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L’actualité est-elle un divertissement ?

CHRISTOPHE CASTANER
ERIC CABANIS / AFP
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À propos d’un nouveau ministre : s’intéresser à l’actualité n’est pas perdre son temps ; la foi la met en perspective mais n’autorise pas à l’ignorer.

Qu’importe si le nouveau ministre de l’Intérieur, qui est aussi ministre des « cultes », a déclaré au printemps dernier (donc avant de recevoir cette haute fonction) qu’il n’y a pas si longtemps, « toutes les femmes catholiques portaient un voile » ? Bon, au-delà de l’inexactitude, de l’ignorance et de l’incompétence ainsi affichées (il y a belle lurette que nos grands-mères vont tête nue même à l’église), l’intention semble avoir été de dédramatiser le port du voile islamique, et ainsi — soyons bienveillants — de défendre une certaine liberté d’expression religieuse. Alors vaut-il la peine de relever et de s’inquiéter ?

D’ailleurs, quel que soit les antécédents de ce ministre-là et aussi des autres, le dernier remaniement du gouvernement mérite-t-il qu’on en disserte ? Ne peut-on de surcroît se poser la même question devant la quasi-totalité des excitations passagères et perpétuellement renouvelées qui font l’actualité ? Qu’est-ce que toute cette agitation au regard de l’histoire et de l’avenir — non seulement celui des générations plus jeunes, mais encore le nôtre et jusque par-delà notre parcours ici-bas ?

Entre sainte Thérèse d’Avila et Blaise Pascal

La tentation est ici de de considérer tout cela avec un détachement qui frise la condescendance, en jugeant vaines les effervescences médiatiques et autres ébullitions sur les réseaux sociaux. Les infos ne sont-elles pas conçues comme un show à la télé ? Les journaux ne s’attachent-ils pas à jouer sur tous les appétits pour se vendre ? Tout cela ne détourne-t-il pas de l’essentiel ? Pour nos ancêtres, cet essentiel était de « faire son salut » et il valait mieux ne pas s’en laisser distraire en faisant siennes des passions « mondaines ». C’est ce que Blaise Pascal appelait le « divertissement ».

Or, quand sainte Thérèse d’Avila affirmait que « Dieu seul suffit » (Dio solo basta), elle n’entendait pas prêcher l’indifférence aux choses et aux gens, ni aux « affaires », ni à transformer Dieu en unique obsession. Elle savait bien qu’il est impossible de s’isoler dans un tête-à-tête à huis clos avec lui. Et la raison en est simple : c’est qu’il s’intéresse aussi (et pas moins qu’à nous) aux autres — ceux qui le cherchent comme ceux qui se méprennent sur lui et ceux qui ne le connaissent même pas. Si donc on se veut seul avec Dieu, on se retrouve tout seul — sans lui et avec seulement une idole à sa pauvre mesure.

Tsunamis ou clapotis ?

Il faut aller plus loin encore. Dieu ne nous empêche pas seulement de nous planquer dans une bulle qui ne pourrait le contenir. Car il nous rend de surcroît plus sensibles que nous n’aurions les moyens de l’être aux bouillonnements qui nous assiègent, avec leurs lots de vantardises et de souffrances, d’aspirations et de frustrations, de mensonges et de sincérités, de polémiques et de sottises. Non qu’il nous engage à nous laisser balloter dans ces tourbillons. Mais il nous invite à ne pas nous boucher les yeux et les oreilles et à ne pas nous taire ni rester les mains jointes si nous pouvons dire ou faire quelque chose qui serve au bien qu’il veut.

C’est pourquoi l’actualité peut n’être pas un divertissement. Le risque est d’être submergé, de ne plus rien voir en dehors des gros titres du jour surabondamment commentés et des images qui fascinent. Ce dont on parle tant et peut-être trop avant de passer à autre chose n’est le plus souvent qu’un infime clapotis dans l’écoulement du temps et de l’histoire humaine. Mais la charité interdit aussi bien de se laisser rouler dans ces vaguelettes en les prenant pour des tsunamis que de s’imaginer qu’on peut la pratiquer sans se mouiller. On pourrait dire, en osant compléter sainte Thérèse d’Avila, que « Dieu seul suffit pour s’ouvrir ». Autrement, on ne s’intéresse qu’à ce que l’on connaît déjà ou qu’à ce qui procure des émotions fortes.

Engagement et détachement

Il ne s’agit pas de trouver un équilibre ou un juste milieu entre l’inquiétude ou l’indignation et la sérénité distante et imperturbable. Il faut en même temps d’un côté réagir et s’engager en pensée, en paroles et en actes, et de l’autre ne pas perdre de vue l’horizon où tout s’inscrit, depuis la Création jusqu’à la fin des temps. Dans cette perspective, aucun événement n’est négligeable et même un ministre qui passera et qu’on oubliera sans doute a sa place.

Après tout, qu’est-ce qu’un ministre ? Le latin s’est amusé à former le mot minister par opposition symétrique à magister, qui (comme chacun sait) signifie « maître » (mais enseignant plutôt que seigneur) : il suffisait, en gardant la terminaison ter, de substituer minus (qui veut dire « moins ») à magis (« plus ») pour désigner un exécutant, un domestique, pas forcément très savant ni malin mais utile, voire indispensable. Autrement dit, c’est quelqu’un d’à la fois secondaire et nécessaire — une espèce de contremaître (« contre » ayant ici, d’après Littré, le sens non pas d’« opposé » ou « hostile », mais d’« à côté, inférieur »).

Ministère et magistère

On peut qualifier de ministre n’importe quel serviteur de la collectivité (du lampiste au grand patron), mais aussi le président de la République et n’importe quelle personnalité qu’on ne rencontrera jamais et qui fait parler d’elle. Prendre alors la parole après avoir écouté est un droit dont on aurait tort de se priver, et pas une distraction, en se souvenant que la presse et les médias ont eux aussi à exercer un ministère et non pas un magistère.

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