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Centenaire : l’appel de l’Église à la conscience des nations

ARC DE TRIOMPHE
By I.Dr | Shutterstock
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Dans l’horreur du premier conflit de masse mondial, l’Église tenta par tous les moyens d’enrayer l’irréparable, appelant sans cesse à l’humble raison d’une paix négociée, au nom de la « force morale du droit ». Un appel à la conscience qui doit résonner encore aujourd’hui dans toutes les consciences pour signifier les vrais enjeux de notre temps.

En ce 11 novembre 2018, nous avons commémoré le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Avec ses alliés, notre pays a gagné cette guerre en 1918. Mais quel fut le prix de cette victoire ? Et quelles furent ses conséquences ? Lorsqu’en août 1914, la guerre éclate entre la France et l’Allemagne, le maréchal Lyautey s’exclame avec force : « Quel suicide ! » Nous le savons, tant de morts, tant de drames, tant de destructions, tant de souffrances indicibles des peuples et des personnes.

6.500 morts par jour

Quelques chiffres nous parlent : en France, 8 millions de combattants mobilisés, près de 1,4 million de tués, et notamment 36% de la classe d’âge de 19 à 22 ans ! Plus de 4 millions de blessés, dont plus d’1 million d’invalides ! Et encore, les pertes subies par la France et l’Allemagne ne représentent qu’un tiers des 10 millions de morts de ces 52 mois d’affrontement, soit 6.500 morts par jour, 200.000 morts par mois…

45.000 prêtres, religieux et religieuses furent mobilisés : 23.500 prêtres diocésains, 9.500 prêtres religieux, 12.500 religieuses. Parmi eux 5.000 furent tués dont 3.000 prêtres séculiers et 1.500 prêtres religieux. Nous pensons à chacun d’entre eux. Nous méditons sur l’engagement de chacun d’entre eux. Nous prions pour chacun d’entre eux, comme pour toutes les victimes, civiles ou militaires, des deux côtés du front.

Auprès des combattants, les « soldats de Dieu »

La guerre accompagne, hélas, l’humanité depuis toujours. Mais 1914-1918 fut la première guerre mondiale, c’est-à-dire, au sens premier du terme, ce fut la première fois que l’humanité se mis ainsi en guerre de façon mondiale. Ce fut une tuerie de masse, un déluge de fer et de feu, un enfer de boue et de sang. Sur le terrain, au plus près des hommes, se trouvaient des « soldats de Dieu », des aumôniers militaires admirables. Ils témoignaient de leur foi, de cette certitude que Dieu aime tous les hommes. Il s’est agi, au-delà du drame des combats, de refuser toute haine et toute bestialité. Il s’est agi de reconnaître que français ou allemands, ennemis ou alliés, tous étaient enfants de Dieu, avec leur famille, leur histoire, leur dignité. Ce fut un combat spirituel de chaque jour que de reconnaître, au cœur des tranchées et de leurs atrocités, la pleine humanité de celui qui me fait face.

Ces aumôniers ont été des donneurs de sens, des experts en humanité, et ils ont incarné le Christ. Ils ont été dans une présence admirable de gratuité, de rencontre, d’accompagnement… Pour eux, jour après jour, au cœur de ce drame, il fallut éclairer les hommes, humaniser la guerre, ouvrir le ciel, et donner Dieu à leurs frères.

Une voix prophétique

Le message porté par l’Église à la suite du Christ est celui de la paix dans toute sa splendeur et sa profondeur. Cette paix est sans cesse à construire en notre monde. Cette paix ne doit pas être une petite paix étriquée ou une paix au rabais qui ne serait qu’une absence de guerre. Il ne s’agit pas de la victoire des forts sur les faibles. Il ne s’agit pas de la continuation de la guerre par d’autres moyens. Il ne s’agit pas, non plus, de la paix silencieuse des cimetières. Il ne s’agit pas davantage de la paix ignorant ou écrasant le frère. La paix que nous inspire l’Évangile, c’est la paix du Christ, fruit de la justice et de la charité. Il s’agit de cette paix qui vient du cœur pour rejoindre le cœur du frère.

À Rome, l’attitude du pape Benoît XV fut ici exemplaire. Son activité diplomatique a été prophétique. Son regard, direct et lucide, n’a cessé d’appeler à la paix, en une dimension trop oubliée d’un pontificat exceptionnel.

