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Pour une bonne année 2019, souhaitons-nous la liberté

FOULE RUE POPULATION

© Shutterstock

Xavier Patier - publié le 04/01/19

Dans une société envahie par la technique, où le prêt-à-penser tient lieu de refuge affectif et mental, les Français pourraient s’adresser des vœux de plus grande liberté.

Que faut-il nous souhaiter pour 2019 ? Beaucoup de choses sans doute, de la santé, de l’amour et des projets, et tout ce que les cartes de vœux répètent sans se lasser, mais aussi — rêvons ! — la liberté. Souhaitons-nous la liberté à laquelle, selon saint Paul, nous sommes tous appelés. La liberté inaccessible : la liberté d’agir et de penser.

Le nouvel ordre moral des bons sentiments

Il faut bien l’avouer, la génération d’aujourd’hui supporte sans rien dire un ordre moral inouï, un surmoi planétaire qui tue chaque jour un peu de notre vitalité. Nous ne sommes plus libres. D’où vient ce nouvel ordre ? De ceci que, désormais, nous pensons trop et que nous ne sentons plus assez. Tout passe par nos cerveaux, même les indignations. En apparence, les injonctions éthiques dont nous sommes gavés sur les réseaux sociaux (il faut aimer les animaux, il faut haïr les pollueurs, il faut soupçonner les religions, il faut être de bons managers, etc.) viennent du culte du ressenti qui s’est emparé, à cause de l’immédiateté permise par les nouvelles technologies, de l’esprit de l’humanité.


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Les jeunes et les vieux de tous les continents s’abattent par vols entiers, comme des étourneaux, sur des champs labourés par les bons sentiments. Tous portent sur le monde les mêmes jugements exprimés avec les mêmes mots et illustrés par les mêmes images. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas des émotions qui ont provoqué ce mimétisme planétaire. Ce que les réseaux sociaux ont permis à l’homme contemporain, c’est le contraire de l’émotion : c’est la routine mentale. La paresse, voilà le vainqueur ! Des millions d’anonymes se croient dans l’air du temps parce qu’ils ont acquis les moyens techniques de répéter en format numérique ce qu’ils viennent d’entendre ou de voir. Un discours de la redondance, une logique du « Je dirais même plus » des frères Dupondt, a évincé la réflexion. En morale comme en économie, la mauvaise monnaie chasse la bonne : le « like » remplace la pensée. Les bons sentiments entrée de gamme écrasent tout.

L’effet de la rupture avec la nature

Cette faillite mondiale de la liberté permise par l’Internet tient à deux causes plus profondes. D’abord, la fin de la civilisation agraire. Pendant des millénaires, l’homme a vécu avec la nature. Nous savions d’instinct qu’on ne peut pas accélérer la croissance d’un arbre ni vivre sans tuer. Nous avions les pieds dans la terre, et donc les pieds sur terre. Nous nous adaptions à l’imprévu. Nous nous savions à la fois maître de la création et dépendants des éléments, participants que nous étions à la condition animale. Nous mourions beaucoup. Les progrès de la technique nous ont privé de la dimension réaliste de notre identité. Nos facultés sensibles, spirituelles, viscérales ont cédé la place au tout-cérébral.


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L’homme, fait pour vivre avec ses cinq sens dans la nature, vit aujourd’hui entassé dans un monde urbain et virtuel. Quelle place reste-t-il pour la liberté de pensée dans un monde exclusivement rationnel ? Le discours sur la nature est devenu théorique, donc fou. Siegfried affirmait dans les années trente qu’avec moins de 50% de paysans, la France ne saurait plus qui elle est. Dans les années 1970, René Huygues prétendait qu’avec une société en marche vers moins de 12% d’agriculteurs, la France allait entrer dans une crise de civilisation. En 2019, nous serons à 3%. Courage !

La haine de l’autre tue la liberté

Ensuite, la liberté a été tuée par le communautarisme. Tout homme passe sa vie partagé entre deux aspirations contradictoires : le besoin d’aimer et la nécessité d’agresser son prochain. La communauté permet de satisfaire à la fois ces deux instincts, puisqu’elle nous donne l’occasion de nous aimer entre nous et la permission de haïr les autres groupes. Ne parlons pas des groupes religieux : les Gilets jaunes, par exemple, expliquent qu’ils ont réinventé dans les ronds-points de véritables familles cultivant à la fois la convivialité autour d’un barbecue et la détestation partagée du Président de la République.


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C’est ici qu’il faut revenir à saint Paul. Selon l’apôtre, il est possible d’aimer sans limite, car la haine des autres groupes tue notre liberté. C’est pourquoi, dit-il, dans le Christ, il n’y a plus ni homme, ni femme, ni esclave, ni homme libre, ni Juif, ni Grec : tous, nous sommes appelés à la liberté des enfants de Dieu. Souhaitons-nous pour 2019 un peu de vraie campagne et un peu de distance avec nos communautés. Nous en serons plus libres !

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