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Pour une plus juste rémunération, reconsidérer le travail

© Kzenon - Shuterstock
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Une société respectueuse du bien commun sait reconnaître au travail toute sa dignité, en particulier son utilité sociale. C’est cette reconnaissance qui fonde le juste salaire.

L’affaire Carlos Gohsn comme la crise des Gilets jaunes nous conduisent à nous interroger sur les différences de rémunération dans nos sociétés. Tandis que certains dirigeants parviennent à occuper des positions avantageuses leur permettant d’obtenir des rémunérations exorbitantes, d’autres, plus nombreux, exercent des activités socialement dévalorisées et insuffisamment payées, et ont du mal à satisfaire leurs besoins essentiels. Ces situations extrêmes sont-elles le reflet d’un même phénomène ? Les excès et insuffisances de rémunération peuvent soulever des questions similaires dans nos sociétés occidentales, et révèlent trois dysfonctionnements :

On perd de vue le réel du travail

Il y a dans les excès comme dans les insuffisances de rémunération un déni du travail réel. En effet, les excès de rémunération peuvent être le reflet d’une focalisation sur les diplômes et les statuts au détriment d’une considération du travail effectivement réalisé. À l’opposé, les activités les moins bien rémunérées peuvent demander beaucoup d’énergie, d’attention, de gratuité et de finesse. Pensons notamment aux activités du care consistant à se soucier des autres dans leur état de vulnérabilité (soin des enfants, des personnes âgées, des personnes handicapées, des malades). Ces métiers qui touchent au sanitaire, au social et à l’éducatif sont faiblement valorisés. Et pourtant, la capacité d’une société à faire communauté ne se mesure-t-elle pas à sa capacité à prendre soin des plus vulnérables ?

On perd de vue l’utilité du travail

Les excès et insuffisances de rémunération traduisent aussi un déni des besoins réels de la société. La rémunération ne doit pas être seulement fonction des compétences, des diplômes, du statut, du mérite et de l’effort fourni, mais aussi de la contribution sociétale. Quelle est l’utilité sociétale, sociale et environnementale de chacune des activités de travail ? Regardons les tâches inutiles mais bien rémunérées — révélées par David Graeber dans sa dénonciation des Bullshit jobs — que de nombreux travailleurs de bureau acceptent de réaliser bien que pleinement conscients de la superficialité de leur contribution à la société. Regardons à l’inverse l’extrême utilité de certaines tâches réalisées la nuit par ceux qui se confrontent à la souillure et à la transgression (traitement des déchets, hôpital, prison, police) malgré une faible reconnaissance sociale et financière. La capacité d’une société à être juste ne se mesure-t-elle pas à sa capacité à valoriser ceux dont elle a le plus besoin ?

On perd de vue la dignité de l’homme au travail

Les situations les plus extrêmes marquent également un déni du bien commun et de la dignité du travailleur. En effet, participer au bien commun signifie participer à la fois à un bien communautaire et à un bien personnel. En d’autres termes, en contribuant au bien communautaire de la société et au bien communautaire d’une organisation, le travailleur doit être aussi en mesure de développer son bien personnel en recevant les ressources qui lui permettent de vivre dignement. L’article 302 du Compendium de la doctrine sociale de l’Église aborde cette question en s’appuyant sur la constitution pastorale Gaudium et Spes : « Compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel. » Or une activité dévaluée ne permet pas au travailleur de développer son bien personnel, puisqu’elle le prive d’une rémunération lui permettant de vivre dignement. Ainsi peut-on se demander : la capacité d’une société à contribuer au bien commun ne se mesure-t-elle pas à la possibilité donnée à chacun de vivre dignement sur le plan matériel mais aussi sur les plans social, culturel et spirituel ?

Lire aussi :
La grâce du travail

Une pensée compartimentée

En perdant de vue le bien commun, on renonce à une perspective globale. Nous avons une pensée de plus en plus parcellaire du système qui pourtant est devenu mondial. Cette pensée compartimentée est même inscrite dans le droit. La séparation du droit des sociétés et du droit du travail renforce la séparation entre le monde du capital et le monde du travail. Ce qui a un double effet, celui de permettre à certains dirigeants de sociétés de démultiplier les sources de rémunération, et celui de priver de nombreux travailleurs de la possibilité de profiter dans une juste mesure du bien commun auquel ils participent.
La loi Pacte invite notamment les entreprises sociétaires à prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux de leurs activités. Il n’est pas certain que cette réforme permette de modifier le système en profondeur. Pour transformer le système et favoriser une rémunération plus juste, il nous faudrait d’abord reconnaître la réalité du travail, l’utilité du travail et la dignité de la personne au travail comme critères de la reconnaissance sociale et financière.

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