler que Jean Paul II a également réagi sans équivoque en 2002 face à la crise américaine (convocation des cardinaux américains au sommet inédit à Rome en février 2002 suite au scandale des cas de pédophilie au sein de l’Église américaine révélés par les médias, ndlr). Il a été le premier pape à prendre des mesures décisives dans ce domaine. Cependant, celui-ci agissait en fonction de ce qu’il savait. Des années plus tard, nous pouvons constater l’importance des décisions prises à la fin de son pontificat. Elles ont donné à l’Église la bonne direction pour renforcer la protection des enfants et pour lutter contre les crimes. Nous allons dans cette direction avec une détermination de plus en plus croissante.

Alors que Benoît XVI insiste principalement sur les causes culturelles de ces crimes liés à la sexualisation de la vie d’aujourd’hui, le pape François affirme que la raison principale se trouve dans le cléricalisme. Quelle est votre opinion ?
Les deux points de vues sont justes et complémentaires. Le pape François souligne que le cléricalisme peut être une tentation pour les prêtres qui interprètent le ministère reçu comme un pouvoir et non comme un service. Cela peut nous amener à croire que nous appartenons à un groupe qui n’a à écouter et à apprendre de personne. Comme le souligne François, le résultat, c’est la perte de « la valeur sacrée et inaliénable de chaque personne et de sa liberté ». Le cléricalisme est pour le pape François un renversement de la réalité dans l’Église. Au lieu de mettre en premier lieu le service, il le remplace par le pouvoir en utilisant l’institution pour l’exercer.

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