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Eugénie Bastié répond à Sophia Aram : « Aujourd’hui, le christianisme ne menace pas la femme »

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En plein débat sur le harcèlement sexuel, l'humoriste Sophia Aram a accusé lundi « les religions » d'être responsables du sexisme. La chroniqueuse de France Inter s'en est également prise à la journaliste Eugénie Bastié.

Réagissant à l’affaire Harvey Weinstein et à la création du hashtag #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux, Sophia Aram désigne « les religions » comme les seules responsables du machisme et du sexisme. « Comment les hommes en viennent à considérer les femmes comme leur butin, comme une extension de leur propriété, de leur pouvoir ? », s’interroge-t-elle dans sa chronique du 16 octobre sur France inter.

Selon elle, christianisme, judaïsme et islam reposent sur un principe énoncé deux fois par l’apôtre Paul : « Dieu est le chef de l’homme et l’homme est le chef de la femme » (1 Corinthiens 11, 3 et Éphésiens 5, 23). Ainsi, pour acheter la soumission des hommes, les religieux ont offert la domination de la femme. « Ce qui fait de la religion la plus vaste entreprise de proxénétisme de l’histoire de l’humanité », estime l’humoriste. Sophia Aram s’en prend également à la journaliste Eugénie Bastié. Selon elle, la journaliste du Figaro et de la revue Limite est coupable d’expliquer dans son essai Adieu mademoiselle : la défaite des femmes, publié en 2016 aux éditions du Cerf, que « le christianisme a inventé le féminisme et le féminisme a gagné ». Deux affirmations que la chroniqueuse juge grotesques. Pour Aleteia, Eugénie Bastié répond à l’humoriste point par point.

Aleteia : Selon Sophia Aram, « les trois monothéismes sont au moins d’accord sur une chose, exprimée le plus simplement possible par saint Paul : “Dieu est le chef de l’homme et l’homme est le chef de la femme ” ». Les trois religions monothéistes sont-elles effectivement misogynes ?
Eugénie Bastié : D’abord, je ne vois pas le rapport entre l’affaire Weinstein et les religions qui auraient modelé l’histoire de l’humanité. Au contraire, nous vivons une période de recul du christianisme et des religions, pourtant ce genre d’actes existe toujours, voire progresse. Nous le saurions si Harvey Weinstein, producteur hollywoodien et proche des démocrates, avait trop lu saint Paul. Elle va nous dire que Bertrand Cantat est trop allé à la messe aussi ? Sophia Aram nous ressort son athéisme militant daté, qui consiste à affirmer que la religion est la source de tous les maux de l’humanité. Ces gens ne conçoivent pas qu’il puisse exister un mal sur terre qui ne provienne pas des religions. Ensuite, mettre toute les religions à égalité est problématique. C’est la nuit de l’équivalence, le relativisme absolu, de dire que toutes les religions sont patriarcales de la même manière. Au contraire, l’Occident chrétien est le lieu où est né le féminisme. Et c’est d’ailleurs de là que Sophia Aram peut diffuser sa chronique en toute liberté.

La chroniqueuse vous accuse d’affirmer que « le christianisme a inventé le féminisme ». Pour être plus précis, dans votre livre, vous déclarez que le christianisme a libéré les femmes au Moyen Âge, en vous référant aux travaux de l’historienne Régine Pernoud et à son ouvrage La Femme au temps des cathédrales. Qu’entendez-vous par là ?
Déjà, je n’ai jamais déclaré que « le christianisme [avait] inventé le féminisme » ! Au passage, ce n’est pas moi qui le dit, c’est Emmanuel Todd dans son dernier livre, Où en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine, où il explique que le féminisme est une « innovation chrétienne ». Et je pense qu’il a un peu plus étudié le dossier qu’Aram. Quant à moi, j’explique que l’Occident chrétien avait permis une amélioration considérable de la condition féminine, à partir du Moyen Âge, notamment grâce à l’instauration du mariage monogame. C’est de l’universalisme chrétien qu’est née la première civilisation égalitaire, la première à avoir érigé la femme au rang d’égale ontologique de l’homme, la première à avoir acté un culte féminin et maternel libéré de toute exaltation païenne, à avoir humanisé le mariage au profit de la femme en transformant le marché aux unions en sacrement, à avoir permis aux prostituées de se délivrer de leur servitude et de reprendre une vie sociale. Dans La Femme au temps des cathédrales, Régine Pernoud démontre que la femme était un pilier de la société médiévale. Certaines femmes pouvaient administrer des domaines. Elle évoque le rôle important de nombreuses femmes, comme Blanche de Castille, Pétronille de Chemillé ou encore Hildegarde de Bingen. L’historienne montre avec cela que la femme avait une place considérable durant cette période, qui par la suite a été énormément caricaturée.

Ensuite, il faut se rappeler de la place de la femme à l’intérieur du christianisme, qui est assez inédite. Jésus est entouré de femmes. La Vierge Marie a une place considérable. Régine Pernoud explique que si nous regardons un dictionnaire des noms propres des Ier et IIe siècle ap. J.-C., il y a autant d’hommes que de femmes. Pourquoi ? Parce qu’il y a les saintes et les martyrs. La civilisation chrétienne est la première à donner cette place aux femmes. Si nous regardons avant, à part Cléopâtre et la reine de Saba, ça se compte sur les doigts de la main. La parité existait chez les saints bien avant d’exister au sein des parlements !

Quant à saint Paul, on cite toujours : « Femmes, soyez soumises à vos maris » (Éphésiens 5, 22), mais c’est aussi lui qui explique : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ » (Galate 3, 28). Nous pourrions en faire un apôtre de la théorie du genre, qui nie la différence sexuelle ! Je crois que ce n’est pas un hasard si le féminisme est né dans l’Occident chrétien. Bernard Lewis raconte dans un de ses livres sur l’islam une anecdote intéressante. Il cite Evliya Çelebi, un ambassadeur turc en mission à Vienne, en 1665. Choqué, il écrit à Istanbul : « J’ai vu dans ce pays une chose très extraordinaire, raconte-t-il dans une de ses lettres. Si l’empereur rencontre une femme dans la rue et se trouve être à cheval, il arrête sa monture et laisse passer la dame […] Dans ce pays, comme partout en terre infidèle, les femmes ont les premières la parole et sont honorées et respectées pour l’amour de Marie mère. » Nous ne pouvons pas mettre au même niveau l’islam et le christianisme sur cette question.

Mais ne peut-on pas constater que dans l’histoire chrétienne, la femme a souvent été dominée par l’homme ? Au Moyen Âge se succèdent des périodes de liberté et des périodes d’oppression pour la femme…
Je pense que la religion n’est pas un facteur essentiel de la soumission de la femme. Toute société traditionnelle peut avoir un penchant à reléguer les femmes à une seconde place. Le mariage est une institution pour créer des pères. Sans l’institution du mariage et la présomption de paternité, on ne sait pas qui sont les pères. Donc avec le mariage naît la surveillance des femmes et leur possible oppression. À mon avis, il s’agit d’une tendance de toute société traditionnelle, cela n’a pas de lien direct avec la religion.

Sophia Aram fait preuve, selon moi, d’un féminisme complètement dépassé et suranné. Ce qui menace la femme aujourd’hui, ce n’est certainement pas le christianisme. Ce n’est pas lui qui organise le trafic du corps des femmes aujourd’hui. C’est plutôt la société de consommation et la pornographie qui ont ce rôle actuellement. J’aimerais voir Sophia Aram dénoncer la pornographie qui organise un véritable proxénétisme humain et fait des millions et des millions des bénéfices sur le corps des femmes. Elle qui aime tant donner des leçons, je l’ai trouvée bien silencieuse sur l’affaire de Cologne où des centaines de femmes se sont faites attoucher par des migrants.

Ce discours est tellement daté et ringard. Il ne prend la mesure des nouvelles menaces qui pèsent sur le corps des femmes. C’est un vieux logiciel anticlérical, qui n’a plus de sens. Elle combat des fantômes qui ont été vaincus depuis longtemps. C’est peut-être parce qu’il n’y a pas assez de christianisme, de religiosité et de transcendance qu’il y a une perte de décence commune et un sentiment de toute-puissance des puissants. Les féministes ont détruit méthodiquement toutes les formes de courtoisie ou de politesse et elles se plaignent que des « gros porcs », comme elles les appellent, surgissent dans la société. Il y a un paradoxe à refuser les règles de l’amour courtois et de la galanterie civilisationnelle et après se plaindre d’accoucher de barbares. Il me semble que la porcherie hollywoodienne à laquelle appartient Weinstein, faite de fric de sexe et de célébrité, est davantage postmoderne qu’archaïque.

Journaliste Aleteia
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