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La Fête-Dieu, un acte politique

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Ostensoir.
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La Fête-Dieu ou fête du Saint-Sacrement fut instituée par le pape Urbain IV, le 8 septembre 1264. À l’origine, dit-on, un miracle.

Le prêtre de la commune de Bolsena, en Italie, avait l’âme tourmentée par le doute : et si le Christ n’était pas réellement présent dans l’Eucharistie, et si tout cela n’était que symbole ? C’est alors que durant sa messe, l’hostie prit une couleur rosée puis du sang tomba sur l’autel et le pavement. Le Pape fut prévenu et vint en personne authentifier l’histoire. Sous l’impulsion de sainte Julienne de Cornillon, le Pape institua alors la Fête-Dieu dont les textes liturgiques furent rédigés par saint Thomas d’Aquin !

Pendant des siècles, la Fête-Dieu fut célébrée en grande pompe dans les villes et villages de France, de Belgique, d’Allemagne et d’Italie. Il y a quelques années, en Belgique, alors que j’assistais, non sans émerveillement, à la procession, un prêtre me confia : « Tu sais, ce n’est que depuis quelques années, qu’on ose à nouveau sortir… ». 

« Pourquoi ? », demandais-je étonné.

« Mais parce que tout le monde a peur des “qu’en-dira-t-on”, à commencer par les prêtres qui veulent se faire discrets dans leur commune ».

J’étais atterré. On en était donc arrivé à ce point de replis sur soi ? Faudrait-il instaurer une Fête-Dieu plus « peps » comme elles l’étaient dans le passé d’ailleurs, car les célébrations catholiques médiévales et populaires furent toujours des moments de grandes réjouissances colorés. Faudrait-il la rebaptiser « Christian Pride » pour que la joie et la force de la Résurrection puissent à nouveau éclater de manière visible au cœur du monde et de la société ?

C’est qu’il faut comprendre à sa juste mesure cette fête comme il faut comprendre à sa juste mesure la portée de l’acte eucharistique qui dépasse de loin la piété personnelle, voire l’Église en tant qu’institution. Comme le rappelle le théologien W.T.Cavanaugh : « (Il faut) faire tomber l’idée selon laquelle on peut réduire l’action du Christ dans l’histoire à une expérience spirituelle individuelle qui n’affecte pas la réalité sociale naturelle. En effet, l’unité eucharistique est fondée sur une unité naturelle antérieure du genre humain, comme le montre Lubac dans son livre Catholicisme. L’unité eucharistique se construit sur la nature et s’étend au-delà des limites visibles de l’Église. L’Église, dans son rassemblement eucharistique, est le sacrement du rassemblement de toute l’humanité, mais ce rassemblement n’est pas limité à l’Église institutionnelle. »

Autrement dit, l’Eucharistie a une dimension, certes, mystique, mais d’un mysticisme qu’on peut qualifier de politique, car le catholicisme est, avant tout, une pensée de l’action et de l’incarnation. Par le Saint Sacrement, Dieu se donne sans réserve non seulement aux croyants communiant, mais aussi au monde entier dans un geste gratuit et éternel qu’on ne saurait limiter par une vision sociologique, car tout acte de Dieu transcende et dépasse toute contingence tout en la sacralisant entièrement.

En ce sens, tout comme la foi ne saurait être réduite à son expression individuelle et à son vécu privé, mais implique tout le peuple (croyant ou non), la Fête-Dieu n’est pas le défilé d’un club d’excentriques, mais au contraire un acte qui implique la société dans son entièreté.       

Lors de la Fête-Dieu, mais, d’une manière générale à chaque eucharistie, nous agissons dans le monde et pour le monde, ce faisant nous posons un acte agissant dans la cité et dans l’histoire, nous posons un acte politique : « L’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde. Elle est un lien entre le ciel et la terre. Elle englobe et elle imprègne toute la création (…) Dans l’Eucharistie les chrétiens sont incorporés au Christ et deviennent eucharistie pour un monde affamé ».    

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