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Mai 68 et Vatican II : les deux révolutions

THE VATICAN II COUNCIL
AFP
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Comment le Concile a ouvert les bras au monde au moment précis où celui-ci partait dans la direction opposée.

Peut-on rapprocher Vatican II et mai 68 ? Entre les foules de jeunes en révolte et les vénérables évêques assemblés dans Saint-Pierre la différence paraît énorme. Pourtant ils ont quelque chose en commun, et au minimum un rôle central dans les bouleversements des années soixante.

Concile, quel concile ?

Le Concile avait pour tâche ce que Jean XXIII appelait l’aggiornamento : ne pas changer le dépôt de la foi mais le dire autrement et dialoguer avec le monde d’aujourd’hui. Le résultat est-il en rapport ? Certains insistent sur la mutation, d’autres sur la continuité. Mais le bouleversement est incontestable. Benoît XVI avait distingué le Concile des textes (en théorie le seul vrai) et le Concile des médias. Le mouvement massif de remise en cause qui a alors saisi l’Église serait alors en grande partie le fruit de cette interprétation appelée concile des médias, qui ne s’appuie que partiellement sur les textes conciliaires.

Mais la réalité est plus complexe. Car même dans les textes les changements sont importants. Le langage utilisé est très nouveau ; les anathèmes (listes de propositions condamnées comme fausses) sont supprimés ; on donne la priorité absolue au pastoral, etc. Ce qui fait qu’en restant en principe cohérent on envoie en réalité un message assez différent. Par exemple, dans le texte sur les autres religions, Nostra Aetate, on ne parle que de ce que ces religions ont de bon. On peut donc dire qu’on ne change rien. Mais en fait on change l’attitude : au lieu de voir d’abord ces religions comme fausses, on s’attache aux éléments communs. Ce qui permettra ensuite à certains de dire qu’elles ont une valeur comme telles. Ce que ne dit pas le texte. Mais son flou sur le sujet a permis le glissement. On voit alors poindre une des affinités possibles avec mai 68. « Il est interdit d’interdire » disait ce dernier : en un sens, c’est un peu ce qu’a fait le Concile.

Ce n’est pas le seul point commun. Sous un autre angle, les effets de mai 68 sont faibles doctrinalement, mais considérables dans la pratique et les mœurs ; or c’est aussi ce qui se passe avec le Concile (au moins celui des médias). Prenons la liturgie : des changements aussi emblématiques que l’orientation du culte ou la communion dans la main ne résultent pas de textes conciliaires, mais de la pratique, entérinée par les autorités. On peut enfin noter aussi, en commun, cet optimisme utopique caractéristique de l’époque.

Des différences sensibles

En revanche, en termes de résultats concrets les résultats sont inverses. Évidemment si on voit mai 68 (et tous les événements apparentés, partout dans le monde développé) comme une révolution, c’est un échec. Mais en réalité ce n’était pas d’abord une révolution politique. L’effet principal, massif, en a été de bouleverser les mœurs, à commencer par les relations sexuelles, et de refuser toute autorité et tradition ; avec pour produit involontaire final l’exaltation de la consommation et de l’argent. En tout cas son impact en a été immense ; les effets s’en sont fait sentir jusqu’à nos jours, imprégnant toute la société bien au-delà de son point de départ. De son côté le Concile n’avait pas l’intention de changer les traits essentiels de la foi catholique. Et s’il a présidé lui aussi à un bouleversement sans précédent, on a constaté en même temps un effondrement quantitatif. L’imprégnation de la société par la foi chrétienne, qui restait très forte, est devenue au fil du temps minime. Sur ce plan donc la ressemblance a ses limites. Dans un cas on a vu une mutation majeure (pas entièrement voulue) et un effet puissant ; dans l’autre, l’effet socialement visible (je ne parle pas de l’intériorité spirituelle) a été l’effondrement quantitatif.

