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La génération Y, entre réinvention professionnelle et quête de sens

©Gabrielle de Loynes

Gabrielle de Loynes - Publié le 04/05/18

Suis-je vraiment à ma place dans ce que je fais ? Si je ne fais rien est-ce que je vais passer à côté de moi-même ? A l’approche de la trentaine, la génération  née entre les années 1980 et 1995, dite « génération Y », s’interroge sur le sens qu’elle donne à son travail et s’autorise une reconversion.

Marion de La Forest Divonne, 31 ans, est à l’image de sa génération : bardée de diplômes, dynamique, passionnée et toujours en quête de sens dans sa vie. Après des études dans une prestigieuse école de commerce, elle fait un début de carrière prometteur en marketing, avant de se reconvertir à 28 ans pour devenir coach en développement personnel et professionnel. Dans un ouvrage récent, Réinventer sa vie professionnelle… quand on vient de la commencer, elle livre les clés d’une reconversion professionnelle réussie.

Y, la génération réinvention

Jamais une génération n’a été aussi diplômée et désenchantée par le monde du travail. Nés entre 1980 et 1995, les « Y» représentent aujourd’hui 40% des actifs en France. Élevés par des parents baby-boomers, ils ont été bercés par l’idée que seules de grandes études offrent de belles perspectives et nourris par le dictat du sacrifice au travail pour en récolter ensuite les bienfaits : vacances au soleil et retraite confortable.

Sauf qu’en 2008, Lehman Brothers fait faillite. Un événement qui marque le début de plusieurs années de crise dont le monde peine encore à se remettre aujourd’hui. Or cet épisode est concomitant avec l’entrée des Y sur le marché du travail. Deux mots les incitent alors à tous les sacrifices : crise et chômage. Selon une étude réalisée par PWC en 2012, « près de trois quarts des jeunes de la génération Y ont fait des compromis pour entrer sur le marché du travail ». Résultat, 70% d’entre eux pensent que leur travail ne correspond pas à leurs aspirations.




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Or, le jeune « Y » a son caractère. Éduqué avec attention, valorisé et préservé des conflits, il est aussi flexible, connecté, zappeur, peu résistant à la frustration, impatient, engagé et idéaliste. Conscient des outils que lui offre la société actuelle, du statut d’auto-entrepreneur à la rupture conventionnelle, il n’attend plus 40 ans pour s’épanouir au travail.

Prendre du recul pour se recentrer

Est-ce normal d’enclencher le lundi un compteur jusqu’au weekend ? De rêver 47 semaines par an de 5 semaines de vacances ? D’avoir le cafard le dimanche soir et la boule au ventre le lundi matin ? De se sentir crispé, stressé ? D’être victime de burn out ou au contraire de bored out ? La génération Y ne semble pas y être disposée. Lorsque les tâches quotidiennes sont dépourvues de sens, réalisées sans éthique, elles conduisent au désenchantement. Pour l’anthropologue américain David Graeber, ce désenchantement est en grande partie lié au phénomène des « bullshit jobs », essentiellement les métiers de services, armée de gratte-papiers et employés de bureau, aux titres pompeux mais dont la mission et l’intérêt sont superficiels.

Face à ce constat, Marion de La Forest Divonne invite les jeunes actifs à prendre du recul sur leur parcours et se mettre à l’écoute de leur « petite voix intérieure ». Plusieurs éléments peuvent déterminer une orientation professionnelle : une vocation, la famille, les rassurantes études « généralistes » ou « élitistes », les opportunités, les conseils d’un professionnel. Il est temps de mesurer les influences qui ont déterminées cette orientation et de définir qui l’on est vraiment.

Faire fructifier ses talents

Cette seconde étape renvoie inévitablement à la parabole des talents. L’auteur affirme que chacun reçoit un « trousseau de talents unique », et « les activer est une mission que nous devons placer au cœur de nos priorités ». Les talents sont toutes ces choses que l’on fait naturellement avec aisance et instinct. Ces activités anodines qui suscitent des remarques telles que « tu es doué », « tu as un don, un œil, un regard, des facilités ». Ils se révèlent souvent dans les loisirs ou les discussions animées et reflètent notre particularité.


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Bon nombre de tests de personnalité peuvent guider le « Y » dans la quête de son identité : les six familles psychologiques de John Holland, l’ennéagramme, MBTI, Strong…etc. Les talents déterminés, il faut ensuite faire table rase de ses propres limitations, ses blocages, ses peurs. Ces craintes qui ont conduit le serviteur à dire à son Maître : « J’ai eu peur et je suis allé cacher ton argent dans la terre » (Mt 25, 14-30). Le coach encourage sa génération à franchir ces barrières psychologiques et sortir de sa zone de confort pour faire fructifier les talents que tous ont reçu. Car, sortir de sa zone de confort, c’est prendre le risque d’exceller dans son travail et d’y prendre du plaisir.

Passer du rêve à la réalité

L’idée n’est pas de sauter dans le vide du jour au lendemain sans s’y être préparé. Marion de La Forest Divonne exhorte les « » à explorer le champ des possibles avant la reconversion : métiers, statuts, style de vie, emploi d’avenir. Rencontrer des professionnels pour un retour d’expérience, tester le job qui fait rêver, consulter ses proches, sont autant d’étapes indispensables pour une reconversion réussie. Il ne s’agit pas de fantasmer un « job parfait », mais de s’en approprier les avantages et les inconvénients et de connaître ses propres limites. Suis-je prêt à gagner moins pour plus d’épanouissement personnel ? Suis-je apte à travailler seul ? Ai-je besoin d’un revenu fixe et régulier ? Est-il compatible avec ma vie personnelle, familiale ?

La préparation concrète et matérielle de cette réinvention professionnelle est une condition de son succès. Enfin, loin de renoncer à son parcours antérieur, qui révèle certaines qualités et fait partie de son propre chemin, l’auteur propose de le valoriser, de créer sa propre « storytelling » ancrée dans une réalité économique, inspirante et authentique.

« Réinventer sa vie professionnelle… quand on vient de la commencer, Marion de La Forest Divonne, Éditions Eyrolles, décembre 2017, 238 pages, 19,90 euros. 

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