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Comment l’art chrétien a-t-il influencé la culture d’Afrique centrale ?

Musée du quai Branly - Jacques Chirac. Exposition. "Du Jourdain au Congo, Art et christianisme en Afrique Centrale". Du 23 novembre 2016 au 2 avril 2017 © musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde
Musée du quai Branly - Jacques Chirac. Exposition. "Du Jourdain au Congo, Art et christianisme en Afrique Centrale". Du 23 novembre 2016 au 2 avril 2017 © musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde
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Du Jourdain au Congo : une belle exposition au musée du Quai Branly pour comprendre l’influence de l’art chrétien dans la culture kongo.

Le musée du Quai Branly invite les visiteurs à découvrir l’influence de l’iconographie chrétienne sur l’art et la culture kongo du XVe au XXe siècle. Un peu plus de cent œuvres d’inspiration chrétienne sont exposées. Elles témoignent de la réappropriation de traditions religieuses et culturelles étrangères par la culture kongo et des dynamiques sociales, politiques et spirituelles à l’œuvre. Les objets présentés proviennent des collections du Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren, du musée du Quai Branly et de collections privées.

Depuis les premiers contacts avec les portugais en 1482, l’exposition retrace les différentes étapes de la christianisation du royaume kongo jusqu’au XXe siècle. Son titre, « Du Jourdain au Congo », est une belle image, car, comme l’explique Stéphane Martin, président du musée du quai Branly, « il en va de la rencontre des eaux comme de celle des cultures : des éléments s’y mêlent, fusionnent ou se rejettent, sous la poussée inexorable d’un cours aux directions incertaines ».

Représenter le Christ et sa croix dans l’art kongo

Du XVe au XVIIIe siècle, les royaumes locaux participent à des échanges avec le Portugal, la France et la Hollande. À l’époque de cette première évangélisation, une certaine intégration de l’imagerie chrétienne dans l’art kongo apparaît. Puis, à l’époque coloniale dans la seconde partie du XIXe siècle, l’influence des missionnaires se ressent dans l’iconographie. Les crucifix des chefs, objets emblématiques du pouvoir, sont d’intéressants témoins de l’évolution de cette ancienne iconographie. Ils font partie des regalia appartenant aux dirigeants locaux et sont un symbole d’autorité qui se transmettait de génération en génération. Leur appellation locale nkangi kiditu signifie « le protecteur ». Témoins de la première évangélisation, ces crucifix ont été intégrés à la culture kongo qui a petit à petit adopté sa propre symbolique : le Christ en croix est devenu une représentation du monde des vivants et des ancêtres. Il était utilisé lors de rites honorant les défunts afin d’établir le lien entre les vivants et les morts. L’étude de ces objets par les occidentaux se développa au début du XXe siècle. Le pape Pie XI (1922-1939) tint un rôle important dans ces recherches car il croyait au rôle de l’art dans la diffusion du catholicisme et soulignait l’importance de l’emprunte locale dans les œuvres chrétiennes pour une meilleure appropriation.

1. Santu, bois, XXe, Collecté par E. De Bruyne dans la région de Kimpangu en 1938 © collection MRAC Tervuren; photo J. Van de Vyver, MRAC Tervuren
1. Santu, bois, XXe, Collecté par E. De Bruyne dans la région de Kimpangu en 1938 © collection MRAC Tervuren; photo J. Van de Vyver, MRAC Tervuren
1. Nkangi kiditu, XVIIe, alliage de cuivre, plomb, bois, Don L. Guebels © collection MRAC Tervuren; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren
1. Nkangi kiditu, XVIIe, alliage de cuivre, plomb, bois, Don L. Guebels © collection MRAC Tervuren; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren
Pendentif de Toni Malau (saint Antoine), XVIIIe, ivoire, Donald and Adele Hall collection © Sotheby’s / Art Digital Studio
Pendentif de Toni Malau (saint Antoine), XVIIIe, ivoire, Donald and Adele Hall collection © Sotheby’s / Art Digital Studio
Pendentif de Toni Malau (saint Antoine), XVIIIe, ivoire, Donald and Adele Hall collection © Sotheby’s / Art Digital Studio
Pendentif de Toni Malau (saint Antoine), XVIIIe, ivoire, Donald and Adele Hall collection © Sotheby’s / Art Digital Studio
1. Nkangi kiditu, XVIIe, alliage de cuivre, coll. Privée © Paul Louis
1. Nkangi kiditu, XVIIe, alliage de cuivre, coll. Privée © Paul Louis
Musée du quai Branly - Jacques Chirac. Exposition. "Du Jourdain au Congo, Art et christianisme en Afrique Centrale". Du 23 novembre 2016 au 2 avril 2017 © musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde

Le culte des saints et de la Vierge

Dans l’iconographie kongo, les saints et la Vierge sont représentés, particulièrement saint Antoine de Padoue. En effet, le saint connut une ferveur particulière à partir du XVIIIe siècle suite à son apparition auprès de Dona Beatriz Kimpa, jeune femme kongo de haute naissance. Le saint a appelé cette dernière à la restauration de la grandeur du royaume qui souffrait de luttes internes. Après à cette vision mystique est né le mouvement « antonionisme ». Il défendait notamment une réappropriation du catholicisme pour se libérer de l’ingérence des prêtres blancs et affirmait que la naissance de Jésus ne s’était pas déroulait à Bethléem mais à Sao Salvador, capitale kongo. La prophétesse Kimpa Vita fut condamnée au bûcher pour hérésie. Le succès de saint Antoine ne se démentit pas pour autant et l’on trouve de nombreuses représentations du saint portant d’une main le Christ enfant, de l’autre une croix. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que se développa le culte de la Vierge, des congrégations placées sous son patronage s’y installèrent et le pape Léon XII plaça le Congo sous sa protection en 1891.

Des spiritualités nouvelles

L’influence des missionnaires dans l’implantation durable d’un art catholique est visible dans d’autres cultures proches de celle des kongos. Au sein de ces différentes cultures de l’actuelle République Démocratique du Congo et d’Angola, des objets témoignent de la diversité des interprétations de l’iconographie chrétienne. Depuis le XXe siècle, de nouvelles spiritualités inspirées du catholicisme et du protestantisme se développent tels le kimbanguisme avec son prophète Simon Kimbangu qui interprètait la Bible et annonçait le renversement de l’ordre colonial. Des nouvelles églises (néo)pentecôtistes/charismatiques dites « Églises du réveil » émergent depuis les années 1980-1990. L’exposition présente des œuvres du peintre-pasteur pentecôtiste Pierre Bodo (1953-2015). À travers son art, ce peintre-prêcheur condamne les « sorciers » et présente une vision du monde où règne un esprit mauvais que seul le Christ rédempteur peut sauver.

Du Jourdain au Congo. Art et christianisme en Afrique centrale au musée du Quai Branly, du 23 novembre 2016 au 2 avril 2017.

 

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