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À Saint-Sulpice, les tableaux de Delacroix ont retrouvé leur éclat

SAINT SULPICE CHURCH
FRANCOIS GUILLOT / AFP
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Après une restauration lancée en 2016, les trois tableaux de Delacroix, qui constituent le décor unique de la petite chapelle des Saints-Anges de l’église Saint-Sulpice à Paris, sont à nouveau visibles.

Eugène Delacroix (1798-1863), le romantique, le grand représentant de la peinture orientaliste et le père de « La Liberté guidant le peuple », a réalisé un nombre conséquent de tableaux religieux. En témoignent les tableaux réalisés pour la petite chapelle des Saints-Anges de l’église Saint-Sulpice à Paris et récemment restaurés grâce à la Fondation du Patrimoine.

L’éclat des couleurs retrouvé

Commandée en 1848, la décoration de la chapelle ne commence qu’un an plus tard, en 1849, en raison de la troisième révolution française. À cette époque, l’État désire redonner aux églises le lustre qu’elles avaient perdu pendant la Révolution. Mais confronté à de multiples difficultés, qu’il retrace dans son Journal, Delacroix ne livrera son œuvre qu’en 1861. Pendant quatorze longues années, l’artiste œuvre pour tenter de rendre l’invisible concret et perceptible dans son atelier du VIe arrondissement parisien, désormais transformé en musée. Le temps a passé, abimant couleurs et matières. « La couleur est par excellence la partie de l’art qui détient le don magique », écrivait-il dans son Journal. « Alors que le sujet, la forme, la ligne, s’adressent d’abord à la pensée, la couleur n’a aucun sens pour l’intelligence, mais elle a tous les pouvoirs sur la sensibilité ». Toutes les subtilités du peintre sont désormais offertes à l’œil depuis la restauration engagée en 2015 du triptyque biblique qui orne la chapelle des Saints-Anges. Les peintures, débarrassées des usures et autres noirceurs indésirables, les variations de tons et les couleurs nécessaires à la sensibilité ont refait surface.

La peinture spirituelle de Delacroix

L’Annonciation, Le Christ sur la croix, La Vierge du Sacré-Cœur ou encore Saint Sébastien font partie des œuvres qui constituent les pérégrinations picturales et religieuses du peintre. Cependant, son testament spirituel s’est véritablement incarné dans les tableaux de la chapelle des Saints-Anges illustrant La lutte de Jacob avec l’Ange, Héliodore chassé du temple et Saint Michel terrassant le dragon.

À l’image du combat personnel du croyant qui recherche la grâce, l’écoute de Dieu et Sa bénédiction dans sa vie, Delacroix ne se contente pas de peindre ces trois épisodes de la Bible, il les vit lui-même. Loin d’être un fervent croyant, Delacroix se questionne sur Dieu. Cette lutte est similaire à la sienne : un combat spirituel, une volonté de répondre de cette insoumission à la chair par le travail de sublimation de la peinture destinée à élever les âmes. Et en tout cas capable de le faire. Delacroix savait que « dans la peinture, il s’établit comme un pont mystérieux entre l’âme des personnages et celle du spectateur », comme il l’écrivait dans son Journal. L’homme de la liberté avait surtout conscience des dangers de la modernité et du matérialisme, d’un monde sans Dieu. « La révolution a achevé de nous fixer à la glèbe de l’intérêt et de la jouissance physique. Elle a aboli toute espèce de croyance : au lieu de cet appui naturel que cherche une créature aussi faible que l’homme dans une force surnaturelle, elle lui a présenté des mots abstraits : la raison, la justice, l’égalité, le droit. Ils n’ont rien de commun avec la bonté, la tendresse, la charité, le dévouement », écrivait-il encore.

La lutte d’Eugène avec l’Ange

Peut-être cherchait-il lui-même à se saisir de la lutte de Jacob ? Dix ans pour le peindre, c’est presque un sacerdoce. En effet, c’est sans doute pour le tableau La lutte de Jacob avec l’Ange qu’il a usé le plus de son génie et de son imagination, luttant lui-même avec Celui qui n’a pas de nom, pour Le chercher, révéler Son mystère dans Sa relation à l’homme, inversant jusqu’aux gestes décrits par le texte. Sur le tableau, l’on voit Jacob frapper l’Ange d’un coup de genou à l’aine. Il est écrit que Jacob « lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore ». Et « voyant qu’il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l’emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui. Il dit : Lâche-moi, car l’aurore est levée mais Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni. Il lui demanda : Quel est ton nom ? — Jacob. On ne t’appellera plus Jacob mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l’as emporté… ». Plus tard, Jacob révéla : « J’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve ».

Eugène Delacroix n’était peut-être pas un croyant invétéré, mais il a réellement vécu ce doute permanent propre à de nombreuses âmes attirées par le Mystère. Il l’a laissé entrer dans sa propre chair. Et la peinture servait de réceptacle à sa quête spirituelle, comme des marches à gravir pour atteindre l’apaisement de l’âme. En plein travail sur La Lutte de Jacob avec l’Ange, il avouait même : « Mais d’où vient que ce combat éternel, au lieu de m’abattre, me relève, au lieu de me décourager, me console ? ».

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