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Abbé Guillaume de Tanoüarn : « Les anti-identitaires pèchent par optimisme »

©P.RAZZO/CIRIC
08 juillet 2007: Messe dominicale en latin célébrée par l'abbé Guillaume de TANOUARN, directeur du Centre Saint-Paul (Institut du Bon Pasteur),dans la chapelle Saint-Joseph. Paris (75), France.
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Les deux derniers essais d'Erwan Le Morhedec et Laurent Dandrieu relancent le débat : les catholiques ont-ils un problème d'identité ?


Lire aussi : Les catholiques ont-ils un problème d’identité ? Deux approches en débat


Le débat fait rage entre les anti et pro « chrétiens identitaires », représentés par deux auteurs de livres qui sont sortis ces 12 et 13 janvier 2016, le blogueur Erwan Le Morhedec et le journaliste Laurent Dandrieu. L’abbé Guillaume de Tanoüarn, figure du catholicisme traditionnaliste, assure qu’une défense des intérêts spécifiquement français et une certaine méfiance vis-à-vis de la mondialisation se justifient.

Souvent de façon inconsciente, les Français demeurent chrétiens dans leur façon de penser et de procéder, assure l’abbé de Tanoüarn. Même la doctrine d’hommes politiques aussi engagés que Jean Jaurès, ou plus récemment Jean-Luc Mélenchon, qui a fait plusieurs fois son coming out d’ancien enfant de chœur, trahit son origine chrétienne : leur socialisme est du christianisme laïcisé !

Cette identité est en danger

Mais le laïcisme a échoué à donner une culture à la France, aux yeux du prêtre qui estime que la culture laïque est essentiellement négative, faite de haine de soi. Elle porte avec elle un droit universel à la négation, mais ne sait plus affirmer quoi que ce soit. Or un Nietzsche par exemple a bien expliqué que seul le « oui » marque notre puissance vitale. Nous manquons de cette force que donne l’affirmation et c’est avant tout cette faiblesse qui explique notre peur de l’étranger. Et de constater que l’islam a prospéré sur l’échec de ce laïcisme, remplissant le vide. Dans ce contexte, émaillé par les tragiques attentats terroristes de ces dernières années, les Français ont de bonnes raisons d’être inquiets.

Excès d’optimisme des Églises

Or à cette inquiétude répond un discours des Églises catholiques ou protestantes, exagérément optimiste. L’assassinat du père Jacques Hamel leur a apporté un « démenti terrible ». Le père de Tanoüarn confie avoir mal vécu les propos de l’évêque de Rouen, qui comptait les deux assassins parmi les victimes : « J’ai le sentiment que les hommes d’Église ne veulent plus voir le mal. Un méchant est un méchant, pas une victime. À l’ombre des Églises, on nous fait aujourd’hui un nouveau devoir imprescriptible, le devoir d’optimisme. Qu’avons-nous fait du dogme du péché originel ? », regrette-t-il.

Sur la question délicate de l’immigration, les Églises prônent logiquement le message d’accueil de l’étranger, conformément aux Évangiles. « Il est normal d’accueillir quand on le peut, mais tous ces hommes auxquels on est incapable de trouver un travail et qu’on envoie au cœur de l’Auvergne avec de petites pensions de 300 euros par mois, non, on ne s’en occupe pas. On se donne bonne conscience, c’est tout. Par ailleurs, c’est l’état de faiblesse dans lequel se trouve notre civilisation qui nous empêche d’accueillir : on ne peut pas accueillir en se suicidant », dénonce le prêtre.

Le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde

Il existe une tentation à faire de la cité de Dieu une réalité temporelle, alors que les croyants ne peuvent que contribuer à christianiser un peu la cité des hommes, qui, par ailleurs, ne sera jamais un miroir du Ciel. « La cité est marquée par le péché originel, on ne peut pas y appliquer des lois déconnectées de la réalité concrète et qui sont juste des principes abstraits, si généreux soient-ils ». La réalité d’un pays c’est aussi son passé, son patrimoine, en un mot son identité, et dans le cas de la France, une identité chrétienne. Certes très imparfaite il ne s’agit pas d’idéaliser le passé mais incontestablement chrétienne.

L’identité, un levier d’évangélisation

Il s’appuie sur le livre de Jean Paul II, Mémoire et identité (écrit en 1993, publié en 2005), qui prophétisait que le XXIe siècle serait le siècle de l’identité. « La démarche religieuse de beaucoup de personnes commence avec cette quête identitaire ». Et il constate que le passé, par exemple dans son patrimoine, apporte un outil d’évangélisation inestimable. « J’ai récemment donné le sacrement des malades à un publicitaire de 45 ans, atteint d’un cancer, qui était très loin de la foi, mais qui a réussi à trouver des mots pour dire cette foi que le Christ avait mise en lui comme en nous tous, en évoquant avec moi cette fresque de Fra Angelico La Résurrection, où l’on voit le tombeau vide et deux femmes qui regardent ce vide, fascinées. Les œuvres d’art, le patrimoine chrétien, ne sont pas seulement de jolis objets et ou de beaux bâtiments ! Ils ont été conçus par la foi de gens qui, lorsqu’ils s’appelaient Fra Angelico, étaient des génies. Ils continuent à manifester génialement cette foi, jusqu’à nous déranger de notre sommeil dogmatique athée. La culture n’est pas un luxe pour les riches qui n’ont rien de mieux à faire, elle est notre mode d’expression, elle nous permet de manifester cette identité qui est avant nous en nous et que nous portons sans toujours la connaître ».

Propos recueillis par Sylvain Dorient


Pour aller plus loin : 

Notre entretien avec Laurent Dandrieu : « C’est l’engagement des catholiques au service de l’idée patriotique qui est visé »

La tribune de l’abbé Fabrice Loiseau : « Le christianisme ne sera jamais culturellement ou politiquement neutre »

La tribune de Falk van Gaver sur Charles Péguy : « Toute détestation du temporel est une abomination »

La tribune d’Arnaud Bouthéon : « Identitaires catholiques : la menace fantôme »


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