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Vrai ou faux ? Jeûner, c’est bon pour la santé

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Elimination des toxines, amincissement, esprit clarifié… Deux spécialistes de la nutrition démêlent le vrai du faux du jeûne.

Pratiqué depuis des millénaires pour des raisons religieuses ou spirituelles, le jeûne connaît depuis quelques années un regain d’intérêt. Entrepris dans le but de détoxifier son organisme au moment des changements de saison, cette pratique est-elle vraiment efficace et sans danger ? Sylvie Boyer Dubourg, diététicienne nutritionniste, et Patrick Serog, médecin nutritionniste, démêlent le vrai du faux.

Qu’est ce que le jeûne ?

Le jeûne total est une pratique qui consiste à cesser de s’alimenter pendant un ou plusieurs jours, tout en continuant à boire. Il existe également une multitude de jeûnes « partiels », au cours desquels la prise de certains aliments est autorisée, le plus souvent des bouillons de légumes ou des jus de fruits.

Jeûner fait maigrir : Vrai et faux

« Quand on jeûne, on stoppe tout apport nutritionnel, donc il y a une perte de poids. Mais cette perte sera à 50 % de la masse graisseuse et à 50 % de la masse musculaire, souligne la diététicienne nutritionniste Sylvie Boyer Dubourg. Cette perte musculaire peut s’avérer vraiment nocive. De plus, sans apport alimentaire, le corps va se mettre au ralenti, et brûler moins d’énergie pour assurer ses fonctions vitales. Le métabolisme de base (respiration, coeur, régulation de la température…) va être réduit. Du coup, lorsqu’il y aura réalimentation, le corps va continuer à brûler moins d’énergie, et il y aura risque d’une reprise de poids plus importante ».

Jeûner permet de détoxifier son organisme : Faux

« La détoxification du corps est un concept imaginaire, explique Patrick Serog. Le rein, le foie, qui ont les fonctions de détoxification, fonctionnent tous les jours à plein régime pour débarrasser notre corps des substances toxiques, que l’on soit en train de jeûner ou pas ».

« En période de jeûne le corps va puiser dans ses réserves et va produire plus de déchets » indique Sylvie Boyer Dubourg. Il va donc éliminer davantage, mais il n’y aura pas de vertu purificatrice, puisque la quantité de déchets à évacuer sera plus importante.

Jeûner apporte de la clarté d’esprit : Faux

Lorsqu’on se prive de nourriture, le foie va fabriquer en plus grande quantité que d’habitude des substances appelées corps cétoniques, selon Patrick Serog. Ces corps cétoniques vont alimenter le cerveau pour compléter l’apport en glucose, et donner l’impression d’une euphorie. Le sentiment de bien-être qui accompagne la pratique du jeûne est lié à l’effet euphorisant de ces corps cétoniques.

Sylvie Boyer Dubourg souligne que la privation trop longue de nourriture peut en revanche entraîner la perte de facultés cognitives.

Jeûner est sans danger : Faux

Entamer un jeûne peut avoir des conséquences néfastes pour la santé, comme le rappelle Sylvie Boyer Dubourg. « Nous avons des besoins en nutriments qui sont constants et il est nécessaire de s’alimenter régulièrement pour répondre aux besoins physiologiques ». Le corps est capable de stocker certains nutriments, comme le fer ou la vitamine D, mais pas les protéines, par exemple. C’est pour cela que, dès 36 heures de jeûne, la réponse immunitaire est diminuée. « Dès la renutrition, cette fonction immunitaire va être restaurée chez un adulte, mais pas totalement chez une personne âgée » remarque-t-elle.

A partir de 10 jours, le risque de développer des calculs est augmenté. Et le jeûne peut être déclencheur de troubles de l’alimentation, comme l’hyperphagie boulimique ou l’anorexie. Plus le jeûne sera long, plus les risques de développer ce type de comportement seront importants.

Conseils si vous voulez pratiquer le  jeûne

« Si les gens tiennent absolument à jeûner pour se sentir mieux, ils ne doivent pas aller au-delà d’un jour par semaine, conseille Sylvie Boyer Dubourg. Il doivent également s’hydrater au maximum, favoriser les sucres complexes et limiter les sucres simples pour avoir suffisamment d’énergie ».

« La règle essentielle, au cours du jeûne, c’est de boire, confirme Patrick Serog. Si possible des eaux minéralisées, pour retrouver les minéraux que les aliments n’apportent plus, ou des tisanes. Au moins 2 litres à 2 litres et demi par jour ».

Et les deux experts sont formels sur un point : le jeûne est absolument contre-indiqué pour les insuffisants cardiaques, rénaux et hépatiques, ainsi que pour les personnes âgées de plus de 65 ans.

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