Il semble qu’on puisse trouver la raison de ce contraste dans les positions opposées des deux événements par rapport à leurs traditions respectives ainsi qu’à l’évolution de la société (émancipation, rejet des normes, individualisme, relativisme), qui reflétait une tendance lourde déjà présente, libérale et révolutionnaire. Mai 68 allait tout à fait dans le sens de cette évolution. Mais l’Église était dans la position inverse. Dans la phase antérieure elle s’était opposée vigoureusement à la modernité ; et cela avait donné certains résultats même si elle connaissait une lente attrition, car elle résistait assez bien. Cela dit, de façon souterraine, une partie du clergé et des fidèles étaient plus ouverts aux « valeurs » de l’époque et espéraient des retrouvailles avec le monde moderne ; s’ajoutant au besoin permanent de ressourcement spirituel et au renouvellement nécessaire, cela a conduit au Concile. On espérait même, assez naïvement, que cela pourrait déboucher sur une rechristianisation. D’où l’optimisme, et des initiatives plus ou moins débridées. Des traits d’époque caractéristiques, mais inattendus dans une institution où la tradition et l’autorité jouaient un rôle central. Mais cela a été perçu comme un véritable tête-à-queue par rapport aux attitudes précédentes, d’où une grande confusion.

Des fruits assez différents

D’où le résultat. Dans un livre récent, Guillaume Cuchet a admirablement analysé l’effondrement de l’Église catholique en France, commençant dans les années 1960 et poursuivie ensuite. On dit que la baisse était séculaire et continue depuis bien longtemps : c’est inexact. Elle a été brutale, et pas vraiment préparée par des signes avant-coureurs. On le voit au fait que la conviction commune au début des années soixante était à la stabilisation de la pratique (sous réserve d’une lente érosion séculaire et de l’exode rural) ; d’où l’optimisme de l’Église du temps, qui explique en un sens le Concile et son ton naïvement confiant.

Comme Guillaume Cuchet le montre, la baisse soudaine de la pratique date de 1965 et pas de 1968 comme beaucoup le croient. Il y a évidemment là à l’œuvre des mouvements sociologiques majeurs. Mais souligne-t-il, la datation précise du décrochage et sa brutalité mettent en évidence le choc du Concile et de sa mise en œuvre. La pratique religieuse, obligatoire avant sous peine de péché mortel, l’a été d’un coup beaucoup moins. Dieu n’était plus (aussi) un juge mais pur amour, incapable de condamner qui que ce soit. Les fins dernières ont disparu de la pastorale. Certes, ce n’est pas le Concile qui a relativisé la pratique (notamment le rôle de la confession) ou l’idée de l’enfer. Mais outre qu’il n’insistait pas dessus, il a dans la perception commune relativisé l’idée que le Salut s’obtenait normalement par l’Église et ses pratiques. Et de son côté le clergé a progressivement démonté l’ancien système de normes, de pratique et de dogmes, ainsi que la religiosité populaire, tout en bouleversant la liturgie. Pour Guillaume Cuchet tout se passe donc comme si Vatican II avait entraîné la révolution qu’il voulait éviter. Même si pour lui la crise se serait produite de toute façon, quoique plus tard et autrement.

Tout ne pouvait continuer comme avant

On ne sait évidemment pas ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu ce Concile, décision personnelle de Jean XXIII. Ou avec un Concile différent. Avec le recul toutefois, on reste étonné de l’improvisation et surtout de la naïveté du processus. La lecture des signes des temps si prisée alors s’est avérée assez défectueuse : le Concile a ouvert les bras au monde au moment précis où celui-ci partait dans la direction opposée. On a voulu alors oublier l’idée chère à l’Église préconciliaire que la modernité contenait des ferments incompatibles avec le message chrétien. Or non seulement ces ferments étaient bien là, mais ils se sont nettement aggravés avec le passage à la postmodernité relativiste et libertaire après 1968. Pour ne prendre qu’un domaine, rien ne montre que le Concile ait eu la moindre anticipation de l’avortement de masse, des mœurs dites libres, de la pornographie, de l’effondrement du mariage etc., qui allaient déferler sur nos sociétés.

Cela ne vaut pas dire que tout pouvait continuer comme avant, tant s’en faut : notamment, il fallait chercher à parler aux hommes de notre temps, et reconnaître ce qu’il y a de bon dans le monde moderne. Plus encore, une réforme spirituelle s’imposait. Mais il est étonnant qu’on ait à ce point sous-estimé les tendances profondes de l’époque et ses ferments destructeurs. Et encore plus étonnant est le fait que cinquante ans après, l’Église ne soit pas en état de prendre lucidement la mesure de ce qui lui est arrivé.

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