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Jean-Marc Sauvé, la profession de foi d’un grand commis de l’État

JEAN-MARC SAUVÉ
Lionel BONAVENTURE I AFP
Vice-président honoraire du Conseil d’Etat et président des Apprentis d’Auteuil, Jean-Marc Sauvé a été désigné pour présider la CIASE.
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Ancien vice-président du Conseil d’État, Jean-Marc Sauvé, qui a pris la présidence des Apprentis d’Auteuil en mai 2018, vient d’être nommé par les évêques de France à la tête d’une commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels dans l’Église. Il a consacré sa vie au service de l’État et n’a cessé de s’engager en faveur de l’intérêt général. « À chaque instant de ma vie professionnelle, je me suis efforcé de tracer entre les écueils le chemin le plus pertinent, le moins tordu, le moins injuste », confie-t-il à Aleteia.

Dans son bureau situé au siège de la Fondation des Apprentis d’Auteuil, dont il a pris la présidence cette année, Jean-Marc Sauvé s’exprime avec assurance et conviction. Âgé de 69 ans, il a consacré sa vie au service de l’État. Haut fonctionnaire, il a notamment été secrétaire général du gouvernement (de 1995 à 2006) et vice-président du Conseil d’État pendant douze ans. « Servir en faisant des choix de responsabilité entre des exigences contradictoires et en vivant des principes éthiques rigoureux », tient-il à préciser.

En mai 2018, il est devenu président des Apprentis d’Auteuil. « Clin Dieu », hasard ou coïncidence, lorsque le père Brottier (qui fut président de la Fondation de 1923 à 1936) a été béatifié en 1984, Jean-Marc Sauvé travaillait avec Robert Badinter, alors garde des Sceaux. Chargé de faire un discours à l’ambassade de France près le Saint-Siège sur le père Brottier, le ministre a mis Jean-Marc Sauvé à contribution pour la rédaction de ce dernier. « Ce sont des choses qui ne s’inventent pas », affirme dans un sourire Jean-Marc Sauvé. Il a accepté de revenir pour Aleteia sur son parcours, les moteurs de son engagement et les responsabilités qu’il assume aujourd’hui.

Aleteia : Fils et petit-fils d’agriculteurs, rien ne vous prédestinait à exercer des fonctions au plus haut niveau de l’État. Comment avez-vous choisi votre voie ?

Jean-Marc Sauvé : J’ai été parmi les tout premiers de ma famille à sortir de l’agriculture. Pourtant, loin de mes racines et de mes bases, je n’ai jamais hésité sur mon orientation professionnelle qui s’est située au carrefour d’une nécessité et d’un goût, d’une conviction. La nécessité d’abord : nous ne pouvions pas reprendre à quatre la ferme familiale, trois devaient trouver leur avenir ailleurs. J’ai compris très tôt que je ne serai pas l’agriculteur de la famille et que des forces invisibles me poussaient vers l’extérieur. Le goût ensuite : j’ai été très précocement, dès le collège, attiré par la vie publique. C’était l’époque de la guerre d’Algérie, et des premiers pas de la construction européenne… J’ai très tôt voulu connaître et comprendre le monde dans lequel je vivais pour agir sur lui et participer à sa construction. Cela a déterminé mes études : Sciences Po à Paris, une maîtrise de sciences économiques, puis l’École nationale d’administration. Un détail amusant : j’ai entendu parler pour la première fois du concours d’entrée à l’ENA en 3ème, quand mon père nous a rapporté un livre intitulé Les débouchés du bac. Cet ouvrage commençait par les carrières administratives… et par l’ENA ! Je n’y connaissais rien, mais c’est cela que j’ai voulu immédiatement faire.

