Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Samedi 27 février |
Sant Grégoire de Narek
home iconCulture
line break icon

Jean-Marc Paguet, un verrier au service des églises de la Reconstruction

DOUAUMONT

JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN I AFP

Ossuaire de Douaumont.

Caroline Becker - Publié le 08/11/18

Depuis 15 ans, Jean-Marc Paguet, artiste verrier, restaure et crée les vitraux des plus belles églises de l’est de la France. Une passion renforcée chaque jour par une foi qui l’anime et le pousse à tendre toujours plus vers le beau.

« J’ai été attiré par l’idée de peindre la lumière », commence Jean-Marc Paguet en évoquant son parcours. Peintre-sculpteur à Paris pendant de nombreuses années, il découvre peu à peu l’art du vitrail et décide de s’y former. Cet artiste verrier, installé aujourd’hui à Saint-Morel, dans les Ardennes, suit durant deux ans ans une initiation auprès d’un maître-verrier puis monte son propre atelier. « Jouer avec la transparence et la lumière m’a tout de suite attiré. La magie était plus importante avec le verre qu’avec la peinture. J’ai donc laissé tomber la toile », nous confie-t-il sans regret.

Un spécialiste des églises de la Reconstruction

Rapidement, les commandes affluent et Jean-Marc Paguet participe à la restauration des plus belles églises des Ardennes. « Dans le département, il y a beaucoup d’églises du XIXe et surtout du début du XXe siècle en raison des lourdes destructions engendrées par la Première Guerre mondiale. Les vitraux sont de grandes qualités et ont été réalisés par les plus grands verriers de l’époque ». Parmi ses restaurations les plus marquantes, l’église du Seuil, construite en 1926, qui abritait un très beau vitrail de René Crevel commémorant la Grande Guerre. Détruit sous les bombardements de 1940, ce vitrail a été entièrement reconstruit à l’identique par Jean-Marc Paguet en 2012. « De cette grande verrière, il ne restait plus qu’une photo noire et blanc », confie-t-il.

© J.M Paguet
Jean-Marc Paguet dans son atelier.

Les églises de la Reconstruction, il les connaît bien. Alors qu’il évoque ses restaurations passées, il confie sortir tout juste d’un rendez-vous de chantier à Ville-sur-Tourbe dans la Marne. Théâtre de durs combats en septembre 1914, la ville a été entièrement ravagée. L’église, construite en 1862 et dédiée à Saint-Rémi, a été également entièrement détruite lors des bombardements. Reconstruite en 1924, les vitraux, réalisés par un grand atelier de l’époque, ont depuis souffert de la grêle. « Nous sommes actuellement en train de descendre toutes les grandes verrières pour les restaurer. Elles représentant les grandes scènes de la vie du Christ », précise-t-il.

© J.M Paguet
La descente de croix, église du Seuil.

Parmi ses autres chantiers d’importances liés à la Grande Guerre, l’incontournable ossuaire de Douaumont (Meuse). C’est lui qui, en 2013, a restauré les 5.184 carreaux de verre ainsi que les vitraux qui donnent à l’ossuaire cette lumière si particulière. À première vue monochrome, les petits carreaux sont en fait le résultat d’un assemblage subtile entre deux plaques de verres de couleurs différentes : une plaque jaune sélénium et un plaque imprimé jaune pâle. Alors que la lumière disparaît, la couleur passe du jaune au rouge sang. Une couleur hautement symbolique dans ce lieu dédié à la mémoire des soldats de la bataille de Verdun, morts en 1916. Le verrier qui a conçu cette technique est inconnu. Un beau signe d’humilité selon Jean-Marc Paguet.

« C’est un métier qui permet de rester humble »

C’est d’ailleurs le mot qui lui vient naturellement à l’esprit lorsqu’on lui demande quel regard il porte sur son métier. « C’est un métier de compagnons, qui nous permet de travailler sur nous-même, de rester humble. Je travaille beaucoup pour des édifices religieux. Quand on travaille sur ces lieux chargés d’histoire, il y a une démarche spirituelle évidente ». Nourri par sa foi, il porte un profond respect pour le travail des anciens et désire inscrire ses créations dans une logique sacrée.




Lire aussi :
Le vitrail photographique, cet art oublié du XIXe siècle

Plus attiré par le figuratif que l’abstrait, il le justifie par une volonté de transmettre un message clair. « J’aime anoblir le verre par le figuratif. Il ne faut pas oublier que les vitraux étaient à l’origine la bible des pauvres. Les fidèles pouvaient voir de leurs yeux les personnages évoqués lors des célébrations liturgiques. Je suis attaché à cette mission de transmission, au respect des symboles, des codes que les verriers du Moyen Âge connaissaient et que je tente de respecter dans chacune de mes créations ».

J. M Paguet

Des convictions qui lui viennent de son éducation comme il aime à le souligner : « J’ai eu la chance, dès le plus jeune âge, de prendre conscience qu’il existe quelque chose au dessus de notre tête », confie-t-il avec pudeur. Cette humilité, il aimerait la rencontrer davantage chez ses confrères. « Les verriers, quand ils se rencontrent, ils ne se voient pas comme des “frères” mais comme des concurrents. Le spirituel n’est pas toujours présent ». Désireux de transmettre sa passion aux générations futures, il espère que ses enfants prendront la suite. « Mes deux fils se sont lancés, eux aussi, dans des études artistiques. J’espère qu’ils reprendront le flambeau mais je ne les force pas. La porte leur est seulement ouverte ».


art déco, eglise, saint brieuc

Lire aussi :
En images : les plus belles églises Art déco

Tags:
Artsgrande guerrePatrimoinevitrail
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
1
Philip Kosloski
La prière à l’Esprit saint que Jean Paul II récitait tous l...
2
ANMOL RODRIGUEZ
Ewa Rejman
Défigurée à l’acide, mannequin, Anmol livre une fabuleuse l...
3
Les moines bénédictins
Père Christian Venard
Une nouvelle abbaye bénédictine en France !
4
Cerith Gardiner
En cas de besoin, la très efficace prière de 5 secondes de mère T...
5
ANGELS
Marzena Devoud
Comment les anges communiquent-ils entre eux ?
6
BABY BOY
Mathilde de Robien
Ces prénoms de garçons qui portent en eux le sceau de Dieu
7
Guilhem Lignon
Timothée Dhellemmes
Vidéo : abandonné par Dieu ? La leçon de foi édifiante de Guilhem
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement