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Le spectre du suicide « virtuel » au Japon

© Shutterstock
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Avec 21.321 cas recensés en 2017, le suicide est la principale cause de décès chez les jeunes Japonais.

Au Japon, le mot « Hikikomori » désigne les adolescents ou les jeunes adultes qui choisissent de rester enfermés dans leur chambre. Une rupture avec le monde extérieur, y compris avec la famille, qui peut durer pendant des années. Ce phénomène d’auto-exclusion, particulièrement choquant, est entré dans la société japonaise au début des années 1990. La pression et les exigences sont telles pour ces ados au Japon qu’il finissent par basculer dans une réalité qui leur devient insupportable, expliquait en décembre 2017 un psychologue italien dans La Repubblica.

Ce sentiment de ne plus se supporter pousse alors beaucoup de jeunes Japonais à se tourner vers Internet. Il leur faut trouver « quelqu’un qui les écoute » ou « un exutoire à leurs frustrations quotidiennes ». Quelqu’un à qui confier « leurs problèmes personnels, leur ennui », soulignait Cristian Martini Grimaldi dans L’Osservatore Romano du 26 juillet dernier. Car il faut savoir qu’au Japon il n’existe pas, comme en occident, « une véritable culture du conseil psychologique ». La société japonaise raisonne plutôt en « culture de la honte ». Ce qui rend très sensible la plupart au regard et au jugement des autres.

Même si les messages postés par ces ados sur les médias sociaux révèlent leur désespoir , voire leur désir « d’en finir », cela ne signifie pas pour autant qu’ils envisagent vraiment le suicide. « Il y a une belle différence entre écrire anonymement son envie de mourir et passer vraiment à l’acte », souligne le psychologue italien dans le quotidien du Saint-Siège. On parle alors de « suicide virtuel ».

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Ces jeunes peuvent également rencontrer des personnes malveillantes sur internet, poursuit Cristian Martini Grimaldi. Le massacre de Zama, ville au sud de Tokyo, fin août, en est l’épouvantable manifestation. Un homme de 27 ans, Takahiro Shiraishi, qui s’offrait comme aide au suicide sur le net, a tué et découpé neuf jeunes gens. Le tueur avait choisi ses victimes parmi des personnes qui avaient exprimé leur intention de se suicider sur les médias sociaux. « Je cherche quelqu’un pour mourir avec moi », avait écrit l’une des victimes, une jeune fille de 23 ans.

Un sujet très sensible au Japon

Le suicide est très présent au pays du Soleil Levant : parmi les pays membres du G7, le Japon enregistre le taux de suicide le plus élevé. Selon les estimations de la National Police Agency, 21.321 personnes se sont suicidées en 2017. C’est 576 de moins par rapport à l’année précédente et bien moins que les huit précédentes, relève le site Nippon.com. Ce sont principalement des hommes (14.826) chez qui le taux de suicide est 2,3 fois plus élevé que celui des femmes. Cependant, le suicide est en hausse chez les enfants. 567 mineurs en 2017, 47 de plus qu’en 2016, indique le site Inquirer Net. Il est la principale cause de décès chez les jeunes Japonais (adultes) depuis 2014.

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Avec 16,8 suicides pour 100.000 habitants – une baisse de 0,6% par rapport à 2016 – le taux de suicides au Japon dépasse celui de la France (15,1 en 2013), des États-Unis (13,4 en 2014), de l’Allemagne (12,6 à nouveau en 2014), du Canada (11,3 en 2012), de la Grande-Bretagne (7,5 en 2013), et de l’Italie (7,2 en 2012).

Stress au travail et heures supplémentaires

Il y a une catégorie à part, au Japon. Celle des décès et des suicides causés par le surmenage. Un phénomène social qui lui vaut un nom spécial karōshi, signifiant précisément « mort par surmenage ». Selon des estimations du ministère du Travail, diffusées le 6 Juillet dernier, et relative à l’année fiscale 2017 [1] 190 décès par karoshi ont été documentés, soit un seul cas de moins que l’année fiscale précédente. Cela signifie, relève Koichi Murakami sur le site du quotidien Asahi Shimbun, que les mesures prises en 2015 par le gouvernement « n’ont eu pratiquement aucun effet ».

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Le ministère parle de 92 décès dûs à des « maladies cérébrales et cardiovasculaires », dont l’infarctus du myocarde, soit 15 de moins qu’en 2016. Au stress professionnel, et en particulier à l' »angoisse mentale » liée aux heures supplémentaires, ont attribués 98 suicides et tentatives de suicide. Ce sont 14 cas de plus qu’au cours de l’année fiscale précédente et le nombre le plus élevé après les 99 cas enregistrés en 2014.

Matsuri Takahashi

Le suicide d’une jeune employée de l’agence publicitaire Dentsu, Matsuri Takahashi, 24 ans, avait fait beaucoup de bruit au Japon. Épuisée par les heures supplémentaires et le manque de sommeil, la jeune femme s’est suicidée le 25 décembre 2015, c’est-à-dire le jour de Noël. L’ancienne étudiante de la prestigieuse université de Tokyo ne dormait parfois que deux heures par nuit et devait faire plus de 100 heures supplémentaires par mois. « La mort serait peut-être la solution la plus heureuse », avait-elle écrit dans les médias sociaux. Mais le plus choquant est probablement le fait que la célèbre entreprise où la jeune femme travaillait n’a été condamnée, après les faits, qu’à une amende de 500.000 yens, soit moins de… 4 000 euros.

Dans 90% des cas de décès dus à une surcharge de travail – rappelle l’Asahi – les employés avaient effectué 80 heures ou plus d’heures supplémentaires par mois, et dans la moitié des cas, jusqu’à 100 heures de plus.

Le piège des nouvelles technologies

Ceux qui n’y arrivent plus, comme dans le cas de Takahashi, ont donc tendance à compter sur les nouvelles technologies pour exprimer leur angoisse. Mais comme le démontre une étude menée par Jean Twenge, professeur de psychologie à la San Diego State University en Californie, et citée dans l’article initial de l’Osservatore Romano, se scotcher à l’écran d’un ordinateur, tablette ou smartphone n’est pas vraiment la meilleure idée.

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Selon des recherches fondées sur des données très vastes et représentatives à l’échelle nationale, parmi lesquelles les statistiques sur le suicide de l’agence fédérale pour le contrôle et la prévention des maladies, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le taux de suicide chez les 13-18 ans a augmenté de 65% entre 2010 et 2015, et de 12% le nombre d’adolescents atteints de suicide-related outcomes, comme le sentiment de désespoir, les idées suicidaires ou les tentatives de suicide. Au cours de la même période, le nombre d’adolescentes présentant des symptômes de grave dépression a augmenté de 58%.

La seule explication donnée à cette aggravation de la situation, c’est qu’entre 2010-2015, les ados ont commencé à passer de plus en plus de temps devant leurs écrans et à ignorer d’autres activités plus traditionnelles. L’étude montre que 48% des adolescents connectés au moins cinq heures par jour ont connu un événement suicidaire, contre 28% de leurs camarades passant moins d’une heure par jour sur leurs appareils. Les symptômes de dépression étaient également plus fréquents chez les adolescents qui passaient beaucoup de temps sur leurs téléphones portables ou Tablets. « Même si nous ne pouvons pas dire avec certitude que l’utilisation croissante des téléphones portables soit la cause de l’augmentation des problèmes de santé mentale, c’est de loin le plus gros changement survenu dans la vie des adolescents entre 2010 et 2015 », affirme Jean Twenge.

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1] L’année fiscale japonaise commence le 1er avril et se termine le 31 mars de l’année suivante.

 

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