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Le curieux pèlerinage des hommes en noir

© Zach Brown / Pontifical North American College
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Tous les matins du Carême, à Rome, une activité se déroule loin des touristes et des circuits balisés : le pèlerinage aux "églises stationnales". Une pratique pourtant multiséculaire, et très actuelle. Reportage.

Rome, au petit matin. Dans l’aube naissante et fraîche du début de printemps romain, des hommes en noir, à pied ou à vélo. Ils convergent en silence, au rythme du chapelet, vers l’une des plus anciennes églises de la ville : la basilique Saints-Côme-et-Damien, à l’entrée du Forum. Il est 6h45.

Quinze minutes plus tard, dans l’église, le son d’une cloche donne le signal : une centaine de voix masculines s’élève paisible et puissante. C’est le début de la messe. En fermant les yeux, on pourrait se croire dans un monastère bénédictin… Sauf qu’on est bien au cœur de Rome. Il s’agit d’une « messe stationnale » du Carême.

Chaque matin du Carême, le Collège des séminaristes américains perpétue, depuis plus de quarante ans, une des plus anciennes traditions de Rome. Il faut remonter en effet au début de l’ère chrétienne pour en retrouver l’origine. De quoi s’agit-il ? D’une sorte de pèlerinage tout à fait inhabituel, qui porte le nom de « station », et auquel les papes eux-mêmes se joignaient à l’époque, jusqu’à leur exil en Avignon. Aujourd’hui encore, on en trouve une trace le mercredi des Cendres, lorsque le successeur de Pierre ouvre le Carême sur la colline de l’Aventin, à Sainte-Sabine.

© Leo Song / Pontifical North American College

À l’origine, la tradition des églises-stationnales a été inaugurée par le pape Grégoire Ier (590-604), voulant ainsi mettre un terme à la décadence ecclésiale. Ainsi, dans certaines églises de Rome, désignées comme des « églises stations », un cérémonial plus solennel était mis en place chaque jour du Carême, notamment pour ceux qui avaient commis des crimes. Une sorte de pénitence publique, en quelque sorte. Le mercredi des Cendres, par exemple, les criminels devaient se présenter devant l’église, pieds nus, et couverts par un sac.

Plus tard, saint Philippe Néri, grand apôtre de Rome au moment de la Renaissance, la remettra à l’honneur cette pratique oubliée, avec son « pèlerinage aux sept basiliques » (qui fait également l’objet d’un renouveau), pour proposer à la population une alternative spirituelle au carnaval et à toutes ses dérives…

Églises oubliées

« Chacune de ces églises est un lieu de pèlerinage en soi », s’émerveille Edouard, jeune séminariste franco-américain, et fervent participant des messes stationnales depuis son arrivée dans la Ville éternelle. « Mais à Rome, elles sont un peu oubliées, mises à l’écart des itinéraires habituels, car d’une certaine manière masquées par l’ombre de la basilique Saint-Pierre. Alors que souvent ce sont les églises les plus anciennes de Rome… », ajoute-t-il, heureux que ce pèlerinage offre la possibilité de les découvrir.

Comme lui, est présente plus d’une centaine de personnes à ces messes matinales. La plupart sont des séminaristes du Northern American College, le très grand séminaire américain – 250 séminaristes – qui surplombe Saint-Pierre du haut de la colline du Janicule, accompagnés de nombreux prêtres. Des laïcs, hommes et femmes, se joignent aussi chaque jour à leur prière.

L’organisation est bien huilée, notamment grâce à deux séminaristes qui s’y consacrent au long de l’année. Au séminaire, les informations sont affichées chaque matin : l’heure du départ précise pour être à l’heure à la messe du lendemain, le rôle des prêtres qui officient, etc. Lors de leur première année de séminaire à Rome, les églises-stationnales font même partie du programme « obligatoire » des étudiants.

Besoin de racines

Pourquoi les Américains ont-ils repris cette tradition ? « C’est peut-être, explique Edouard, qu’il n’existe quasiment pas un seul saint depuis que les États-Unis existent en tant que pays : il y a une Indienne, sainte Katherine, et tous les autres sont des immigrés ! » Il est vrai que ces stations quotidiennes fascinent par le nombre de saints – martyrs pour la plupart – découverts chaque jour dans les églises, en particulier avec l’exposition exceptionnelle d’innombrables reliquaires sur les autels. Rien de plus émouvant que de voir, après la messe, tous ces futurs prêtres s’agenouiller devant les restes de ces saints ayant offert leur vie pour le Christ avant eux…

Ce voyage à travers l’histoire et la culture chrétienne de Rome, en compagnie des saints, « me redonne des racines plus profondes », confie le jeune Américain. Il n’est d’ailleurs pas rare que la messe matinale se termine par une descente dans une crypte exceptionnellement ouverte, et d’y découvrir, par exemple, un ancien baptistère datant du IVe siècle, les restes d’une maison ayant reçu la visite des apôtres Pierre et Paul, ou le tombeau d’un saint martyr des premiers temps du christianisme !

Mais il ne s’agit pas seulement de quête des racines. Edouard, également guide dans les catacombes de saint Calixte, se dit marqué par le témoignage de « l’héroïsme » des chrétiens des premiers siècles : courage admirable de saintes femmes citées au canon romain (Agnès, Cécile, Anastasie, etc.) et de saints papes ayant lutté pour l’unité de l’Église face aux hérésies, comme saint Silvestre et saint Damase.

De la même façon qu’au XVIe siècle, ce qui fascinait tant saint Philippe Néri – au point de passer la nuit dans les catacombes – c’était de se ressourcer au contact de la fraîcheur de ces premiers chrétiens, de leur foi prête à se donner jusqu’au bout.

Pour le père Romain Louge, jeune prêtre français étudiant à Rome, la démarche s’inscrit en fait dans une conception de la messe comme un pèlerinage, très présente dans les Églises orientales, beaucoup moins en Occident. Pour lui, les églises stationnales sont « un grand pèlerinage » de 40 jours dans la ville, au cœur de la vie quotidienne, pour se préparer à Pâques.

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