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Russie : une armée en quête de légitimité ?

Vitaly V. Kuzmin
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Les entraînements russes à grande échelle sont souvent perçus comme une posture agressive. Ce n’est pas leur but premier.

Depuis le début de l’année, la Russie a effectué de nombreux exercices. S’ils permettent d’envoyer un message à la communauté internationale, ce sont avant tout des exercices destinés à acquérir des capacités et des savoir-faire nouveaux ou perdus depuis le démantèlement de l’armée soviétique.

Une armée nouvelle

L’armée russe de 2016 n’est pas du tout celle de 1990. Les capacités militaires ont sensiblement été réduites. La Russie ne développe pas une armée capable de se ruer sur l’Europe avec des milliers de chars, elle en serait économiquement incapable. Prenant acte de la fin de la domination unilatérale américaine, la Russie développe un outil militaire cohérent, dont le but est de se hisser au niveau d’une armée digne d’une grande puissance internationale.

Considérer les exercices russes comme un simple acte de propagande serait réducteur. Déplacer des milliers d’hommes, du matériel ou des avions représente un coût énorme. Cette dépense serait injustifiée au regard des ressources déjà mobilisées pour la propagande russe. Internet, réseaux sociaux, télévision : la Russie possède le réseau de propagande le plus efficace au monde. En difficulté économique, elle n’a donc aucun intérêt à injecter des millions de roubles dans des exercices militaires pour servir ce seul but. Si Vladimir Poutine les impose c’est qu’ils ont une utilité, une finalité propre. En sortant de l’affolement et de l’agitation médiatiques, cet objectif est en réalité aisé à identifier : face à l’OTAN, la Russie a besoin de retrouver des savoir-faire perdus depuis la dislocation de l’armée soviétique.

La menace de l’OTAN

Comprendre la vision russe de l’OTAN nécessite l’humilité de ne pas se croire le centre du monde et de tenter d’adopter le point de vue russe et de comprendre son état d’esprit. L’OTAN constitue une alliance militaire concentrée à l’ouest, et à vocation défensive. La Russie ne comprend pas ce terme « défensif ». L’usage qu’elle fait de son armée montre comment elle considère son outil militaire : un moyen permettant d’atteindre ses fins. Si l’OTAN ne fait que se défendre, la Russie considère que cette alliance est en mesure de devenir offensive à n’importe quel moment. Ce qui techniquement (et non doctrinalement), n’est pas tout à fait faux.

Il faut garder en tête que durant la Guerre Froide, l’URSS était capable de déployer des dizaines de milliers de soldats et des milliers de chars en moins de deux jours. Aujourd’hui les mêmes prouesses ne sont plus possibles. Bouger ne serait-ce que des dizaines de chars et quelques milliers d’hommes à travers l’Europe est une capacité que la Russie, tout comme l’OTAN, possède à peine. Les délais seraient de plusieurs jours là où cela nécessitait tout juste vingt-quatre heures à peine trente ans auparavant. L’exercice se complique d’autant plus si les vecteurs maritimes et aériens sont impliqués.

Renouer avec la logistique à grande échelle

L’OTAN commence à réfléchir aux moyens de recouvrer ses capacités. La Russie, elle, enchaîne déjà des exercices de plus en plus ambitieux. Du 25 août au 1er septembre 2016, elle a déployé des troupes aéroportées en Crimée dans le cadre d’un exercice militaire d’envergure, destiné à tester la capacité de réaction de ses forces en cas d’attaque. Trois des quatre régions militaires de la Russie ont été mises en alerte simultanément. Radio Vatican a révélé que 2 500 hommes et 350 unités de matériels se sont engagés dans des manœuvres militaires maritimes et terrestres en Crimée peu après le 15 août. Outre le renforcement de la position russe en Crimée, ces exercices ont pour but d’entraîner les militaires russes à l’acheminement et au déchargement (opérations de logistique).

Les exercices militaires russes répondent ainsi à plusieurs objectifs, le plus important étant d’acquérir de solides capacités logistiques. Cette attitude n’a, au final, rien de bien original. L’OTAN est en train de réaliser que ces savoir-faire lui manquent aussi. Il est très probable que les futurs exercices de l’Alliance à venir suivent la même direction : renforcer les capacités logistiques d’unités d’envergure.