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« Quand Dieu boxait en amateur » : le futur Goncourt ?

GUY BOLEY
JOEL SAGET / AFP
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Parmi la sélection du prix Goncourt 2018, dont le résultat sera annoncé le 7 novembre prochain, s’est glissé un roman émouvant, vivant et profond. L’histoire vraie d’un boxeur qui joue Jésus dans une pièce de théâtre. Le père du narrateur.

Après Fils du feu (2016), Guy Boley met la vie de son père en scène dans son deuxième roman. Il raconte comment ce boxeur, passionné de théâtre, se voit proposer par un ami d’enfance de jouer dans sa pièce pour revêtir rien moins que le rôle de Jésus. Son fils le fait à nouveau vivre pour le magnifier sur un ring singulier, dans l’antre d’une paroisse bien huilée, mais pas sainte : la pièce de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Hommage au père

C’est une histoire de filiation, encore. Un fils cherche à remonter le fil du temps, celui de son modèle, pour en comprendre le mystère. L’évidence formulée par Montaigne du « parce-que c’était lui ; parce-que c’était moi », à l’intention d’Étienne de La Boétie pour évoquer leur amitié, ressemble un peu à cet amour filial. Elle se propage à travers l’amitié de son père avec un prêtre passionné de théâtre, à laquelle l’auteur vient prendre part. Mais la paternité symbolise ici un départ pour le fils, son point de repère initial dans la vie et, en quelque sorte, leur destin commun. « Car c’était lui, mon père, qui fut tout à la fois mon premier homme, ma première parole, ma première étincelle et ma première aurore », écrit cérémonieusement l’auteur, jusqu’à respirer avec lui quand il raconte sa montée sur le ring, sans souffle dans son écriture, au même rythme que son père, accroché à son corps, pour enfin pouvoir dire « et mon père ce héros, debout les bras levés, Champion ». La victoire de son père, c’est un peu sa revanche, pour lui qui travailla de ses mains avant de s’imposer dans les prix littéraires aussi vite qu’on décoche une droite.

Le ring, le Ciel et le théâtre

Pierrot, ami fidèle de son enfance, « rencontre Dieu comme on rencontre une femme » et devient l’abbé Delvault, avec « une résistance à toute épreuve, comme si l’ordination provoquait des miracles physiologiques ». Guy Boley le campe avec tendresse en curé « aimé dans tout le quartier, débordant d’activité, de gentillesse, de disponibilité, ne ménageant ni son temps ni ses forces », qui vient de découvrir « la puissance et la gloire » du théâtre qui restera « son seul et grand amour après Dieu, l’Église, la Vierge, les saints, la mécanique auto, René et la littérature » et dont le but dans la vie « était de sauver des âmes ». Et qui justement fait face au curé indéboulonnable de la paroisse qui, à bien des égards, ressemble un peu à la figure de prêtre de La puissance et la gloire de Graham Greene. Un prêtre comme on les aime. Un homme surtout, avant tout, relevé par sa vocation et son aspiration à élever les âmes. Sans compter que le duo de prêtres nous rappelle parfois aussi celui de L’Imposture bernanosien… Un délice.

Il décide alors de relancer — et surtout d’élever son niveau —, l’art théâtral dans son quartier populaire d’une bourgade de Franche-Comté où l’on aime la boxe, l’accordéon et l’inculture, avec des paroissiens de bric et de broc, les mêmes depuis trente ans, usés par leurs habitudes, mais dont il s’échine à faire surgir la grâce. Ce sera La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec un boxeur pour Jésus. Un héros dramatique qui selon lui vaut mieux qu’Hamlet, parce qu’il ne se croit « pas contraint de faire le malin avec un crâne entre ses mains en se demandant si “être ou ne pas être” est bien la bonne question à poser à un morceau de squelette ».

Quand Dieu s’invitait au Goncourt

Si le titre peut faire penser que l’auteur associe son père à Dieu, il faut plutôt le comprendre comme une foi enfantine du fils envers l’homme qui l’élève, d’où il pourra commencer de forger son propre rapport au Père, et sa foi en l’humanité. Qui lui donna aussi le goût de l’admiration et plus tard, par ricochet, le don de la littérature. Rien d’outrageant donc, plutôt attendrissant. Entre les deux figures centrales du boxeur et du prêtre, le fils du héros se raconte aussi, mais laisse couler son encre pour faire vivre deux hommes dont l’amitié sera le point d’orgue de leur destin lié, d’hommes animés par leur feu intérieur. Une histoire de passions et de passionnés, de boxe, d’amitié, de Dieu, et en somme, de la vie.

Ce roman, écrit à l’image d’une vie de boxeur, commence par l’échauffement, la connaissance du corps, son étude, pour monter en puissance, en poésie même et arriver au moment ultime du combat, puissant, glorieux, où il peut donner toute sa verve pour illuminer la vie de son père. Un hommage splendide au père, de sang et de sacerdoce, et une écriture fidèle à leur esprit, très agréable à lire, qui a tout pour se distinguer dans la joute de mots littéraires du Goncourt et en devenir le champion.

Quand Dieu boxait en amateur, de Guy Boley, Grasset, 2018, 180 p., 17€

 

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