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Medjugorje, Fraternité Saint-Pie X, Trump, abus sexuels : ce que le Pape en pense vraiment

AP/EAST NEWS
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Au cours de la traditionnelle conférence de presse qu'il donne au cours du vol papal, le Saint-Père a livré en rentrant de Fatima une vision personnelle, spontanée et sans fard des points chauds qui agitent l'Église.

Lors de son voyage retour de Fatima au Portugal, le 13 mai 2017, le pape François s’est donné tout le temps de répondre aux nombreuses questions des journalistes présents à bord : apparitions « présumées » de Medjugorje, dialogue avec les Lefebvristes, abus sexuels sur mineurs commis par des membres du clergé… Le Saint-Père n’a éludé aucun des sujets les plus délicats. Son dialogue avec la presse est à retrouver en intégralité (en italien) sur le site du Vatican. Morceaux choisis.

Concernant Medjugorje

Mimmo Muolo (l’Avvenire) pour les représentants de la presse italienne : Nous avons constaté à Fatima un grand témoignage de la foi du peuple, autour de vous. Le même que l’on retrouve, par exemple, dans d’autres sanctuaires mariaux comme Medjugorje. Que pensez-vous de ces apparitions – si ce sont bien des apparitions – et de la ferveur religieuse qu’elles ont suscitées ?

Pape François : Toute les apparitions ou les présumées apparitions appartiennent à la sphère privée. Elles ne font pas parties du magistère public ordinaire de l’Église. Sur Medjugorje, Benoît XVI a lancé une commission présidée par le cardinal Ruini. Fin 2013 début 2014, j’ai reçu ses conclusions de la part de Mgr Ruini. Cette commission est formée de bons cardinaux, tous théologiens. La commission formée par Ruini est de très grande qualité.

Ensuite, quelques doutes subsistaient encore au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi. La Congrégation a jugé opportun d’envoyer toute le dossier aux membres de la Feria quarta [« mercredi » en latin, l’un des conseils qui la composent et qui se réunit ce même jour de la semaine]. Y compris des [documents] qui semblaient aller à l’encontre des travaux de la commission Ruini. J’ai reçu ces informations un samedi soir et cela ne m’a pas paru juste. C’était comme mettre à l’encan l’enquête de Mgr Ruini, qui était pourtant très solide. Le dimanche matin, le Préfet de la Congrégation [le cardinal Müller] a reçu une lettre lui demandant expressément de me remettre ces travaux en main propre, plutôt que de les faire parvenir à la Feria quarta. J’ai pu constater personnellement qu’ils soulignaient la densité de l’enquête Ruini.

Il faut dès lors distinguer trois choses. Les premières apparitions qui étaient celles qu’ont reçu les enfants. L’enquête dit, plus ou moins, qu’il faut continuer à enquêter à ce sujet. Puis les apparitions, les présumées apparitions actuelles. L’enquête ne cache pas ses doutes. Pour ma part, je serais plus méchant : je préfère la Madone, notre Mère, et non la Madone chef de bureau, qui envoie ses injonctions tous les jours. (…) Cette femme n’est pas la maman de Jésus. Ces présumées apparitions n’ont pas tant de valeurs, je le dis comme une opinion personnelle mais c’est clair. Qui peut penser que la Sainte Vierge dirait : « venez donc demain à partir de telle heure, je dirai un message à tel voyant » ? Non… Il faut distinguer les deux types d’apparitions.

Enfin, troisièmement, ce qui est au cœur de l’enquête Ruini : le fait spirituel et pastoral. Des gens qui se rendent là-bas, se convertissent, qui rencontrent Dieu et changent de vie. Il n’y a pas de baguette magique sur place. Il est impossible de nier ce fait spirituel et pastoral. À présent, il faut voir les choses en tenant compte de toutes ces données et des réponses que m’ont donné les théologiens. J’ai nommé comme évêque [pour enquêter sur place ndlr] un bon évêque, fort d’une grande expérience, pour voir comment se déroule la partie pastorale et, à la fin seulement, nous pourrons nous exprimer.

Concernant la perspective d’un accord avec la Fraternité Saint-Pie X

Nicolas Senèze (La Croix) pour la presse francophone : On parle beaucoup d’un accord qui donnerait un statut officiel à la Fraternité Saint-Pie X dans l’Église. Certains ont même imaginé que cette annonce aurait pu être faite aujourd’hui. Votre Sainteté, pensez-vous que cet accord sera possible à court terme? (…) Assisterons-nous à un retour triomphal des fidèles qui auront démontré ce que cela signifie d’être vraiment catholique ?

Pape François : J’écarterai toute forme de triomphalisme. Complètement. Il y a quelques jours, la Feria quarta de la Congrégation pour la doctrine de la foi – on l’appelle la Feria quarta car elle se réunit le mercredi (« feria quarta » en latin ndlr) – a élaboré un document. Je l’ai étudié et il n’est pas encore abouti (…).

