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Les catholiques ont-ils un problème d’identité ? Deux approches en débat

Église et immigration le grand malaise / Presses de la renaissance - Identitaire / Editions du Cerf
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En cet hiver rigoureux, voilà un débat qui va réchauffer… les esprits. 

Présenté comme un match de championnat du monde de boxe, le duel entre le blogueur Koz et le journaliste Laurent Dandrieu a tout pour plaire aux amateurs de buzz. Deux réseaux, deux panaches, deux bretteurs de talents et surtout deux livres qui feront leur apparition à un jour d’écart sur les étals des libraires jeudi 12 et vendredi 13 janvier. Le premier, signé Laurent Dandrieu, affiche le pape François accueillant une famille de migrants musulmans sur le tarmac de l’aéroport de Rome en première de couverture et s’intitule Église et immigration, le grand malaise (Presses de la Renaissance). Le second, signé Erwan Le Morhedec alias Koz, barré du titre : Identitaire. Le mauvais génie du christianisme (Cerf) figure une église stylisée et tricolore. Deux livres que tout oppose ? Pas forcément. Aleteia vous propose de prendre un peu de champ et de quitter le pré où se déroulera le duel pour analyser les causes et comprendre les conséquences de cette passe d’armes.

La foi au risque du politique

Y avait-il urgence à dénoncer la « récupération » de la foi et des valeurs chrétiennes par des « identitaires », catholiques opportunistes nuisibles aux « vrais catholiques » et brouillant le message évangélique ? S’agit-il bien du péril numéro un ou tout au moins de l’un des périls les plus imminents que doit affronter l’Église catholique aujourd’hui ?

Alors que les catholiques sont parvenus à revenir en force dans le débat public à la faveur du vaste mouvement populaire de la Manif pour tous, la charge de Koz prend des allures de croc-en-jambe. Ont-ils eu tort ? Défendent-ils vraiment une opinion contraire à l’esprit de l’évangile ? S’agit-il d’un croche-pied salutaire pour les rappeler à plus de mesure ? Admettons. Quant à Dandrieu, se faisant le héraut de chrétiens « plus catholiques que le Pape », n’inverse-t-il pas la chaîne des causes et des effets en rendant le pape François responsable de la « décadence » de l’Europe ?

L’un et l’autre dressent le portrait d’une Église passée au feu du creuset de l’action politique. L’engagement politique ou militant des chrétiens obéit à des motivations variées, aussi diverses que l’histoire, l’éducation ou les traditions des chrétiens eux-mêmes. Les principes qu’ils défendent et les idéologies politiques qui les animent traduisent la même variété au point de les rendre parfois irréconciliables ! Poussé à cet extrême, l’engagement confine au piège. En sachant garder raison et sagesse, tout engagement devrait pourtant ressortir renforcé de cette diversité des points de vue qui abonde dans l’Église en temps que « communauté » : l’ecclesia.


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Dans ce creuset, les catholiques « conservateurs », attachés à leur culture, leurs racines, leurs traditions, leur folklore même, ceux qu’Erwan Le Morhedec affuble peut-être un peu rapidement du sobriquet d’ « identitaires », courent le même risque que les catholiques « progressistes » des années 1960 et 1970. En s’engageant dans l’arène politique, en quittant la sphère protégée des controverses théoriques pour les considérations humaines et mondaines du temps présent, ils portent un témoignage sur le fil du rasoir. Ici, le mystère de l’incarnation devient palpable : « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie », disait saint François de Sales.

Aller en profondeur

Le risque d’un tel débat, surtout lorsqu’il s’invite à la une des grands médias qui n’ont pas nécessairement à cœur le souci de préserver l’Église, est de se limiter aux clivages artificiels, aux « punchlines », aux slogans dont sont friands les réseaux sociaux et les prompteurs des chaînes d’information. Au mieux nous assisterons à un débat pour rien. Mais au pire ?

Au pire il faudra éteindre l’incendie et étouffer rapidement les braises de la division qui ne manqueront pas de couver sous la cendre. Comprendre l’identité catholique et la manière juste et noble dont elle peut et doit s’exprimer dans le débat public exige de nous pencher sur ses ressorts historiques et philosophiques. Nous appellerons à l’aide la grande Tradition de l’Église jusqu’au pape François lui-même et les grands esprits chrétiens.

Dont Péguy, bien sûr : « C’est vraiment un grand mystère que cette sorte de ligature du temporel et du spirituel. On pourrait dire que c’est une sorte d’opération d’une mystérieuse greffe. Le temporel fournit la souche ; et si le spirituel veut vivre, s’il veut continuer, s’il veut fleurir, s’il veut fructifier, le spirituel est forcé de s’y insérer ». Grâce à son indispensable poésie, le pèlerin de Beauce nous dit tout :

« Car le spirituel est lui-même charnel,
Et l’arbre de la grâce est raciné profond,
Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond ».

En effet, quel est le débat ? C’est celui de l’attachement des catholiques à leurs racines charnelles, historiques ou civilisationnelles. Celui de la confrontation de l’universel et du particulier dans la vie de chacun. Celui de la ligne de partage entre la charité due au prochain et celle due au lointain. Aller au fond des choses. Voilà qui nous est indispensable à l’heure de la vitesse et du « flux » qui nuisent à toute quête approfondie.

Pour aller chercher la vérité là où elle se cache, Aleteia a souhaité « soumettre à la question » les deux protagonistes de cette affaire : Erwan Le Morhedec et Laurent Dandrieu, en prenant le parti du contrepied et sans complaisance. À ces entretiens, que nous espérons stimulants, nous ajouterons les éclairages d’autres personnalités catholiques. À suivre…


Pour aller plus loin : 

La tribune de l’abbé Fabrice Loiseau : « Le christianisme ne sera jamais culturellement ou politiquement neutre »

La tribune de Falk van Gaver sur Charles Péguy : « Toute détestation du temporel est une abomination »

Entretien avec Laurent Dandrieu : « C’est l’engagement des catholiques au service de l’idée patriotique qui est visé »

La tribune d’Arnaud Bouthéon : « Identitaires catholiques : la menace fantôme »


 

Alexandre Meyer est Rédacteur en chef d'Aleteia en langue française
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