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« Ce qui attirait chez Padre Pio c’était l’acuité de son regard sur les âmes »

PIO
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30 ans après sa première biographie sur Padre Pio, l'historien et essayiste Yves Chiron en publie une seconde. Depuis, le prêtre italien a été béatifié, puis canonisé par Jean Paul II. Ce nouvel ouvrage s'intéresse de près à ce qu'a vécu le saint : les stigmates, la bilocation, les prophéties...

Pourquoi écrire à nouveau sur Padre Pio trente ans après votre biographie sur le saint italien ?
La biographie que j’avais publiée en 1989 avait été rédigée avant la béatification et la canonisation de Padre Pio. Elle a été rééditée à plusieurs reprises, y compris en édition de poche, et j’avais fait des actualisations. Là, il s’agit d’un autre livre qui a été rendu possible grâce aux nouveaux documents dévoilés lors du procès de béatification et de canonisation (notamment le long compte de la Visite apostolique dont Padre Pio a fait l’objet en 1921). Ce nouvel ouvrage, très différent du premier, examine, un à un, certains aspects particuliers (la stigmatisation, les bilocations, les prophéties…) et aussi les problèmes et les questions controversées comme les rapports avec le fascisme, les « persécutions » qu’il a subies de la part de certaines autorités, ses rapports avec les papes successifs.

Comment Padre Pio vécut ces stigmates qui marquèrent son corps durant presque toute sa vie religieuse ?
Les stigmates ont été visibles pendant exactement cinquante années, de 1918 à 1968. Et ils ont disparu les uns après les autres, en l’espace de quelques semaines, juste avant sa mort. La stigmatisation est d’abord une identification au Christ souffrant sur la Croix. De ce point de vue c’est un signe visible de tous (à la différence d’une apparition). Padre Pio ne l’a pas demandé, à certains moments il aurait préféré et il a même demandé à Dieu que les stigmates disparaissent. Mais c’était aussi une mission. Padre Pio a été choisi par Dieu, comme d’autres stigmatisés, pour rappeler au monde ce qu’a été la Passion du Christ et il a revécu par participation cette Passion. Son directeur spirituel lui a dit, dès les premiers temps de la stigmatisation, qu’il avait vocation à corredimere, à être co-rédempteur. Le seul Rédempteur, le seul Sauveur est bien sûr le Christ, mais le Christ a demandé à Padre Pio de s’associer à sa Passion et d’être un intermédiaire du Salut qu’il apporte à tous les hommes.

Quelles formes prirent les autres nombreux miracles qu’on lui attribue ?
Indépendamment de la stigmatisation, il y a eu des phénomènes de bilocation, des miracles de guérison ou de conversion, des prophéties. La bilocation n’est jamais gratuite, elle a toujours pour but de venir en aide à quelqu’un. Le terme « bilocation » est assez inadéquat, comme si le saint pouvait se dédoubler. Padre Pio lui-même n’a presque jamais parlé de la bilocation. Les rares fois où il en a parlé, il a dit, avec la brièveté qui le caractérisait souvent : « Je ne sais pas si je me suis transporté là en esprit […] si c’est avec le corps ou sans le corps que j’ai été présent. »

Quelle est la réalité des liens entre Padre Pio et le pouvoir fasciste dont on l’a souvent accusé d’avoir été proche ?
Le début de la vie publique de Padre Pio et de sa notoriété coïncident avec la montée du fascisme et l’arrivée au pouvoir de Mussolini (1922). Padre Pio lui-même n’a jamais fait de politique. Un de ses fils spirituels, Morcaldi, a été maire de la petite ville, San Giovanni Rotondo, où était le couvent. Il a exercé cette fonction pendant et après le fascisme. Mais Morcaldi n’a pas été membre du Parti fasciste. Ceci dit des fascistes sont devenus fils spirituels de Padre Pio. En revanche, il n’y a jamais eu de relations directes entre Mussolini et Padre Pio. La prétendue lettre de Mussolini où il s’adresse à Padre Pio « de fasciste à fasciste » est un faux.

Vous évoquez Padre Pio comme un homme à l’intelligence assez moyenne, qu’est-ce qui expliquait cet incroyable pouvoir de fascination qu’il suscita ?
L’expression « intelligence moyenne » a été employée à plusieurs reprises par des observateurs qui ont approché Padre Pio, mais elle ne convient pas. Au premier abord, Padre Pio pouvait apparaître comme assez fruste. Il ne faisait jamais de grands discours. Mais il y a plusieurs sortes d’intelligence. Padre Pio ne fut pas un intellectuel — au sens d’un homme qui passe sa vie à lire, à étudier, éventuellement à écrire. Il n’avait pas non plus une intelligence spéculative. Mais pendant ses années de formation et pendant ses premières années de vie religieuse, il a beaucoup lu : de la théologie, des écrits mystiques, des vies de saints. Et ses très nombreuses lettres à ses directeurs spirituels (essentiellement jusqu’en 1922) montrent un religieux qui sait bien s’exprimer, qui analyse, qui a de solides notions de théologie. Ce qui attirait chez Pio, ce n’étaient pas ses dons de plume ou ses talents oratoires, c’était l’acuité de son regard sur les âmes, ce qui transparaissait à travers lui de la grâce du Christ, notamment par le ministère de la confession.

Ses relations avec l’Église et certains papes ont souvent été compliquées. Vous évoquez même des « persécutions ». Qu’est-ce qui explique la complexité de ces relations ?
L’Église a toujours été prudente face à ce qu’on appelle les phénomènes extraordinaires de la vie mystique. Il faut distinguer le surnaturel authentique du faux surnaturel comme l’illusion, la supercherie ou l’action diabolique. Il y a trois types de jugements en matière de surnaturel : les faits ne sont pas d’origine surnaturelle, les faits sont d’origine surnaturelle, le caractère surnaturel des faits n’a pu être établi et il pourra peut-être l’être à l’avenir. Pendant longtemps, l’Église s’en est tenue à cette troisième position concernant Padre Pio. D’où des mesures limitatives, draconiennes même, à certaines époques. Il s’agissait autant de protéger les fidèles d’une éventuelle supercherie que de protéger Padre Pio de la dévotion fanatique de certains fidèles. Avec l’idée aussi que si les grâces reçues par Padre Pio étaient vraiment d’origine surnaturelle, on en verrait, à l’avenir, les fruits spirituels : conversions, vocations, etc.

Comment expliquez vous la popularité toujours fervente aujourd’hui de Padre Pio en Italie ? Pourquoi parle-t-il tant au cœur des Italiens ?
Le tombeau de Padre Pio à San Giovanni Rotondo reçoit 8 millions de pèlerins par an. C’est le sanctuaire le plus visité d’Italie, et même d’Europe. Ce qui a attiré en premier lieu, encore aujourd’hui, c’est l’idée qu’on a connu au XXe siècle, un « autre Christ ». Tout prêtre, à l’autel, est un alter Christus, au sens limité que donne la théologie à cette expression : le prêtre renouvelle par sa messe le sacrifice du Christ, pour le salut des hommes. Padre Pio fut cela, et plus encore : dans sa chair il a revécu, par participation, la Passion du Christ. Ce qui n’était pas néanmoins un égal du Christ. Il fut un pécheur, conscient de ses limites, et conscient d’avoir besoin, lui aussi, de la miséricorde de Dieu.

© Tallandier / La Procure

Padre Pio. Vérités, mystères, controverses, d’Yves Chiron, éditions Tallandier, 2019, 284 pages, 20,90 euros.

Padre Pio : l'Église face aux stigmates
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