Deuxièmement, les rapports actuels sont fraternels. L’année dernière, j’ai donné à tous les prêtres [de la Fraternité ndlr] la permission de donner la confession [à tous les fidèles], et aussi une forme de juridiction pour les mariages (le Saint-Père avait reconnu, par une lettre, les absolutions données en confession par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X pendant l’Année de la miséricorde, Ndlr). Jusqu’à présent, les problèmes à résoudre qui concernaient la doctrine, ont été confiés à la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui les traite. Il en va de même des abus [sexuels ndlr] commis en son sein, dont la Fraternité réfère à la Pénitencerie apostolique. De même concernant la réduction à l’état laïc d’un prêtre.

Il y a donc des rapports fraternels. Avec Mgr Fellay, j’entretiens de bons rapports. Nous nous sommes parlé souvent. Je ne veux pas brusquer les choses : cheminer, cheminer, cheminer, et ensuite nous verrons. Pour moi, ce n’est pas un problème de gagnants ou de perdants, mais de frères qui doivent cheminer ensemble en cherchant la formule pour faire des pas en avant en commun.

Sur la visite de Donald Trump au Vatican

Claudio Lavagna (NBC, États-Unis) : Hier, vous avez demandé aux fidèles d’abattre tous les murs, mais le 24 mai, vous allez rencontrer Donald Trump, un chef d’État qui, au contraire, menace d’en construire. Son opinion est même clairement différente de la vôtre sur des sujets aussi variés que le réchauffement climatique ou l’accueil des migrants. Quelles attentes avez-vous à l’égard d’un chef d’État qui vous est si opposé ?

Pape François : Je ne porte jamais un jugement sur une personne sans l’écouter. Je crois qu’il n’est pas possible d’agir ainsi. Je lui dirai ce que je pense et il me dira ce qu’il pense… Je n’ai jamais jugé une personne sans l’écouter. [Sur les migrants] Vous savez bien ce que j’en pense. [Ce qu’il attend de cette rencontre] Il y a toujours des portes qui ne sont pas fermées… Chercher les portes qui au moins sont un peu ouvertes… Entrez et parlez de choses communes, pour aller de l’avant, pas à pas.

La paix est un travail d’artisan, elle se construit chaque jour. De même que l’amitié entre les personnes : la connaissance mutuelle, l’estime sont artisanales. Elles sont un travail de tous les jours. Comme le respect de l’autre, dire la vérité sur sur que l’on pense, mais dans le respect, en cheminant ensemble. Il faut être très sincère avec nos pensées respectives. [Je ne veux pas faire] de calcul politique (…), je ne me permettrai pas d’en faire. Sur le plan religieux non plus, je ne suis pas prosélyte.

Sur la protection des mineurs

Joshua McElwee (National Catholic Reporter, États-Unis) : La Commission de protection des mineurs et la démission de Mary Collins en mars dernier : qui en porte la responsabilité ? Mme Collins dit avoir démissionné parce que certains responsables du Vatican freinaient la mise en œuvre des recommandations de la Commission que vous aviez pourtant approuvées.

Pape François : Mary Collins m’a bien expliqué la chose. J’ai parlé avec elle, c’est une brave femme, mais elle continuera de travailler [avec le Vatican] sur la formation avec les prêtres. C’est une femme bien, qui veut travailler. Mais, elle a fait cette accusation, et, elle a un peu raison. Pourquoi ? Parce qu’il y a tellement de cas en retard, parce que les retards se sont accumulés. Il a fallu faire des règles pour cela : que doivent faire les évêques dans les diocèses… ? Aujourd’hui, dans quasiment tous les diocèses, il y a le protocole pour les traiter. C’est un grand progrès, comme ça, les dossiers sont bien faits. Ça, c’est une avancée. Un autre pas.

Mais il faut plus de gens compétents là-dessus. Le secrétaire d’État cherche – Mgr Müller également – à présenter de nouvelles personnes. L’autre jour, deux ou trois personnes de plus ont été embauchées. On a changé le directeur du bureau disciplinaire. Il était bien, il était très bien, mais il était un peu fatigué. Il est rentré dans son pays pour faire la même chose auprès de son épiscopat. Le nouveau est irlandais, Mgr Kennedy, il est très bien, très efficace, et cela aidera. Puis il y a une autre chose : parfois les évêques envoient, si la procédure est bonne, à la quatrième section. La 4e section étudie et décide. Si la procédure va mal, le dossier revient en arrière. Pour cette raison, on pense à des aides continentales, sur un continent ou deux, par exemple en Amérique latine, un en Colombie, un autre au Brésil, comme des sortes de pré-tribunaux ou des tribunaux continentaux. Mais ça, c’est en cours de planification. Si la procédure est bonne, la 4e section statue et retire la charge cléricale. L’affaire revient au diocèse, et le prêtre fait un recours. Avant le recours était examiné par la 4e section, qui était la même qui avait statué en première instance, et ça, c’est injuste.

J’ai donc créé un autre tribunal, et j’y ai mis à sa tête une personne indiscutable, très compétente, l’archevêque de Malte, Mgr Scicluna, qui est l’un des plus forts contre les abus [sexuels ndlr]. Et maintenant, parce que nous devons être juste, celui qui fait un recours a le droit d’avoir un défenseur. Si le cas est confirmé, il ne lui reste que la solution d’envoyer une lettre pour demander la grâce au pape. Moi je n’ai jamais signé une seule grâce. On est en train d’avancer, Mary Collins sur ce point avait raison, nous étions également sur la bonne voie mais il y a plus de 2000 cas cumulés à traiter.

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