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Clémence Rouvier : « La vision de Macron sur la laïcité permet de préserver la plus grande liberté de croire »

Clemence Rouvier
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Ce 18 novembre se tiendra le premier congrès de de La République en marche (LREM). Aleteia a rencontré l'un de ses membres, Clémence Rouvier, théologienne par ailleurs, pour évoquer les positions sociétales du mouvement.

Le mouvement dont devrait prendre la tête Christophe Castaner se présente volontiers comme progressiste, opposé à « tous les conservatisme » et attaché à la mondialisation. Mais si l’orientation social-libérale de son programme économique ne fait pas le moindre doute, LREM est moins lisible sur les questions sociétales.

Clémence Rouvier, directrice du premier cycle de la faculté de théologie à l’Institut catholique de Paris et candidate malheureuse dans 4ème circonscription d’Eure-et-Loir lors des dernières législatives, nous aide à mieux situer le mouvement présidentiel.

Aleteia :  Votre foi catholique a-t-elle joué un rôle dans votre volonté de vous engager chez En Marche ?

Clémence Rouvier : Forcément, puisque je suis théologienne et que je ne peux pas me diviser en deux. En plus, je pense que le chrétien doit s’engager dans la vie publique. Les papes nous y encouragent les uns après les autres. Le pape François a même déclaré : « N’hésitez pas à mettre la main dans le cambouis ! » L’idée, c’est de contribuer au progrès et d’empêcher que certains soient abandonnés sur le bord du chemin. Il s’agit d’une attention à la justice et à l’absence d’oppression présente dans toute la tradition biblique. Mais je ne brandis par pour autant d’étendard. Je suis une adhérente En Marche comme une autre, avec des valeurs républicaines.

Et en quoi LREM correspondait à vos valeurs chrétiennes ?

Très paradoxalement la manière dont Emmanuel Macron traite de la laïcité est extrêmement prometteuse, parce qu’elle permet de préserver la plus grande liberté de croire. Or, nous avions perdu cela dans notre monde contemporain, qui avait tendance à confondre la religion et l’obscurantisme. Mais nous avons de nouveau la possibilité de vivre ensemble, avec les religions. J’ai trouvé qu’il y avait là quelque chose de très fort. Cela a été un des socles de mon engagement.

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’est présenté un peu comme l’anti-Valls sur la laïcité, en jouant l’apaisement. Il expliquait en juillet 2016 que « chacun doit pouvoir se reconnaître dans sa religion librement ». Il a fait des déclarations dans ce sens lors de la commémoration de la mort du père Hamel et lors de son discours pour les 500 ans du protestantisme. Il a cependant eu quelques déclarations plus dures, notamment à l’égard de l’islam. Quelle est sa vision de la laïcité ?

Il s’agit d’une vision libérale. Elle est plus proche de la posture d’Aristide Briand que de celle d’Émile Combes, qui est plus agressive. Je crois que c’est important et qu’elle hérite de ce compromis de la loi concernant la séparation des Églises et de l’État de 1905. Il faut se souvenir que cette loi est celle qui a été le plus débattue. Il y a eu vrai débat, dans un contexte très anticlérical à l’époque. Je pense que c’est très intéressant qu’Emmanuel Macron veuille retrouver l’esprit de ce compromis, au sens où il faut vraiment garantir cette liberté d’expression ou non d’une croyance, qui nous permet le vivre-ensemble.

Pourquoi est-ce qu’il y a des différences de discours vis-à-vis de certaines religions ?

C’est vrai que cela peut être perceptible. Je pense qu’il y a tout simplement des histoires différentes. Nous avons en France un siècle d’expérimentation de la laïcité. Il y a une expérience de ce mode de fonctionnement et d’articulation. Je pense que l’islam ne l’a pas encore complètement intégrée. Mais nous n’avons pas non plus complètement intégré l’islam dans notre paysage. La responsabilité est commune et partagée des deux côtés. De ce point de vue, il y a un travail à faire pour donner de meilleures conditions d’exercice du culte aux musulmans en France. Et en même temps, il ne faut pas tout confondre ce qui ressort de l’exercice légitime d’un culte et ce qui ressort de formes de provocations dans l’espace public.

Le volet sociétal du programme de LREM semble ambigu. Quelles sont les positions du mouvement sur des sujets comme l’euthanasie, l’avortement ou le Mariage pour tous, qui intéressent beaucoup de catholiques ?

