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PMA, leurre de vérité

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Sebastian Kaulitzki - Shutterstock

Blanche Streb - Publié le 25/09/18

Derrière le basculement vers la procréation assistée pour tous, se dessine une fracture anthropologique qui ne dit pas la vérité.

Quelques jours avant l’avis annoncé du CCNE sur la révision de la loi bioéthique, les évêques de France publient une déclaration solennelle, signée par tous, qui résonne comme un appel : « Respectons la dignité de la procréation ! » Ce texte de 112 pages, qui cite abondamment le CCNE et le Conseil d’État, est argumenté, éclairant et cohérent. Il est issu d’un long et profond travail de réflexion impliquant une dizaine de consultants extérieurs et les départements d’éthique biomédicale du Centre Sèvres et du Collège des Bernardins.

Une démarche nouvelle en bioéthique

Cette contribution au débat est majeure. Les évêques de France rappellent la valeur constitutionnelle et fondatrice de la « dignité » de la personne qui inclut le processus de la procréation, comprenant la conception et la grossesse. Ils proposent une « démarche nouvelle en bioéthique » autour du lien entre dignité et fraternité : « L’éthique relie indissociablement la dignité, source de droits, et la fraternité, source de reconnaissance mutuelle et de devoirs qui nous engagent tous à participer à la vie sociale et politique ».


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Sans faux-semblant, le texte épiscopal précise « qu’aucune souffrance relative au désir d’enfant ne peut légitimer des procédés de fécondation et des modalités de grossesse qui s’apparenteraient à une fabrication, une marchandisation ou une instrumentalisation d’un être humain au service d’autres êtres humains, ou encore au service de la science ou de la société. Cela serait gravement contraire aux valeurs essentielles pour la vie de l’humanité et pour les relations tissées entre les êtres humains : la dignité, la liberté, l’égalité, l’hospitalité et la fraternité ».

C’est l’État qui paye

Voilà une pierre bien posée, avec une délicate fermeté, dans la confusion ambiante. Car « en même temps », le climat est lourd, et les armes acérées : souffrance en étendard, désir d’enfant en bélier, refus de la liberté d’expression en porte-voix, victimisation brandie comme autant de mines antipersonnelles pour piéger et faire taire tous ceux qui soulèvent les vrais enjeux éthiques.


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Sur la scène politico-médiatique, les annonces fusent en tous sens. Sans souffleur de bon sens. Agnès Buzyn, ministre de la Santé,  assure que la PMA ne conduit pas à la GPA. Voulez-vous des œillères, servez-vous, c’est l’État qui paye. Son ministère souhaite que l’ouverture de la fabrication délibérée d’enfants orphelins de père soit remboursée par la Sécurité sociale. Dédiée à des personnes qui ne sont ni malades ni infertiles, cela revient ni plus ni moins à soumettre la médecine aux désirs individuels et au marché.

Pendant ce temps, Marlène Schiappa, fervente disciple de la PMA pour toutes, lance une enquête sur les familles monoparentales, dont les difficultés — 40% d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté selon l’Insee — sont bien réelles !  D’un côté l’État soutient, et c’est heureux, ces familles fragilisées par des accidents de la vie, et de l’autre, induirait ces situations difficiles, en allant jusqu’à organiser et financer leur survenue ?

Le ministre des Relations avec le parlement et patron du parti présidentiel, Christophe Castaner, propose lui la prise en charge pour toutes les femmes du prélèvement à la source de leurs ovocytes. Une aberration médicale, sociétale, scientifique, politique, éthique et économique, en plus d’être un leurre fait aux femmes. Quant au chef de l’État, dont le dîner discret à l’Élysée s’intitulait « PMA-Embryon-Génomique », s’il reconnaît malgré lui que « tout est lié » sur ces questions, il ne craint pas la provocation depuis son balcon : « À partir du moment où on sait le faire, pourquoi ne peut-on pas octroyer ce droit ? » 

La raison contre le passage en force

Pourquoi ne peut-on pas octroyer ce droit ? D’abord, parce que le consensus que le président a appelé de ses vœux pour faire évoluer la loi n’existe pas, tout simplement. Ensuite, parce que les enjeux — effacement du père, marchandisation du corps, réification et instrumentalisation de l’embryon, procréation post-mortem, eugénisme, bébés sur mesure… — tapis derrière ce basculement mondial vers la procréation assistée pour toutes et pour tous plaident, au mieux, pour un statu quo. Voilà qui suffit amplement à donner force à la raison, et non raison à un passage en force.




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Sinon, c’est la crise de foi dans la loi et le législateur qui s’aggravera. Foi ou pas, au bord du précipice d’une fracture anthropologique, « pour », « anti », indifférent ou indécis… chacun a le devoir de regarder les enjeux dans les yeux, de réfléchir et de discerner en conscience et en vérité la portée de la loi bioéthique. Ses répercussions, visibles et invisibles, ont un « prix humain » qui devraient modifier notre regard sur la vie.

Notre pays a besoin d’une politique qui revienne à l’art du meilleur possible. Les Français aspirent à retrouver foi en l’avenir et à travailler « la paix ». La paix repose sur la justice, qui elle, repose sur la vérité. N’est-il pas temps d’oser dire que certaines procréations ne sont pas possibles ou ne sont pas souhaitables ? Cette vérité libérerait le politique, la société, la science et la médecine du lourd poids de penser devoir assouvir le « désir d’enfant à tout prix ».

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