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Affaire Fillon : un drame passionnel (2/2)

© JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

© JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

La rédaction d'Aleteia - Publié le 13/02/17

Décryptage de ce que révèle le Penelope Gate sur l’évolution de notre société.


Lire la première partie de cet article ici 


Trois semaines de tourmente politico-médiatique : voilà les Fillon au cœur d’une affaire de grande ampleur. Entre un fort sentimentalisme à même d’altérer les faits, le piétinement de la présomption d’innocence et l’intransigeance face à la moindre erreur humaine, le Penelope Gate en dit long sur l’évolution de notre société. Décryptage de la deuxième et troisième évolutions. 

Autre phénomène à même d’expliquer l’acharnement que subissent les Fillon : le bafouement quasi-constant de la présomption d’innocence, par les médias comme par leur audience. Par les hommes politiques comme par de prétendus experts, interrogés à qui mieux mieux pour apporter un semblant de crédibilité aux scoops.

Le Code de procédure pénale est pourtant clair, dès l’article préliminaire (III) : « Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie ».

Que de pyromanes parmi nos éditeurs de presse. Tout professionnels qu’ils sont, ils sont censés accorder le bénéfice du doute. Mais à ne jamais l’afficher, ils jouent avec le feu. Qui, parmi les analystes, les sondeurs, les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs, respecte la présomption d’innocence ? Qui a la décence de tempérer les informations divulguées au compte-goutte, tant que les juges ne se sont pas prononcés ? Qui a la décence d’interpréter toute publication sujette à caution comme des hypothèses et non des faits avérés ? Qui a la décence de reconnaître présumé innocent celui qui lui est présenté comme forcément et évidemment coupable ?

Qui se conduit avec décence ? Qui ? Oui, la décence est de mise, car ni les médias, ni les élus, ni aucune sphère d’influence n’est pleinement responsable de tels lynchages gratuits. Ce sont plutôt nos comportements. C’est facile de nous adonner à la médisance, ce sport si pratiqué dans notre humanité blessée. Ça l’est moins de porter un regard, a priori, bienveillant, respectueux et digne.

Loi de la jungle

Qui fait la loi dans un État de droit ? Qui décrète la culpabilité ou l’innocence ? Les médias reniflant la bonne affaire (souvent avec bonne foi) ? La meute d’accusateurs enragés ? Les spécialistes, trop contents d’avoir une tribune pour se faire un nom ? L’audience, assoiffée d’affaires pour vider leur trop plein émotionnel sur un bouc-émissaire ? Ou la justice, quand bien même est fragile son indépendance ?


Lire aussi : François Fillon, une affaire d’État ?


Où sont passés les magistrats pour remettre les pendules à l’heure ? Rappeler les textes fondamentaux ? La présomption d’innocence est inscrite dans le préambule de la Constitution de la Ve République et énoncée dans l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Des documents à valeur constitutionnelle, fondements de notre République. La diffamation est quant à elle répréhensible depuis la loi de 1881, sur la liberté de la presse — les médias ont certes des droits mais aussi des devoirs.

La dictature de la personnalité irréprochable 

Troisième et dernier phénomène qui permet de comprendre pourquoi les éléments se déchaînent autour de François Fillon et pourquoi fleurit ce genre d’affaires politico-médiatiques : le refus d’accepter la moindre faiblesse en l’homme. Bienvenue dans l’ère de la dictature de la personnalité irréprochable.

Il y a comme un premier hic : qui, sur Terre, est parfait ? Qui est irréprochable ? Des personnes qui se targuent d’être parfaits, des personnes qui ont l’outrecuidance de se dire irréprochables… on en trouve à la pelle. Sauf que la pelle finit par se moquer du fourgon. L’homme n’est pas parfait, il est perfectible.

J’imagine un instant Fillon, en conférence de presse le 7 février, clouer ainsi le bec au parterre de journalistes : « Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre » ! Puis, voir les journalistes quitter leur place, un à un, les plus vieux d’abord. Nous avons tous des limites, des vices même. Mais doit-on vraiment s’excuser d’être humain ?

50 nuances de gris

Il ne s’agit pas pour autant de faire l’apologie de la faiblesse humaine : toute bonification est évidemment la bienvenue. Qui n’a jamais ressenti de la honte, de l’amertume, de la colère, du découragement devant ses propres incapacités ? À ce moment, nous aimerions tant appuyer sur le bouton stop et nous reconfigurer dans une version plus parfaite. Mais nous finissons par rebondir et aller de l’avant. L’homme tient parfois du phœnix.

Il ne s’agit pas non plus de mettre le couvert sur les vieilles magouilles politiques, les viles manœuvres et les tripatouillages crapuleux : que justice soit rendue.


Lire aussi : Affaire Fillon : à qui profite le crime ?


Mais cessons aussi de rendre un culte à l’homme-dieu, à l’homme sans faille ni finitude. Stop aux attentes chimériques ! Un même individu est capable du meilleur comme du pire. Finissons-en avec le camp des méchants et le camp de gentils. L’humanité de chacun n’est ni noire ni blanche, elle est faite de multiples nuances de gris.

Ainsi, nos politiciens, dussent-ils montrer l’exemple au regard de leurs fonctions, ne sont que des hommes. Vouloir des semi-dieux ou autres divinités, quelle utopie ! Pourquoi vouloir l’impossible ? Pourquoi nous mentir à nous-mêmes, au risque inéluctable d’être déçu ? Amour-propre futile : toutes nos tours de Babel finiront par s’effondrer. Nos empires, par tomber. Une seule flèche médiatique et ce peut être la mort assurée.

Tribunal des bonnes mœurs

L’enjeu est de savoir jusqu’où nous pouvons accepter ses défauts et ses faux pas. C’est là qu’arrive le deuxième hic : le seuil de tolérance de nos imperfections a fini par être défini arbitrairement par le tribunal des bonnes mœurs.

Pourtant, dans un État de droit, c’est la loi et la jurisprudence qui fixent les limites. Pas l’opinion. Que Fillon ait légalement salarié femme et enfants et légalement distribué son enveloppe parlementaire comme bon lui semblait : rien n’y fait. Le « peuple français » a rendu son verdict : Penelope a trop bien gagné sa vie.

Ce qui me pousse à faire confiance en un homme, si pauvre soit-il, et en l’occurrence, en un candidat à la présidentielle, c’est ma propre conscience. Certainement pas une conscience collective en proie à un flot déferlant d’émotions (à ce sujet, relire la première partie), quelque peu lunatique (l’opinion aime changer d’avis comme de chemise), prête à avaler tout ce qui lui passe sous les yeux.

Quant à Penelope, saura-t-elle résister à la tempête qui s’abat sur sa famille et son honneur ? Vivra-t-elle le même destin que son aînée grecque, d’une fidélité exemplaire ? Ira-t-elle au bout de l’aventure qui lui était promise voici peu, la main dans celle du grand vainqueur ? Désormais, rien n’est moins sûr. Mais attention, ses prétendants sont-ils pour autant à l’abri ? Heureux qui, comme Ulysse, saura voyager jusqu’au perron de l’Élysée et conquerra les ors de la République.

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