Chacun des belligérants a tenté d’annexer Dieu a ses propres intérêts. La tentation permanente des nations et des hommes est bien celle de la puissance, de l’orgueil et de la domination. Et le comble de cette tentation est bien de vouloir mettre Dieu au service de ma puissance. On en arrive alors à défigurer Dieu de la manière la plus tragique. La « fille aînée de l’Église » qu’est la France — alors dirigée par des gouvernements nettement anticléricaux — s’est vue comme porteuse du « bien » combattant le « mal » symbolisé par le Kaiser. Nullement, on ne se gêna pour présenter l’Empereur comme la bête immonde de l’Apocalypse. Quant à l’Empire germanique, il n’a pas été en reste puisque, sur les ceinturons et les casques de ses soldats, était gravée cette devise explicite : Gott mit uns, qui se traduit par « Dieu (est) avec nous ».

La « force morale du droit »

Le pape Benoît XV, avec un courage qui le fit conspué par beaucoup en Allemagne comme en France, n’a cessé d’appeler à la paix, refusant de prendre parti et réprouvant avec force toutes les violations du droit. « Père du monde catholique, [le pape] a de chaque côté de très nombreux fils et c’est du salut d’eux tous qu’il soit se préoccuper. Il ne doit pas considérer les motifs particuliers qui les divisent mais le bien commun de la foi qui les unit » déclare-t-il le 22 janvier 1915.

Le 1er août 1917, le Pape propose une nouvelle exhortation à la paix : « Le point fondamental doit être qu’à la force matérielle des armes soit substituée la force morale du droit. [Il faut] l’institution de l’arbitrage, avec sa haute fonction pacificatrice. […] Quant aux dommages à réparer et aux frais de guerre, Nous ne voyons d’autre moyen de résoudre la question qu’en posant, comme principe général, une remise entière et réciproque… avec la restitution réciproque des territoires actuellement occupés. »

Il n’y a pas de paix sans justice. Il n’y a pas de justice sans paix. Il n’y a pas de paix et de justice sans pardon. Le pardon ne s’oppose en rien à la justice, le pardon s’oppose à la rancune et à la vengeance. Or 1914 fut à bien des égards la revanche de 1870. Et 1939 fut par bien des aspects une revanche de 1918. D’une certaine façon, si en 1918 la France et ses alliés ont gagné la guerre, ils ont perdu la paix, et l’humiliant traité de Versailles portait dans ses plis la rébellion d’un peuple allemand mis à terre. Tout ceci, le pape Benoît XV l’avait anticipé, et avait supplié, en vain, les adversaires de revenir à l’humble raison d’une paix négociée. Si on avait écouté Benoit XV, on aurait évité des millions de morts en 1917/1918, et on aurait probablement évité la tragique « revanche » de 1939/1940, et cette « guerre de trente ans » (1914/1945) qui aura ruiné l’Europe de la façon la plus tragique.

Appel à la conscience des nations

Avec le Christ, nous pouvons proclamer notre certitude que le mal qui conduit à la mort n’a pas le dernier mot. Certes, la tentation permanente des nations et des hommes est bien celle de la puissance, de l’orgueil et de la domination. Cette tentation de vouloir s’emparer du monde, de le dominer comme s’il m’appartenait en propre, demeure tapie au cœur de l’homme… Il nous faut réaliser combien sur ce registre l’adversaire n’est pas en face de nous ni en dehors de nous mais en nous, ce qui nous appelle à la conversion la plus radicale.

Puisse cette commémoration bien marquer ce qu’ont voulu et espéré les artisans de ces libérations, qui nous ont donné de retrouver l’honneur avec la liberté. Puisse le souvenir de tous ceux qui ont donné leur vie héroïquement dans les tranchées et l’anonymat des combats, dans la fidélité au devoir accompli envers et contre tout, puisse le souvenir de toutes les victimes, des héros connus ou inconnus, puisse ce souvenir résonner comme un appel à la conscience des nations et de tout homme pour signifier les vrais enjeux de notre temps.

En ce centenaire de la fin de la Grande Guerre, que s’élève de nos cœurs une prière plus intense pour que la famille humaine puisse trouver la paix véritable et durable, cette paix qui peut naître seulement de la rencontre entre la justice et la miséricorde.

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