 

Diplômé de Sciences Po, admis à l’ENA, vous avez interrompu pendant deux ans votre scolarité pour entrer au noviciat des jésuites à Lyon. Pourquoi avoir finalement choisi le service de l’État ? Ces deux années de noviciat ont été pour moi une expérience très positive. J’y ai rencontré des personnes remarquables qui m’ont aidé à comprendre qui j’étais et le projet que je portais. Chez les jésuites, j’ai eu l’occasion de vivre des expériences uniques que peu de personnes de mon milieu professionnel ont pu faire : s’occuper d’autistes pendant plusieurs mois, vivre avec une famille de gitans, être employé de libre service … Ces deux années ont également été une expérience spirituelle et de discernement. Elles m’ont permis d’éprouver ma propre vocation. Les exercices de saint Ignace constituent à cet égard un solide appui, j’y suis attaché encore aujourd’hui. Cette méthode s’éprouve, même dans les choix les plus profanes ! Dans certains articles qui m’ont été consacrés, on présente mon noviciat et ma double réussite au concours l’ENA comme quelque chose de glorieux, mais c’est une reconstitution a posteriori. Cela a aussi été pour moi une douloureuse expérience de l’échec. Il faut arriver à le dire avec modération et pudeur. Mon noviciat fut un temps important de maturation, un complément de formation par rapport à mes études secondaires et supérieures, qui m’a finalement confirmé dans ma véritable vocation professionnelle et m’a permis de mieux l’assumer. Je suis assez peu imaginatif et quand je tiens à quelque chose, je ne le lâche pas ! J’ai choisi le service de l’État pour, justement, servir.

Qu’entendez-vous par servir ?

Servir nos concitoyens, l’intérêt général et mon pays, la France. Servir en faisant des choix de responsabilité entre des exigences contradictoires et en vivant des principes éthiques rigoureux. Aussi précocement que je me suis intéressé à la vie publique, j’ai passionnément aimé la justice…y compris de manière très basique ! Dans ma classe ou dans mon dortoir, je m’interposais volontiers entre le professeur ou le pion et mes camarades. Ce que j’ai fait de mieux dans ma vie a d’ailleurs été de participer à l’abolition de la peine de mort aux côtés de Robert Badinter. J’ai toujours voulu vivre l’éthique de la responsabilité, par opposition à l’éthique de la conviction. C’est-à-dire assumer la tension et la contradiction entre des principes opposés, dont aucun ne peut être négligé, et tout faire pour les concilier dans la mesure du possible au service d’un but supérieur : le Bien commun. La vie pour moi ne se résume pas à des choix binaires entre un bien évident et un mal évident. Le réel est complexe et il faut savoir se colleter avec lui et accepter de vivre dans un certain inconfort : la bonne conscience, ce n’est pas ma marque de fabrique. À chaque instant de ma vie professionnelle, je me suis par conséquent efforcé de tracer entre les écueils le chemin le plus pertinent, le moins tordu, le moins injuste. Y suis-je parvenu ? Là est la question.

Vous avez été secrétaire général du gouvernement (SGG) pendant onze ans, sous l’autorité de quatre premiers ministres. Qu’a représenté ce poste pour vous ?

Pour utiliser une image dont je ne suis pas l’auteur, secrétaire général du gouvernement est une fonction intermédiaire entre celle de super- Premier ministre, pour lui éviter des erreurs, et celle de chef jardinier ou d’intendant de Matignon. En fait, le SGG est un fonctionnaire qui aide le gouvernement à mettre en œuvre ses choix politiques sur le plan juridique et administratif. Il est à la jonction entre l’expression de la volonté du peuple français qu’exprime l’élection du Président de la République ou la confiance donnée au Premier ministre par le Parlement et le travail de l’administration qui contribue à mettre en œuvre le projet politique de nos dirigeants. Il aide les administrations à travailler ensemble, il contrôle le travail des ministères et il contribue à éclairer les arbitrages ministériels, chacun ayant sa propre vision de l’intérêt général. Le secrétariat général du gouvernement, c’est en quelque sorte la salle des machines du paquebot ! Il n’est pas le capitaine, mais sans lui le bateau ne pourrait avancer.

