Élection présidentielle 2017

Affaire Fillon : à qui profite le crime ?

Le candidat est-il la victime innocente d’un lynchage médiatique savamment orchestré ? (2/2)

Affaire Fillon : à qui profite le crime ?

Montage Aleteia


Lire aussi la première partie de notre dossier spécial : Le point complet sur les faits reprochés à François Fillon


En l’état actuel de la question, il est objectivement difficile de dire si François Fillon est la victime innocente de pures calomnies ou si pourraient lui être reprochés au moins un certain manque de rigueur, au pire une exploitation vraiment limite des facilités offertes par son statut d’élu et par son pouvoir. Mais que l’on présume son innocence ou sa culpabilité, la campagne qui est menée contre lui, se révèle totalement disproportionnée par rapport à ce qui est en cause, dans son ampleur comme dans ses moyens et dans son orchestration .

En réalité, il semble bien que nous assistons à « une opération visant à détourner les électeurs des véritables enjeux, une tentative désespérée d’imposer un duel Macron – Le Pen ».

L’orchestration de cette affaire politico-médiatique est en effet spectaculaire. Mais elle n’est pas inédite : que l’on se remémore les affaires Barre, Lecanuet, Giscard d’Estaing, Bérégovoy, Boulin, etc. dont chacun se rappellera l’issue pour ces candidats promis à un destin politique majeur.

En voici les éléments probants :

  • des mois d’enquête médiatique sur la base de documents qui ne pouvaient sortir que de l’Assemblée nationale ou de Bercy, et jamais sans l’autorisation du « Château ».
  • Le Canard enchaîné publie le fruit de cette enquête.
  • Le lendemain, le parquet national financier ouvre une enquête judiciaire.
  • Le jour suivant, ce même parquet auditionne plusieurs témoins.
  • Suivront des perquisitions à l’Assemblée nationale très rapides.
  • Un nombre invraisemblable de pièces du dossier fuitent dans la presse avant même que la défense n’y ait eu accès (rappelons que la violation du secret de l’instruction est punie d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende).
  • Le tribunal médiatique s’auto-alimente jusqu’à la destruction totale de la crédibilité du candidat.

Un homme à abattre

Pourquoi l’affaire est-elle déterrée maintenant ? François Fillon fut le Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans… Cinq années au cours desquelles son épouse a perçu une rémunération d’attaché parlementaire.

Le sujet n’est balancé qu’au lendemain d’une primaire de la droite où l’outsider (médiatique) Fillon a recueilli un véritable plébiscite.

La justice n’a qu’un mois pour se prononcer sur une éventuelle mise en examen. Un mois au delà duquel la date limite de dépôt des candidatures à l’élection présidentielle sera franchie. Ce qui est en jeu, c’est un déni de démocratie, ni plus ni moins. Devant l’ampleur de la crise politique que le parquet financier (c’est-à-dire la Chancellerie, donc Matignon, donc l’Élysée) peut provoquer d’un trait de plume, les sommes en jeu et de la nature du délit apparaissent pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire dérisoires.

En France, le parquet n’est pas une autorité judiciaire indépendante du pouvoir exécutif. Les procureurs dépendent directement du ministre de la Justice, ce qui est d’ailleurs dénoncé par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Circulez y’a rien à voir…

S’appuyant sur le témoignage de diplomates du Qatar, le livre Nos très chers émirs (Michel Lafon, 2016) accusait nominativement de corruption et de trafic d’influence au moins un ministre du gouvernement, mais cette fois-là, le parquet national financier est resté muet.

Emmanuel Macron a englouti 80 % de l’enveloppe budgétaire de représentation du ministère de l’Économie avant son départ de Bercy pour financer des prestations sans lien avec sa fonction mais vraisemblablement en lien avec la préparation de sa candidature présidentielle. Une bagatelle : 120 000 euros en un an.

Comment le candidat d’En Marche a-t-il dépensé les 2,8 millions d’euros gagnés lors de son passage à la banque Rothschild entre 2010 et 2012 suffisamment vite pour ne jamais être assujetti à l’ISF ?

Qui regardera du côté du pur-produit du système financier ? Personne. Soutenu par Alain Minc, Jacques Attali, Pierre Bergé (Le Monde), Bernard Kouchner, Bernard Arnault (LVMH), Alexandre Bompard (Darty et la Fnac) ou Xavier Niel, le candidat « anti-système » peut faire campagne tranquille.

Toujours plus anachronique mais parfaitement légal

René Dosière, député PS de l’Aisne, évalue le coût pour les finances publiques des anciens présidents de la République à « près de 10 millions d’euros par an ». Le coût de la sécurité, réclamé par le parlementaire pendant 17 mois auprès des services du ministère de l’Intérieur, s’élève à 6,2 millions. Valery Giscard d’Estaing reste le plus coûteux : 3,9 millions d’euros, suivi de Nicolas Sarkozy, 3,3 millions d’euros. Jacques Chirac est l’ancien président qui coûte le moins : 2,4 millions.

L’actuel président n’est pas plus soucieux des deniers publics. Dans leur livre L’Élysée Off (Fayard, 2016), les journalistes Aziz Zemmouri et Stéphanie Marteau détaillent les conditions de protection de l’actrice Julie Gayet : « La compagne du président dispose d’une protection personnelle, composée de deux équipes tournantes de deux policiers et deux gendarmes ». Le coût du dispositif de huit agents est estimé, selon la cour des comptes, entre 287 000 et 400 000 euros par an. Un montant passé sous silence par l’Élysée et une estimation probablement en-deçà du coût réel de la protection de l’actrice, auquel il faut ajouter les déplacements des équipes lors des tournages.

À qui profite le crime ?

« J’ai mis cinq jours à reconstituer le parcours professionnel de mon épouse et à obtenir ses fiches de payes de l’Assemblée nationale. » Bien moins qu’il n’en a fallu au Canard enchaîné et au reste de la presse pour en sortir les extraits, laisse entendre le candidat.

« L’affaire François Fillon se révèle être un véritable assassinat politique, mené tambour battant et avec une efficacité redoutable. »

« 100 % des journalistes tambourinent, sur le mode de la prophétie autoréalisatrice, que Fillon ne peut pas tenir – ce qui signifie donc qu’il ne doit pas tenir. Quoi qu’on pense de ses manquements et de son programme, n’oublions pas que sa reddition serait une victoire de la meute » ajoute Elisabeth Lévy dans Causeur.

Concluons cette fois encore avec Phillippe de Saint Germain : « S’il s’agit de choisir un homme d’État, c’est sur sa capacité d’homme d’État qu’il faut le juger d’abord. Si l’exercice consiste à le démolir au prétexte qu’il a péché, quelles seront les conséquences politiques de l’opération ? C’est à l’aune de cette mesure sur le bien commun qu’il faut peser l’accusation ».

« Le crime profite à ceux qui ne veulent pas voir la droite au second tour de l’élection présidentielle » a déclaré François Fillon lors de sa conférence de presse ce lundi 6 février. Sur ce point, qui peut lui donner tort ?


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