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René Rémond : itinéraire d’un chrétien engagé

RENÉ REMOND
Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC
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L’historien René Rémond, dont on célèbre le centenaire de la naissance, fut un universitaire souvent à contrecourant et un chrétien engagé. Marqué par le "christianisme d’ouverture" des années 1960, il devint très critique à la fin de sa vie sur les effets de la sécularisation.

La biographie que Charles Mercier consacre à René Rémond (1908-2007), à l’occasion du centenaire de sa naissance, retrace le parcours d’un historien qui aura traversé un demi-siècle de vie intellectuelle en France. Certains se souviennent de son visage sur le petit écran, lorsqu’il commentait les résultats les soirs d’élections. Beaucoup ignorent qu’il fut un chrétien engagé, qui fit ses premières armes au sein de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), dès l’âge de 14 ans. Ce livre trace le portrait d’un catholique que les grands acteurs politiques n’hésitaient pas à venir consulter, et dont ils sollicitaient parfois les avis.

Un universitaire

Cependant, René Rémond n’était pas un militant comme nous l’entendons parfois de nos jours. Il était avant tout un universitaire, passionné par la recherche de la vérité, même s’il désirait éclairer le présent par le passé. C’est notamment à lui que l’on doit la célèbre répartition de la droite française entre orléanisme, légitimisme et bonapartisme — catégorisation remise en cause depuis.

Avant de crouler sous les responsabilités, après sa nomination à la présidence de l’Université de Nanterre en 1971, il avait connu les soubresauts de la révolte étudiante durant les premiers jours de mai 68. Des engagements pris antérieurement lui permirent dans un premier temps de prendre du recul avec les « événements ». Durant la seconde partie de ce mois décisif, il devint l’artisan d’un dialogue exigeant avec les acteurs du mouvement du département « Histoire » de l’université. Le livre de Charles Mercier nous replonge dans cette ambiance électrique, en relatant les péripéties qui obligeront le responsable universitaire, dont les références n’étaient pas tout à fait les mêmes que celles des insurgés, à prendre des décisions surprenantes.

Le présent éclairé par le passé

Mais ce livre n’est pas un cabinet aux archives. Ausculté avec le regard rétrospectif du biographe, l’itinéraire, à la fois intellectuel et personnel, de René Rémond démontre que la recherche historique finit toujours par entrer en collision avec le présent. C’était d’autant plus inévitable pour notre historien qu’il avait privilégié, de façon prémonitoire, l’approche de la pensée politique en histoire, au détriment de l’obsession économique que cultivait l’école des Annales. Charles Mercier souligne que les choix opérés par René Rémond, au début de sa carrière, l’avait placé à contre courant des tendances dominantes de l’historiographie de l’après-guerre, qui privilégiait alors l’économique et le social, tandis que lui travaillait davantage sur l’histoire politique et religieuse.

Durant la dernière partie de son existence, les nouveaux historiens (comme François Furet et Claude Lefort) rendront justice à ses options. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette biographie que de suivre l’évolution des courants de pensées d’après-guerre qui finiront par lui reconnaître le statut de grand historien, que le matérialisme et le marxisme lui avaient dénié pendant des décennies. René Rémond aura montré la voie à une kyrielle de penseurs qui redécouvriront la centralité et l’autonomie du politique, l’importance des idées, ainsi que celle de la contingence des événement, dédaignés par les historiens de l’après-guerre.

Lucidité à propos d’un antichristianisme renaissant

Enfin, et cela suscitera l’intérêt des croyants d’aujourd’hui, la biographie de l’historien parvenu à la reconnaissance de ses pairs, mais aussi médiatique, fait ressortir l’effacement progressif, après Mai 68, des intellectuels catholiques, dont il restera, dans les dernières années de son existence, comme le seul représentant de sa génération.

À ce niveau, son histoire personnelle est doublement instructive. D’une part, elle met en lumière l’inexorable montée en puissance, au sein de la société française, de la sécularisation, qui marginalise toujours plus les questionnements chrétiens, comme les écrivains et penseurs qui les portent ; d’autre part, cet universitaire médiatique aura un dernier sursaut de lucidité en reconnaissant, au soir de sa vie, l’existence d’un antichristianisme dont témoignera son livre Le Christianisme en accusation, paru en 2000 (DDB), et dont le succès surprendra l’auteur lui-même.

Un parcours exemplaire

Son parcours riche et varié, ainsi que sa déontologie exigeante et son sens de la nuance, font de René Rémond un témoin majeur de son temps. Par ailleurs, son « christianisme d’ouverture », loin de tout irénisme béat, représente au contraire un exemple à suivre pour les nouvelles générations de catholiques engagés sur des terrains, et confrontés à de nouvelles problématiques, dont l’historien ne pouvait pas soupçonner, de son vivant, le surgissement dans l’actualité qui est la nôtre.

Charles Mercier, René Rémond, une traversée du XXe siècle, Salvator, 400 pages

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