APPRENTIS D'AUTEUIL
Jean-Pierre POUTEAU I Apprentis d'Auteuil 2011
12 mai 2011, travaux pratiques de menuiserie au lycée professionnel Victorine Magne d'Apprentis d'Auteuil à Lisieux (14), France.

Pourquoi n’avoir jamais tenté l’engagement politique ?

J’ai toujours préféré travailler continûment sur le fond des sujets, sur les enjeux de la vie publique plutôt que sur les jeux politiques. Je suis aussi farouchement attaché à mon indépendance d’esprit et j’aurais beaucoup souffert de devoir approuver ou combattre l’ensemble des choix d’une majorité à laquelle j’aurais appartenu ou non. L’engagement politique est estimable mais il faut, pour le vivre, être fait d’un autre bois que celui dont je suis fait. Et puis la politique valorise certains talents, mais elle en stérilise tellement d’autres.

Vous avez pris cette année la présidence des Apprentis d’Auteuil. Pourquoi ?

Cette décision s’inscrit dans un choix délibéré de vie consistant à me consacrer à des causes d’intérêt général. Je préside également la Cité internationale universitaire ainsi que les comités d’éthique des Jeux olympiques de Paris2024. Qu’y a-t-il de commun entre tous ces choix ? La volonté de me consacrer à la formation et à l’éducation de la jeunesse. Les jeunes sont le levain et l’avenir de notre société et une société se juge à la place qu’elle fait ou qu’elle ne fait pas à ses jeunes. La fondation Apprentis d’Auteuil est une œuvre qui est au service des jeunes les plus en difficulté, qui ne se repose jamais sur ses acquis, qui se remet toujours en question et qui innove avec une conception très claire de ses fondamentaux: faire que les jeunes qui lui sont confiés deviennent des hommes et des femmes debout. Elle met en œuvre un projet éducatif original et exigeant qui vise le développement de la personne humaine dans toutes ses dimensions et qui place la relation au cœur de son projet : c’est le « penser et agir ensemble ». Au service des jeunes, Apprentis d’Auteuil mène son action dans une référence explicite à la foi chrétienne et à l’Évangile. Cette fondation exprime très concrètement la modernité, la force et la pertinence de l’anthropologie chrétienne dans le domaine de l’éducation. 

 

Reconnue d’utilité publique tout en étant une œuvre d’Église, la fondation des Apprentis d’Auteuil à en quelque sorte deux facettes. Vous y reconnaissez-vous ?
Parfaitement. Apprentis d’Auteuil est une œuvre ouverte à tous les jeunes et à toutes les familles sans aucune discrimination et dans le respect de toutes les croyances, mais avec un adossement explicite à la foi chrétienne. Elle est tout cela « en même temps ». Mon engagement dans cette fondation est en pleine continuité et cohérence avec mon parcours qui est le service de l’intérêt général, dans la société dans laquelle je suis. Au lieu de représenter l’État et d’agir en son nom, j’agis désormais avec la conscience et la solide conviction de ma responsabilité de membre du corps social. Notre société doit se mobiliser au service du Bien commun.

Vous venez d’être désigné par l’épiscopat français comme président de la commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église catholique. Comment envisagez-vous votre mission ?
L’Église s’est engagée dans une démarche de transparence et de vérité et j’ai par conséquent  estimé qu’il était de mon devoir de répondre positivement à sa sollicitation. La commission indépendante doit établir les faits qui se sont produits, analyser les raisons pour lesquelles des abus n’ont pas été traités et sanctionnés, évaluer les mesures prises par l’Église depuis le début des années 2000 et faire toute recommandation utile à la lumière de ce qui s’est passé. Au fond, il s’agit, avec les victimes et l’Église, de contribuer à une démarche de vérité, de reconstruction et de réconciliation.

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