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Réseaux sociaux : le pauvre masque de l’anonymat

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L’anonymat sur l’Internet n’est pas principalement une question de morale, mais il interroge la nature relationnelle de l’homme et la vérité de la personne dans le contexte de la civilisation technique.

L’usage massif des réseaux sociaux sur l’Internet modifie en profondeur les mœurs relationnelles et crée une sorte de mutation permanente de la culture contemporaine. À cet égard, la technique n’est certainement pas neutre. La « neutralité de la technique », c’est l’idée selon laquelle une technique n’est ni bonne ni mauvaise en soi, mais que c’est la manière dont on l’utilise qui est susceptible de produire un « bien » ou un « mal ». On peut certes utiliser les réseaux sociaux pour un « bien », mais ici la technique porte en elle-même une pente comportementale et relationnelle.

En effet, les réseaux sociaux impriment leur marque sur le monde dans un contexte global de « civilisation technique ». Avant même le surgissement de ces nouveaux outils relationnels, Jacques Ellul analysait la mutation civilisationnelle induite par les techniques modernes. Dès 1954, dans son essai La Technique ou l’Enjeu du siècle, il entendait démontrer que la technique est devenue le fondement de notre civilisation contemporaine, qu’il résumait ainsi : « Toutes les opérations, depuis le travail et les distractions jusqu’à l’amour et à la mort, sont des opérations envisagées sous l’angle de la technique. »

Anonymat et relation

Combien plus l’écrirait-il aujourd’hui à l’heure des smartphones, de Facebook et de Twitter ! Avec les réseaux sociaux, la relation comme telle tend à devenir une « opération envisagée sous l’angle de la technique ». Je pourrais presque parler d’une mutation anthropologique tant l’homme est un être de relation : « L’homme est sujet et relation, et la relation détermine le sujet », disait Thomas d’Aquin. Cette formule pourrait se résumer ainsi : « Dis-moi la manière dont tu vis la relation, je te dirai qui tu es. » Ainsi, la relation exprime par excellence la vérité de l’être.

Dans ce cadre, la question de l’anonymat se pose d’une manière spécifique. Elle se pose en pratique parce que l’anonymat favorise de sérieuses dérives comportementales, dans un climat d’appauvrissement, d’hystérisation et de spectacularisation du débat public et des interactions d’opinions. Mais cette question ne peut être réduite à une dimension de morale comportementale. Aucune prédication de bonne morale ne permettra de la résoudre en profondeur, car ce problème est structurel, il se niche au cœur de l’infrastructure culturelle moderne. Par ailleurs, les défauts de comportement sur les réseaux sociaux ne se réduisent pas aux anonymes.

Si on laisse de côté la morale comportementale, on peut traiter plus profondément le sujet en interrogeant le lien entre l’anonymat et la vérité de la personne. Récemment, un utilisateur de Twitter a proposé cette appréciation d’Oscar Wilde : « C’est lorsqu’il parle en son nom que l’homme est le moins lui-même. Donnez-lui un masque et il vous dira la vérité. » Oscar Wilde a-t-il raison ? Probablement non, précisément parce que la vérité de la personne se situe au premier chef dans la relation ; et la relation n’est plénière que lorsqu’une personne s’exprime en son nom. Comment y aurait-il une relation sans incarnation, au minimum dans un visage et un nom ? L’anonymat crée un personnage davantage qu’il ne dit une personne.

Relation et parole

Par ailleurs, il y a un lien étroit entre la relation et la parole. Sous anonymat, la relation n’en est pas vraiment une parce que la parole porte une faible signification. En effet, selon le contexte et le lieu où elle s’exprime, la parole n’a pas la même nature, ni la même valeur, ni la même portée. Par exemple, une même personne peut parler avec outrance à midi, accoudé au zinc du bistrot avec un vieux copain, puis parler à 20h avec nuance lors d’une intervention publique. Cette personne serait-elle « vraie » à midi et « fausse » à 20h ? Cette personne sera davantage « vraie » à 20h parce que la parole prend une tout autre valeur quand elle est attachée à un lien de responsabilité.

Publiquement, la parole engage des conséquences ; elle engage ainsi pleinement la personne qui la prononce. Ce n’est pas pour cela qu’elle est moins vraie, au contraire. En effet, l’exercice de la responsabilité est une épreuve de vérité qui me révèle à moi-même et aux autres. Et c’est dans cette épreuve de vérité que la relation prend son sens et détermine l’être réel.

Si bien qu’à une personne qui se lâche sous anonymat ou en privé, je pourrais dire : « Ce n’est pas toi, ça ! » Et si cette personne fait l’expérience de la parole responsable, elle peut alors commencer à mieux savoir et dire qui elle est. En ce sens, elle sera plus libre que dans la pulsion qui la réduit à un masque, lequel n’est pas gage de vérité, au contraire de ce qu’affirme Oscar Wilde.

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