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Les réseaux sociaux, le nouvel opium du peuple ?

© scyther5 / shutterstock
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Le lundi 9 janvier, nous apprenions le décès de Zigmunt Bauman, un des plus grands sociologues du XXe siècle : retour sur sa vision des réseaux sociaux.

Le grand sociologue anglo-polonais du XXe siècle, Zigmunt Bauman, est mort le lundi 9 janvier 2017 à l’âge de 91 ans.


Alors qu’il n’était qu’un enfant, Zigmunt Bauman, né à Poznan en Pologne en 1925, émigre avec sa famille vers l’Union Soviétique pour fuir la persécution nazie. À nouveau, en 1968, il fût obligé de quitter son pays d’accueil pour échapper aux purges antisémites qui s’ensuivirent après le conflit arabo-israélien. Il demeura temporairement à Tel Aviv, pour finalement s’installer en Angleterre, réalisant l’essentiel de sa carrière à l’université de Leeds. Lors d’un entretien relativement récent (datant de janvier 2016) avec Ricardo De Querol pour Babelia du journal El Pais, il expliquait que si les réseaux sociaux avaient bien contribué à modifier les usages et les formes traditionnels de l’activisme social, ils ne représentaient qu’un substitut dans la formation de communautés authentiques.

Le mirage des réseaux sociaux 

Ricardo De Querol aborde sa question sur les réseaux sociaux en commençant par une citation de Bauman lui-même, dans laquelle il désigne l’activisme online comme étant un simple « activisme du canapé », et où Internet, dans une écrasante majorité d’occasions, ne contribue qu’à nous « assoupir dans un divertissement bon marché ». De Querol demande si les réseaux sociaux ne sont pas –pour paraphraser Marx – le nouvel « opium du peuple ». Bauman n’hésite pas à répondre que l’identité, tout comme les communautés, ne sont pas une chose à créer, puisque ce sont des choses « que l’on a ou que l’on n’a pas ».

« Ce que les réseaux sociaux peuvent créer » –ajoute le sociologue – « c’est un substitut. La différence entre la communauté et le web, c’est que l’on appartient à une communauté, tandis que le web est une chose que l’on possède. Il est possible d’ajouter des amis ou de les supprimer, il est possible de contrôler les relations liées avec les gens. Les personnes se sentent ainsi, un peu mieux, puisque la solitude est la grande menace, en ces temps d’individualisation. Ceci dit, dans les réseaux, il est si facile d’ajouter des amis ou de les effacer, qu’il n’y a plus besoin d’aucune aptitude sociale ».

Une interaction réelle indispensable 

Ces compétences, comme l’indique Bauman dans son entretien avec De Querol, se développent au cours de contacts quotidiens, humains et directs, dans des espaces partagés, publics ou privés : dans la rue, ou dans les lieux de travail, dans lesquels une « interaction raisonnable » avec les gens est nécessaire ; c’est-à-dire, via des interactions qui exigent un dialogue, une négociation et de l’ouverture.

À ce propos, Bauman souligne volontiers que pour son premier entretien, après avoir été élu souverain pontife, le pape François l’avait accordé à un journaliste militant athée, Eugenio Scalfari. « Ce fût un signal », explique Bauman, « le vrai dialogue n’est pas celui dans lequel on parle avec les gens qui pensent la même chose que nous”.

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