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La démocratie du « grand débat » est-elle compatible avec nos institutions ?

Ludovic MARIN / AFP
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La formule du « grand débat » est par elle-même un aveu d’échec de la politique française, et de toutes ses réformes depuis quarante ans. La désacralisation du pouvoir a cassé le principe même du service des institutions à l’écoute des citoyens. Pour autant, le débat est toujours utile et les catholiques peuvent y porter une parole originale, pouvant aider à retisser les liens sociaux.

En lançant le « grand débat » en pleine crise des Gilets jaunes, c’est-à-dire en pleine crise de légitimité de nos institutions, le président de la République s’est mis dans la situation de ces chefs d’entreprise à bout d’arguments qui ne trouvent rien d’autre à dire à leurs collaborateurs que : « La porte de mon bureau vous est toujours ouverte. » Mais en temps de crise, nous ne demandons pas au chef que la porte de son bureau soit toujours ouverte. Nous n’aurions aucun intérêt à franchir cette porte, si c’est celle d’un bureau vide. Ce que nous demandons au chef, surtout par temps d’orage, c’est qu’il décide et qu’il entraîne.

Des réformes qui ont discrédité le pouvoir

La crise de légitimité de nos institutions que la crise des Gilets Jaunes provoque, ou plutôt qu’elle révèle, plonge ses racines plus loin que dans un simple ras-le-bol fiscal — même s’il est fort — ou que dans un sentiment de déclassement des classes moyennes françaises, même s’il est général. La légitimité de nos institutions républicaines a été minée dans la réalité par une longue série de lois mortifères qui ont abouti, l’air de rien, à discréditer le pouvoir issu de l’élection.

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Regardons les vingt-quatre révisions subies par notre Constitution depuis une quarantaine d’années : elles ont eu pour effet — quand ce n’est pour intention — d’affaiblir la légitimité du pouvoir élu dans les urnes. Elles ont renforcé le rôle des juges, et notamment du juge constitutionnel, qui désormais n’est plus un arbitre entre pouvoirs, mais bien un super législateur. Elles ont privé l’État de ses marges de manœuvre au nom d’un surmoi moral qui ne devait rien aux urnes, avec la charte de l’environnement. Elles ont consacré la primauté des normes supranationales, en nous mettant sous la coupe automatique des injonctions européennes dont on ne nous avait jamais demandé de débattre. Elles ont affaibli les pouvoirs du Parlement au profit d’autorité dites « indépendantes », qualifiées ainsi pour la seule raison qu’elles n’étaient pas élues. Ces autorités indépendantes poussent comme un mauvais lierre sur le tronc du chêne de notre Constitution et elles étouffent les branches vivantes de notre démocratie.

Un suicide historique

Mais il n’y a pas que la Constitution. Regardons les grandes lois dites « sociétales » des années 2000 : elles ont toutes organisé l’affaiblissement du législateur. Une ère du soupçon s’est installée dans l’opinion publique à l’égard des responsables politiques, soupçon alimenté d’ailleurs par les intéressés eux-mêmes, dans le souci qu’ils avaient d’anticiper on ne sait quelle évolution de l’air du temps. La pratique a accompagné le mouvement. C’est ainsi que le salaire des ministres a été brutalement abaissé par François Hollande, comme si les ministres volaient l’argent des autres. C’est ainsi que les obligations de « transparence » imposée aux élus, combinées aux règles de non-cumul, ont découragé les meilleures vocations. C’est ainsi enfin que tout ce qui semble institutionnel est désormais présumé suspect. La désacralisation du pouvoir, censée le re-légitimer, a conduit finalement à son discrédit. Cela s’appelle un suicide historique.

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Les catholiques dans le débat

L’aboutissement naturel de cette évolution est le fameux « grand débat ». Parler de grand débat, quand c’est chef de l’État qui le fait, c’est suggérer que la vraie vie politique ne s’exprime plus dans les institutions de l’État. Sans doute est-ce grave. Pour autant, faut-il boycotter ce débat ? Sûrement pas. Nous autres catholiques français, nous nous devons d’occuper ce terrain. Nous nous devons, comme on disait dans l’entre-deux-guerres, d’y intervenir « en chrétiens » et non pas « en tant que chrétiens ». C’est-à-dire dans le respect des opinions des autres et à la lumière de l’Évangile.

Nous n’avons pas toujours raison et d’ailleurs nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous. Mais un point sur lequel nous pourrions nous retrouver est cette idée que la doctrine sociale de l’Église a encore quelque chose à dire, quelque chose que le gaullisme social brisé dans son élan par le référendum de 1969 n’a pas eu le temps d’achever : la mise en place d’une véritable participation du salarié aux bénéfices de son entreprise. Il y a là sans doute, au milieu de bien d’autres pistes, une voie à explorer qui pourrait contribuer à réparer notre société partie en morceaux, parce qu’elle est orpheline de l’État.

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