Le volet sociétal n’est pas du tout ambigu. Il a été clairement annoncé dans tous les documents de campagne, contrairement à ce que certains voudraient faire croire. Il n’y a eu aucun changement de position. Il est centré sur les questions de discriminations, qu’il s’agisse de l’assignation à résidence, du handicap ou de l’égalité homme-femme, avec l’égalité des salaires ou la parité.

Sur l’euthanasie, LREM ne s’est pas prononcée. Il n’y a pas de position officielle, mais des positions individuelles de certains députés qui voudraient légiférer sur le sujet, comme en Belgique. Ce sera alors la loi de Monsieur X, député de tel département, mais pas du mouvement. Je suis à titre personnel extrêmement mesurée pour un sujet si grave.

Je pense qu’il est bon de rappeler que la loi Leonetti, relative aux droits des malades et à la fin de vie, avec la révision de 2016, permet la sédation profonde, dans les cas de douleur réfractaire ou de mort à court terme. Ces cas représentent en réalité 85%. Il y a à mon avis deux questions qui se posent. D’abord, est-ce que la loi est suffisamment appliquée et connue ? Est-ce que la culture des soins palliatifs est suffisamment comprise ? Il y a peut-être là un progrès à faire, pour faire évoluer la mentalité des gens sur ces genres de sujets, parce qu’ils font souvent des simplifications abusives. Le second point, c’est que pour ceux qui ne peuvent entrer dans le cadre de la loi, il faudrait trouver des solutions pour mieux les prendre en compte. Il est plus simple de trouver des solutions à 5% de cas limites, que de refaire une loi générale sur l’euthanasie. Il faut être extrêmement prudent. Mais le mouvement n’a pas de position officielle.

Pour l’avortement, LREM n’entend rien changer à la loi actuellement en vigueur. Il n’y a pas eu de débat durant la campagne à ce sujet. Et nous l’avons vu au moment de la mort de Simone Veil, il y eu une ratification quasi-nationale de la loi dans son esprit d’origine. Sur le Mariage pour Tous, le débat est tranché. Il a nourri suffisamment de tensions et de blessures, comme l’a dit le président, pour ne pas le réouvrir. De toute façon, il a été tranché. Il y a eu une loi et il n’y a pas de raison de revenir dessus.

Vous expliquez que LREM soutient l’esprit de la loi Simone Veil. Mais en 2014, le gouvernement socialiste a retiré la notion « situation de détresse » chère à l’ex-ministre. Ensuite en 2016, c’est le délai obligatoire de réflexion qui a été supprimé. La loi actuelle ne trahit-elle pas l’esprit de la loi de 1975 ?

Je ne suis pas certaine qu’il faille parler de « trahison ». Il ne faut pas oublier l’état de misère des femmes avant la loi. Le sujet est très grave. Les aménagements ont été violemment disputé, je m’en souviens aussi. Il est certain que nous aurions pu imaginer un meilleur équilibre. Mais l’avortement n’est pas au programme de LREM.

En septembre dernier, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, annonçait des révisions de la loi bioéthique et la « PMA pour toutes » pour 2018. Où en sommes-nous actuellement ?

La loi de bioéthique de 2011 prévoit une révision tous les sept ans. Nous y serons donc en 2018 : c’est  une étape prévue dans la loi. Marlène Schiappa a bien précisé qu’il y aurait à ce moment-là un grand débat, le plus large possible, dans le cadre des États généraux de la bioéthique, en prévision des révisions de la loi. Il y aussi eu la désignation d’un responsable chez LREM, au niveau parlementaire, Jean-François Eliaou, qui est médecin. Que signifie « un grand débat » ? À titre personnel, je pense que nous avons une bonne base de départ avec l’avis consultatif du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), l’avis 126. Notamment sur les points qu’ils appellent les « points de butée », de difficultés. J’en prends un parmi d’autres, par exemple l’articulation entre l’habitude française de la protection de l’anonymat du donneur et la protection européenne du droit supérieur de l’enfant à connaître ses origines. C’est pour moi un débat très important et très intéressant. Mais il faut dépassionner les sujets. Dans ce cadre, il y aura également un débat sur la « PMA pour toutes ». Mais il n’y a pas de passage obligé.

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